UE-Canada : une « association toujours plus étroite », sans le mot qui fâche

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Réunis à Montréal jeudi 29 et vendredi 30 octobre, le Canada et l’Union européenne ont lancé une « Alliance pour l’avenir » assortie de plus de vingt mesures : commerce numérique, concurrence, minéraux critiques, défense. Le statut de « membre associé » revendiqué par Ottawa, lui, attendra 2027.

Le Canada a accueilli à Montréal, jeudi 29 et vendredi 30 octobre 2026, le 21e sommet Canada-Union européenne. Mark Carney, premier ministre du Canada, y a reçu António Costa, président du Conseil européen, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, « afin de lancer l’Alliance pour l’avenir », apprend-on dans un communiqué du cabinet du premier ministre canadien publié vendredi.

Le texte s’ouvre sur un constat sans détour : « Le monde est devenu plus dangereux et divisé, ce qui a profondément changé les impératifs de la souveraineté. » Selon Ottawa, la souveraineté dépend désormais « d’un accès sûr aux minéraux critiques, aux semiconducteurs, aux systèmes de paiement, à l’énergie propre, aux vaccins, aux communications spatiales et à l’intelligence artificielle (IA) ».

Montréal, sous l’ombre portée de Washington

Le décor est connu. Euronews rappelle que le second mandat de Donald Trump, ses droits de douane, ses menaces d’annexion et sa volonté de faire du Canada le « 51e État » ont poussé Ottawa à chercher d’autres alliés, une nécessité qualifiée d’« existentielle » au regard de la dépendance canadienne à l’économie américaine. Les Européens n’en sont pas sortis indemnes non plus. Refrance avait suivi l’un des derniers épisodes de cette brouille, lorsque Washington a interdit l’importation d’alcools, de produits laitiers et de motos canadiens.

L’Union européenne est le deuxième partenaire commercial du Canada, avec des échanges de biens et services d’environ 178 milliards de dollars canadiens en 2025, précise le communiqué.

Commerce numérique et concurrence : deux accords bouclés

Sur le fond, les dirigeants ont annoncé la conclusion de deux négociations. La première porte sur un accord sur le commerce numérique, destiné à compléter l’Accord économique et commercial global (AECG, ou CETA). Selon la déclaration commune, il « améliorera la certitude et la prévisibilité juridiques, facilitera les flux de données transfrontaliers et renforcera la confiance des entreprises et des consommateurs dans l’économie numérique ».

Maninder Sidhu, ministre canadien du Commerce international, souligne qu’il s’agit du « premier accord du Canada entièrement consacré au commerce numérique ». Il précise qu’« en 2024, les entreprises canadiennes ont déjà exporté vers l’UE près de 15 milliards de dollars de services pouvant être fournis par voie numérique », dans un secteur qui emploie « environ 800 000 personnes ».

La seconde négociation aboutit à un accord « de deuxième génération » en matière de concurrence, qui doit renforcer la coopération entre autorités pour lutter contre les pratiques anticoncurrentielles des entreprises opérant des deux côtés de l’Atlantique.

Quant à l’AECG lui-même, la déclaration commune rappelle que les deux parties restent déterminées à le mettre en œuvre « tout en respectant pleinement les processus de ratification en cours dans les États membres, conformément à leurs exigences constitutionnelles ».

BEI, IRIS² et Galileo : le volet stratégique

Le chapitre souveraineté est le plus fourni. Le Canada a signé avec la Banque européenne d’investissement (BEI) un cadre permettant à celle-ci d’investir dans des projets canadiens de minéraux critiques « qui fourniront les matériaux nécessaires à la défense et à la transition énergétique ». Les deux parties engagent par ailleurs des travaux sur un cadre d’investissement et de stockage des matières premières, un dossier sur lequel Bruxelles avance aussi en interne, comme l’illustrait l’ajout de 46 projets stratégiques de matières premières critiques, dont six touchant la France. Selon Euronews, l’Union cherche à travers ces minerais à réduire sa dépendance à la Chine.

Le Canada renforcera également sa coopération autour d’IRIS², le système satellitaire européen destiné à fournir une connectivité sûre en cas de crise, et s’associe au programme Galileo et à l’Agence spatiale européenne pour ses services de positionnement, y compris dans l’Arctique. Il rejoint l’Entreprise commune européenne pour le calcul à haute performance (EuroHPC), qui ouvre à ses chercheurs l’accès au supercalculateur JUPITER, et entamera des négociations pour adhérer au prochain programme Horizon Europe et élargir sa participation à Erasmus+.

Côté défense industrielle, Ottawa annonce son deuxième marché dans le cadre de l’instrument européen SAFE (Agir pour la sécurité en Europe) : un contrat de plus de 44 millions de dollars canadiens pour l’entreprise montréalaise Galvion, qui fournira des casques militaires à la Lettonie. Jusqu’à 2,5 milliards de dollars canadiens de garanties de financement seront par ailleurs accordés à De Havilland pour augmenter sa production de bombardiers d’eau. Enfin, les deux parties étudieront un nouveau câble transatlantique, « réduisant ainsi la dépendance vis-à-vis d’un seul fournisseur », et la viabilité d’une hausse des exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’Europe.

« Membre associé » : Ottawa l’écrit, la déclaration commune l’évite

Reste la question institutionnelle, et les deux textes ne disent pas tout à fait la même chose. Le communiqué canadien affirme que les deux parties travaillent au partenariat le plus étroit possible, « sans adhésion à part entière, le Canada devenant ainsi le premier membre associé de l’Union européenne ». La déclaration commune, elle, parle d’une « association toujours plus étroite entre le Canada et l’UE, sans qu’il s’agisse d’une pleine adhésion », dont le concept doit être défini d’ici le sommet Canada-UE de 2027.

L’écart n’a rien d’un hasard. Selon Euronews, l’Allemagne a obtenu, quelques heures avant le départ d’Ursula von der Leyen pour Montréal, le retrait de toute mention d’« adhésion associée » de la déclaration finale. La présidente de la Commission, qui avait lancé l’idée en septembre, l’avait pourtant résumée ainsi : « Notre idée est simple : c’est une association sans adhésion » (traduit de l’anglais).

Mark Carney, pour sa part, a choisi sa définition : « Voilà à quoi ressemble la souveraineté : la liberté de mener notre vie comme nous l’entendons, selon nos propres conditions. »

Prochaine étape : une réunion de la Communauté politique européenne à Dublin, puis le sommet de 2027, où il faudra enfin trouver un nom à cette relation.

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