Interrogé au Sénat sur une éventuelle candidature de Viktor Orbán au secrétariat général des Nations unies, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a fermé la porte, mercredi 28 octobre. Le Quai d’Orsay a publié sa réponse. Explications.
Mercredi 28 octobre, lors des questions au gouvernement au Sénat, Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a répondu par la négative à la perspective de voir l’ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán succéder à António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations unies. « S’agissant de votre question, non », a déclaré le chef de la diplomatie française, selon le texte de son intervention publié par le ministère.
Le ministre a précisé sa pensée sans détour : « Le poste de secrétaire général des Nations Unies n’a pas vocation à être le lot de consolation d’un dirigeant battu dans les urnes ». Viktor Orbán a perdu le pouvoir en Hongrie lors des élections du 12 avril 2026, après seize ans aux commandes, rappelle Le Journal de Ham. Sur la recomposition politique à Budapest, Refrance avait consacré un article au dialogue engagé par Paris avec la future ministre hongroise des Affaires étrangères, Anita Orbán, après la victoire de Tisza.
La piste Orbán relayée par le Wall Street Journal
La question n’est pas née d’une simple spéculation de couloir. Selon Le Journal de Ham, le Wall Street Journal a rapporté le 25 octobre, en s’appuyant sur des sources dans trois pays, que l’administration américaine pourrait pousser l’ancien dirigeant hongrois à se porter candidat. Le mandat d’António Guterres prend fin le 31 décembre 2026.
Toujours selon l’hebdomadaire picard, un responsable du département d’État aurait affirmé que huit des quinze membres du Conseil de sécurité soutiendraient cette candidature sans difficulté, et que dix pourraient être ralliés. Ni la Maison-Blanche, ni Moscou, ni Pékin, ni Viktor Orbán lui-même n’ont confirmé ces informations, précise le journal.
Stéphane Demilly (Union centriste) et l’article 27 de la Charte
À l’origine de l’échange, le sénateur de la Somme Stéphane Demilly (Union centriste) a choisi la forme de la devinette. Citant Boris Vian, pour qui l’humour est « la politesse du désespoir », il a égrené des indices désignant, selon Le Journal de Ham, Donald Trump, sans jamais prononcer son nom, avant d’évoquer son ami Viktor Orbán comme successeur possible d’António Guterres.
Le parlementaire a ensuite posé la question de fond : la France, membre permanent du Conseil de sécurité, ferait-elle usage de son droit de veto si une candidature Orbán était soutenue par les États-Unis, la Chine et la Russie ? Il s’est appuyé pour cela sur l’article 27 de la Charte des Nations unies, rapporte le journal.
Le ministre n’a pas employé le mot « veto » à propos de cette candidature. Il a en revanche placé la réponse française sur le terrain des principes. « Et non, la France ne saurait accepter que les Nations Unies, cette organisation qu’elle a cofondée au service de la paix, du développement, des droits de l’Homme, puissent être dévitalisée au fond », a-t-il affirmé devant les sénateurs.
Sécurité des Français et multilatéralisme, l’argument de l’intérêt national
Jean-Noël Barrot a pris soin de ne pas réduire la position française à une affaire de valeurs. Il a invoqué la vision française d’un ordre international fondé sur les règles et sur le droit, « mais aussi et sans doute surtout parce que c’est notre intérêt, tant il est illusoire de penser qu’on pourrait protéger les Françaises et les Français contre les risques de la guerre, de l’intelligence artificielle, du dérèglement climatique ou des pandémies, sans la coopération internationale, sans le multilatéralisme que permettent les Nations Unies ».
Au passage, le ministre a décoché une flèche de politique intérieure. Il a rappelé que « Marine Le Pen elle-même était venue faire sa campagne à Budapest en personne en mars dernier », soit quelques semaines avant la défaite de Viktor Orbán.
Encadrer le droit de veto au Soudan, en Ukraine, à Gaza et en Iran
Paris en profite pour remettre en avant son propre agenda de réforme. « Et c’est la raison pour laquelle la France ne ménage aucun effort, comme membre permanent du Conseil de sécurité, pour réformer les Nations Unies, les rendre toujours plus légitimes, plus représentatives », a souligné Jean-Noël Barrot.
Le ministre a cité l’initiative qu’il porte pour encadrer le droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité, afin que les populations civiles au Soudan, en Ukraine, à Gaza ou en Iran puissent être protégées par les Nations unies lorsqu’elles sont prises pour cibles.
Reste le portrait-robot du futur titulaire du poste, dressé par le chef de la diplomatie française : « ce que nous attendons du futur secrétaire général, c’est qu’il puisse réformer les Nations Unies pour mieux les conforter et certainement pas les discréditer pour mieux les enterrer ».


