L’éditeur lyonnais de logiciels, propriété de Bridgepoint depuis 2025, a nommé mercredi 28 octobre Matthias Goehler au poste de Chief Product Officer. Sa mission : faire basculer l’offre d’Esker de l’automatisation des tâches vers l’IA agentique.
Esker change de pilote côté produit. L’éditeur lyonnais a annoncé, mercredi 28 octobre 2026, la nomination de Matthias Goehler, ancien Chief Technology Officer EMEA de Zendesk, au poste de Chief Product Officer, apprend-on dans un communiqué de l’entreprise. Il pilotera la stratégie produit mondiale du groupe, « avec pour ambition d’exploiter le potentiel de l’IA agentique pour passer de l’automatisation des tâches à l’exécution de processus métiers complets », précise le communiqué.
Le profil est celui d’un cadre passé par les géants du logiciel d’entreprise. Fort de plus de 25 ans d’expérience internationale, Matthias Goehler a passé 16 ans chez SAP, où il a exercé plusieurs fonctions de direction dans la stratégie et le management produit, avant de rejoindre Zendesk. Chez Esker, il définira la vision produit à long terme, supervisera l’exécution de la feuille de route et devra renforcer l’alignement entre le développement produit, la R&D, le marketing et les ventes.
Matthias Goehler veut associer les clients d’Esker au développement
« Esker transforme déjà en profondeur la façon dont les équipes Finance travaillent. Je vois un potentiel considérable pour aller encore plus loin en développant nos capacités en matière d’Agentic AI », déclare Matthias Goehler. Le nouveau Chief Product Officer affiche une priorité : « m’assurer que chaque investissement produit apporte une réelle valeur à nos clients ». Il entend pour cela multiplier les opportunités de co-innovation et associer davantage les clients au processus de développement.
De son côté, Jean-Jacques Bérard, Chief Product & Technology Officer d’Esker, souligne que « l’approche résolument orientée client de Matthias est donc parfaitement en phase avec notre culture ». Il estime que l’expérience du nouveau venu « sera déterminante pour accompagner une nouvelle étape de notre développement : faire évoluer nos solutions vers des systèmes intelligents capables de prendre en charge des missions métiers avec toujours plus d’autonomie, au service de la performance financière de nos clients ».
Jean-Jacques Bérard n’est pas un dirigeant comme les autres chez Esker. Frère du fondateur Jean-Michel Bérard, il figurait parmi les trois dirigeants actionnaires associés à Bridgepoint et General Atlantic lors du retrait de la cote de l’éditeur, selon le communiqué publié par Esker le 3 mars 2025.
Bridgepoint et l’objectif de 25 % de croissance par an
Car Esker n’est plus une valeur de la Bourse de Paris. Introduit en 1997, le groupe a fait l’objet d’une offre publique d’achat amicale annoncée le 19 septembre 2024 par Bridgepoint, en partenariat avec General Atlantic et les dirigeants actionnaires. À l’issue de l’offre réouverte, close le 30 janvier 2025, l’initiateur et ses partenaires détenaient plus de 90 % du capital et des droits de vote, ce qui a ouvert la voie au retrait obligatoire, effectif le 3 mars 2025. Le fonds britannique a déboursé 1,6 milliard d’euros, rappelle Bref Eco.
L’actionnaire impose un changement de rythme. « Avant, nous étions sur un taux de croissance annuel d’environ 15 %. Avec Bridgepoint, nous visons les 25 % », affirmait Jean-Michel Bérard en juin 2025 dans l’émission Lyon Business diffusée par BFM Lyon et Bref Eco. Le fondateur y évoquait des investissements dans les forces commerciales, la R&D et les acquisitions.
Les ordres de grandeur sont posés. Esker a réalisé 205,3 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, dont plus des deux tiers à l’international, selon le communiqué de retrait de la cote. Le groupe revendique aujourd’hui 1 200 collaborateurs répartis dans 15 implantations dans le monde, précise le communiqué du 28 octobre.
Une R&D lyonnaise à 90 %
L’enjeu dépasse la seule feuille de route. La plateforme d’Esker, utilisée par quelque 6 000 entreprises parmi lesquelles 3M, BMW ou LVMH, est développée par une équipe de 220 personnes, « pour 90 % basée en France, à Lyon », selon Bref Eco. Le même article situait les priorités d’investissement de l’après-Bridgepoint dans la R&D sur l’IA, la facturation électronique et le calcul de l’empreinte carbone.
Ainsi, le nouveau Chief Product Officer, venu de SAP et de Zendesk, prendra la tête d’une stratégie produit dont le moteur technique reste ancré dans la métropole lyonnaise. Esker, fondé en 1985 par Jean-Michel Bérard et Benoit Borrits, avait déposé son premier brevet d’apprentissage automatique en 2012, rappelle encore Bref Eco.
Facturation électronique : Esker, plateforme agréée numéro 0005
Le recrutement intervient en pleine montée en charge de la réforme française. Esker avait été immatriculé par la DGFiP comme plateforme de dématérialisation partenaire sous le numéro 0005, selon un communiqué de l’éditeur du 27 août 2024. Sa plateforme est hébergée en France, certifiée ISO 27001 et conforme au référentiel SecNumCloud, précisait alors Esker, qui indiquait que les factures représentaient un quart de ses revenus.
La première échéance de la réforme était fixée au 1er septembre 2026 pour la réception par toutes les entreprises et l’émission par les grandes entreprises et les ETI, selon le calendrier rappelé par Esker, un chantier qui a ouvert un nouveau front de souveraineté numérique autour de la facturation électronique obligatoire. La Suite Agentic AI d’Esker couvre les processus achats et fournisseurs comme commandes et clients, avec pour objectif d’optimiser le besoin en fonds de roulement et la trésorerie, selon le communiqué.
Prochaine marche pour les PME et microentreprises : le 1er septembre 2027, au plus tard le 1er décembre 2027, selon le même calendrier publié par Esker en 2024. Matthias Goehler aura moins d’un an pour en faire un argument produit.


