Dublin a signé le 18 septembre 2026 la commande officielle de cinq systèmes radar déployables de longue portée auprès de la France, un contrat évalué à environ 500 millions d’euros qui doit doter l’Irlande, pour la première fois de son histoire, d’une capacité nationale de surveillance de son propre ciel. L’accord, révélé par la ministre irlandaise de la Défense Helen McEntee et confirmé par le ministère français des Armées, illustre à la fois le rattrapage capacitaire accéléré d’un pays longtemps resté en marge de l’effort de défense européen et la solidité de la filière radar française portée par Thales, fournisseur retenu au terme d’une procédure de gouvernement à gouvernement.
Un pays sans radar militaire depuis des décennies
L’Irlande ne dispose aujourd’hui d’aucune capacité de défense aérienne au sens strict. Ses forces aériennes se limitent à huit avions d’entraînement Pilatus PC-9, sans aucun appareil de combat, et le pays n’a jamais opéré de système radar militaire longue portée capable de détecter l’ensemble du trafic aérien survolant son territoire, y compris les appareils ayant désactivé leur transpondeur. Jusqu’à présent, Dublin s’appuyait largement sur les radars civils de l’aviation et sur la coopération avec le Royaume-Uni pour surveiller son espace aérien, une situation que la Commission sur les forces de défense (Commission on the Defence Forces) avait qualifiée de priorité immédiate à corriger.
Le contrat porte sur des radars déployables longue portée capables de détecter des cibles jusqu’à environ 515 kilomètres, avec un taux de rafraîchissement de six secondes, permettant de suivre aussi bien des drones lents que des chasseurs volant à haute vitesse et à différentes altitudes. Bien que ni Dublin ni Paris n’aient officiellement confirmé le modèle exact, plusieurs sources spécialisées évoquent la famille Ground Master de Thales, référence du marché européen des radars de surveillance aérienne déjà en service dans plusieurs armées de l’OTAN.
Calendrier et montage industriel
Le processus a débuté fin 2025, lorsque l’Irlande a signalé sa préférence pour une solution française et engagé les négociations. Le gouvernement irlandais a approuvé la phase suivante du programme (Military Radar Programme, MRP) en juillet 2026, avant que le ministère français des Armées ne soit formellement désigné partenaire privilégié. La commande d’acquisition a été signée le 18 septembre 2026, la Direction générale de l’armement (DGA) agissant pour le compte du ministère irlandais de la Défense. Les premières livraisons sont attendues à partir de 2027, pour une capacité opérationnelle complète fin 2028.
Le programme radar représente une tranche de 500 millions d’euros au sein d’un plan d’investissement de défense plus large de 1,7 milliard d’euros couvrant la période 2026-2030, marquant une rupture avec des décennies de sous-investissement militaire structurel en Irlande. La ministre McEntee a indiqué que ce système allait « renforcer très significativement la capacité de l’Irlande à protéger son ciel » et permettre de constituer, pour la première fois, une image aérienne reconnue complète de l’espace aérien irlandais.
Des incursions de drones qui ont pesé sur la décision
Plusieurs incidents récents ont accéléré la prise de décision à Dublin. En décembre 2025, des drones avaient été repérés à proximité de la trajectoire de vol du président ukrainien Volodymyr Zelensky lors d’un déplacement en Irlande. En septembre 2026, un nouveau signalement de drone au large du comté de Wicklow est survenu pendant une réunion informelle des ministres européens des Affaires étrangères. Le président du Conseil européen, António Costa, avait alors rattaché ces incidents à une série d’« attaques hybrides » attribuées à la Russie, dans un contexte où l’Irlande abrite par ailleurs sur son plateau continental une part majeure des câbles sous-marins de télécommunications reliant l’Europe à l’Amérique du Nord, une infrastructure critique jugée particulièrement exposée.
Cette vulnérabilité avait déjà conduit Dublin, en décembre 2025, à annoncer une capacité anti-drone de 19 millions d’euros mise à disposition de ses forces de défense à l’occasion de la présidence irlandaise du Conseil de l’Union européenne. L’acquisition des radars Thales s’inscrit dans la continuité de cette prise de conscience, dans un pays qui avait jusqu’ici cédé une partie de son matériel radar existant (des systèmes Giraffe Mark IV) à l’Ukraine, aggravant encore son déficit de couverture domestique.
Un succès supplémentaire pour la filière française
Pour la France, ce contrat s’ajoute à une série de succès à l’export de sa base industrielle et technologique de défense (BITD), alors que le rapport annuel au Parlement sur les exportations d’armement, publié en août 2026, confirmait une nouvelle année soutenue pour le secteur. Il conforte la position de Thales sur le segment des radars de surveillance aérienne longue portée en Europe, dans un marché dopé par le réarmement continental engagé depuis l’invasion russe de l’Ukraine, et renforce le partenariat stratégique franco-irlandais, alors même que l’Irlande, pays traditionnellement attaché à sa neutralité militaire, accroît progressivement ses investissements de défense et sa coopération capacitaire avec Paris.


