Les prix à la pompe ont atteint dimanche 21 septembre de nouveaux records en France, une flambée directement liée à la paralysie partielle du détroit d’Ormuz depuis l’escalade militaire au Moyen-Orient. Le gouvernement de Sébastien Lecornu, pris entre l’urgence sociale et des marges budgétaires exsangues, a convoqué pour ce lundi deux réunions de crise à Matignon, signe que le dossier énergétique s’est imposé comme l’un des enjeux majeurs de la campagne présidentielle en cours.
Des prix historiques, un marché mondial sous tension
Selon les relevés du week-end, le gazole s’échangeait dimanche à 2,41 euros le litre en moyenne, un nouveau record, tandis que le SP95-E10 dépassait 2,17 euros et le SP98 2,28 euros, des niveaux supérieurs au pic déjà observé lors de la crise énergétique de 2022. Cette flambée trouve son origine dans le blocage partiel du détroit d’Ormuz, point de passage d’environ un tiers des exportations pétrolières du Golfe, où le trafic maritime s’est effondré depuis le début du mois. D’après les données reprises par plusieurs médias économiques, les flux y sont tombés à 15 ou 16 millions de barils par jour contre environ 25 millions auparavant, et le nombre de navires ayant traversé le détroit un jour donné est passé d’une moyenne de 125 avant le conflit à seulement six lors des relevés les plus récents.
Le baril de Brent avait franchi la barre symbolique des 100 dollars le 9 septembre, pour la première fois depuis juillet, après que les États-Unis eurent frappé cinq pétroliers iraniens, Téhéran affirmant en retour avoir visé dix navires le lendemain. Des installations saoudiennes ont également été touchées par des frappes attribuées aux Houthis début septembre. Si aucune pénurie généralisée n’a pour l’instant été constatée sur le territoire français, la vulnérabilité structurelle du pays aux importations de diesel et de carburéacteur, deux produits que le raffinage national ne couvre plus intégralement, explique la rapidité avec laquelle la hausse mondiale des cours s’est répercutée sur les prix à la pompe.
Grogne sociale et souvenir des Gilets jaunes
La tension n’est pas seulement financière. La semaine passée, des pêcheurs ont bloqué plusieurs dépôts pétroliers pour dénoncer le prix du gazole professionnel, revendiquant un retour à un tarif proche de 1,10 euro le litre, avant d’être reçus par la ministre de la Mer. Si les blocages ont depuis été levés, la mobilisation a ravivé, dans la classe politique, le souvenir du mouvement des Gilets jaunes déclenché en 2018 par une hausse de la fiscalité sur les carburants. Cette fois, c’est un choc géopolitique extérieur, et non une décision fiscale française, qui alimente la colère, mais le risque de contagion sociale reste pris très au sérieux à Matignon comme à l’Élysée, en pleine campagne pour l’élection présidentielle.
Lecornu convoque deux réunions de crise
Sébastien Lecornu doit réunir ce lundi, dans la matinée, les directeurs d’administration en charge des approvisionnements en pétrole et en gaz, avant de consacrer l’après-midi aux mesures d’accompagnement de court et moyen terme pour les ménages et les secteurs les plus exposés. Le gouvernement a d’ores et déjà confirmé que le dispositif d’aide aux « gros rouleurs », qui verse une indemnité forfaitaire de 100 euros (équivalant à environ 20 centimes par litre sur six mois) à environ trois millions de travailleurs modestes contraints à de longs trajets domicile-travail, ne s’arrêtera pas à son échéance du 30 septembre. Un nouveau dispositif de soutien doit prendre le relais dès le 1er octobre, sans que son calibrage exact ait encore été précisé. Les aides sectorielles déjà accordées à l’agriculture, au BTP et à la pêche, particulièrement exposés à la hausse du gazole, ont par ailleurs été prolongées jusqu’à la fin de l’année 2026.
Cette marge de manœuvre reste toutefois contrainte par l’état des finances publiques françaises, l’exécutif anticipant un niveau d’endettement record pour 2027 dans un contexte de remontée des taux d’intérêt. D’où le choix, assumé par plusieurs ministres, de cibler l’aide vers les publics les plus affectés plutôt que d’instaurer une remise généralisée à la pompe, comme cela avait été fait en 2022.
Une diplomatie énergétique activée en parallèle
Sur le plan diplomatique, Emmanuel Macron a profité de ses échanges avec le premier ministre canadien Mark Carney pour explorer des pistes d’approvisionnement alternatif en gaz naturel liquéfié en provenance du Canada, une option destinée à réduire l’exposition française aux flux transitant par les détroits aujourd’hui fragilisés. Le chef de l’État doit par ailleurs s’exprimer jeudi lors d’une interview conjointe sur TF1 et France 2, où le dossier énergétique devrait occuper une place centrale, après avoir déjà réuni vendredi à l’Élysée l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle pour évoquer la situation.
Au-delà de la gestion de crise immédiate, l’épisode remet en lumière une fragilité structurelle de la souveraineté énergétique française : une production électrique largement décarbonée et indépendante grâce au parc nucléaire, mais une dépendance persistante aux importations de produits pétroliers raffinés, que la contraction du secteur du raffinage sur le territoire national au cours de la dernière décennie n’a fait que renforcer. La capacité du gouvernement à sortir de la seule logique d’aides ponctuelles pour construire une réponse structurelle sur l’approvisionnement énergétique du pays sera scrutée de près dans les prochaines semaines.


