L’armée de Terre a réceptionné cet été les premiers exemplaires du Jaguar R3, la version pleinement opérationnelle de l’Engin blindé de reconnaissance et de combat (EBRC), désormais dotée du missile antichar Akeron MP de MBDA. Vingt et un véhicules avaient été livrés au 4 septembre 2026, une étape clé du programme Scorpion de modernisation des blindés français.
Une montée en puissance actée cet été
La Direction générale de l’armement (DGA) a qualifié le standard R3 du Jaguar le 8 avril 2026. L’armée de Terre en a autorisé l’emploi trois mois plus tard, le 20 juillet, avant de recevoir ses premiers exemplaires au cours de l’été. Selon Zone Militaire (opex360.com, 19 septembre), qui a révélé l’information, le portage de l’ensemble des Jaguar R2 déjà en service au standard R3 doit être achevé d’ici fin 2027.
Le Jaguar est un blindé à roues 6×6 de 25 tonnes, conçu pour succéder à l’AMX-10RC dans les missions de reconnaissance et de combat de contact. Sa caisse, surélevée de 25 centimètres par rapport à celle de son prédécesseur, offre une meilleure protection contre les mines et les engins explosifs improvisés.
Le missile Akeron MP, cœur de la nouvelle version
La principale nouveauté du standard R3 tient à l’intégration du missile moyenne portée Akeron MP, développé par MBDA, dont la trajectoire peut être reprogrammée en vol pour frapper des cibles à haute valeur ajoutée jusqu’à quatre kilomètres. Le véhicule embarque également des fonctions de maintenance prédictive destinées à réduire les indisponibilités en unité. Un premier tir de missile MMP (l’ancienne appellation de l’Akeron MP) depuis un Jaguar avait déjà validé cette intégration lors d’essais antérieurs, selon Arquus, l’un des trois industriels du programme.
Le Jaguar est en effet fabriqué par un groupement momentané d’entreprises réunissant KNDS France (ex-Nexter, chargé de l’assemblage final à Roanne), Arquus et Thales, qui fournit notamment les systèmes d’observation et de conduite de tir.
Un investissement de long terme pour l’armée de Terre
Le Jaguar s’inscrit dans le programme Scorpion, dont le coût global est évalué à environ 11 milliards d’euros, dont près de 2 milliards consacrés aux 300 exemplaires commandés par la France (150 fermes, 150 en tranche approuvée), selon les dernières données budgétaires publiques disponibles. Le coût unitaire, initialement visé à 3 millions d’euros, a été réévalué autour de 6 millions d’euros compte tenu de la complexité technologique du véhicule. Les livraisons françaises doivent se poursuivre jusqu’en 2035, aux côtés du VBMR Griffon et du char Leclerc rénové, les trois piliers de la modernisation blindée de l’armée de Terre.
La dimension européenne : Belgique et Luxembourg misent sur le Jaguar
Le programme dépasse le seul cadre français. Depuis 2018, la Belgique s’est engagée dans le programme de coopération CaMo (Capacité Motorisée) avec la France, qui prévoit la livraison de 60 Jaguar entre 2025 et 2030, aux côtés de Griffon et de Serval, afin de doter l’ensemble des forces terrestres belges de la gamme Scorpion et de renforcer leur interopérabilité avec l’armée française au sein de l’Otan. Le Luxembourg a rejoint ce montage avec une commande de 38 Jaguar, dont les livraisons doivent débuter en 2028.
Une commande complémentaire de 269 véhicules a été notifiée le 30 décembre 2025 dans le cadre de ce même programme CaMo, selon un communiqué de KNDS : 92 Griffon et, pour la première fois, 123 Serval pour la Belgique, ainsi que 38 Jaguar et 16 Griffon supplémentaires pour le Luxembourg. Une partie de l’assemblage, notamment celui des Serval, a été transférée vers le site belge de Mol, les tourelles restant fournies par l’industriel wallon FN Herstal.
Une base industrielle et de défense qui s’exporte, sans se délocaliser
Le succès du Jaguar auprès de deux partenaires européens constitue une performance notable pour la base industrielle et technologique de défense (BITD) terrestre française, dans un marché où dominent largement les constructeurs allemands (Puma, Boxer) et américains (Stryker). Contrairement à d’autres programmes d’armement où l’export s’accompagne d’un transfert complet de technologie, l’assemblage principal du Jaguar reste concentré sur le site historique de Roanne, la France conservant la maîtrise industrielle du véhicule et de son intégration missile, tout en consentant des compensations industrielles limitées à ses partenaires belge et luxembourgeois.
Cette double dynamique, montée en puissance capacitaire pour l’armée française et ancrage du Jaguar comme référence d’interopérabilité au sein de la coopération militaire franco-belgo-luxembourgeoise, illustre une stratégie où souveraineté industrielle et intégration européenne de la défense ne sont pas présentées comme contradictoires, mais complémentaires, alors même que les budgets de défense du continent sont appelés à croître dans les années qui viennent.


