La PME française Haffner Energy, spécialiste de la production d’hydrogène et de gaz de synthèse renouvelables à partir de biomasse, a annoncé le 17 septembre 2026 une révision à la hausse de son programme industriel CORE100. Sept mois après son lancement, l’objectif de chiffre d’affaires du programme passe de 300 millions à plus de 500 millions d’euros, un doublement qui traduit un accueil commercial plus favorable qu’anticipé et une extension du périmètre technologique de l’offre.
Un programme de réservation industrielle repensé
Lancé le 18 février 2026, CORE100 consiste à faire réserver, contre un acompte de 10 000 euros, jusqu’à cent unités industrielles standardisées de la gamme C-iC (déclinée en versions SYNOCA et HYNOCA). Ces modules produisent, selon la configuration, jusqu’à 50 kg d’hydrogène par heure (soit environ 400 tonnes par an) ou 1 700 kWh de gaz de synthèse valorisable en méthanol, méthane ou chaleur industrielle. La fabrication en série de ces unités devait initialement permettre une réduction du coût d’investissement d’environ 65 % par rapport à des projets développés au cas par cas, et un raccourcissement des délais de livraison de quatre à six mois.
Sept mois plus tard, l’entreprise indique que 38 des 100 modules disponibles sont déjà engagés par des clients. La fenêtre de réservation, qui devait initialement se refermer fin juillet 2026, a été prolongée jusqu’au 31 janvier 2027. Le nouvel objectif financier porte la marge brute anticipée du programme à plus de 175 millions d’euros, contre 90 millions d’euros dans la version initiale.
Une offre élargie, portée par la demande des data centers
Le relèvement des objectifs s’accompagne d’un changement de stratégie commerciale. Haffner Energy ne vend plus seulement des modules unitaires mais des architectures multimodulaires intégrées, couvrant l’ensemble de la chaîne depuis la biomasse jusqu’au produit énergétique final (méthane ou méthanol renouvelables). L’entreprise s’appuie pour cela sur des équipementiers partenaires chargés d’intégrer des technologies complémentaires, sans que cela alourdisse ses propres capacités industrielles.
Cet élargissement s’inscrit dans le prolongement d’une offre dédiée aux centres de données, lancée fin août 2026, promettant une disponibilité énergétique supérieure à 99,995 %. Cette diversification prend place alors que la demande électrique des data centers d’intelligence artificielle s’impose comme l’un des sujets les plus disputés de la transition énergétique européenne, entre concurrence pour l’accès au réseau, recherche de solutions décentralisées et pression sur les capacités de production disponibles.
Une lecture en termes de souveraineté industrielle
Basée à Vitry-le-François, dans la Marne, et cotée sur Euronext Growth Paris (ticker ALHAF), Haffner Energy développe depuis plusieurs années sa technologie propriétaire HYNOCA de vapo-thermolyse pour produire de l’hydrogène renouvelable à un coût annoncé proche de 2,34 euros le kilogramme, contre environ 7 euros pour l’hydrogène d’origine fossile.
Le cas de CORE100 illustre une dynamique suivie de près dans le débat sur l’autonomie énergétique française et européenne : celle d’un équipementier tricolore qui cherche à industrialiser une filière de production décentralisée d’hydrogène et de gaz renouvelables, à un moment où le retrait progressif des subventions publiques et l’incertitude géopolitique fragilisent les projets financés au coup par coup. En proposant une standardisation qui abaisse les coûts sans dépendre d’un soutien public prolongé, l’entreprise se positionne comme une alternative aux équipements importés, notamment nord-américains, pour l’alimentation énergétique des infrastructures numériques les plus gourmandes en électricité.
Le rythme de déploiement prévu par le programme reste cependant progressif : 15 unités devaient être lancées en 2026, puis 30 et 55 les années suivantes, jusqu’en 2029. La capacité de l’entreprise à transformer les réservations en commandes fermes, puis en livraisons effectives, sera le principal indicateur à suivre dans les prochains mois, alors que le plafond industriel de cent modules reste maintenu malgré le relèvement des ambitions financières.
Ce qu’il faut retenir
Pour une PME industrielle française du secteur des énergies renouvelables, porter en sept mois l’objectif d’un programme de réservation de 300 à plus de 500 millions d’euros constitue un signal notable, dans un secteur où le financement de la transition énergétique décentralisée reste un défi structurel. L’élargissement vers les data centers place également Haffner Energy sur l’un des fronts les plus stratégiques de la compétition industrielle actuelle entre l’Europe et les États-Unis autour de l’énergie disponible pour l’intelligence artificielle. La confirmation de cette trajectoire dépendra désormais de la capacité de l’entreprise à convertir ses réservations en contrats fermes d’ici l’échéance de janvier 2027.
