Le groupe sidérurgique français Vallourec vient de décrocher un contrat pour équiper le projet grec Prinos CO2, l’un des chantiers de stockage de carbone les plus avancés d’Europe. Une victoire commerciale qui illustre la capacité de l’industrie tubière française à se réinventer sur les marchés de la transition énergétique, loin de son cœur historique pétrolier et gazier.
Un contrat pour transformer un ancien champ pétrolier en réservoir de CO2
Vallourec a annoncé le 18 septembre avoir été sélectionné par EnEarth, filiale du groupe grec Energean spécialisée dans le stockage de carbone, pour fournir des solutions tubulaires premium destinées à la première phase du projet Prinos CO2. Le contrat porte sur environ 3 000 tonnes de tubes de cuvelage (casing) et d’accessoires associés, livrés au large des côtes grecques, en mer Égée.
Le projet Prinos CO2 vise à convertir un ancien réservoir pétrolier en installation permanente de stockage de dioxyde de carbone. Il figure parmi les dossiers les plus avancés du continent en la matière : sa capacité d’injection cible atteint 2,8 millions de tonnes par an, pour une capacité totale de stockage prouvée et probable estimée à 51,5 millions de tonnes. Reconnu comme projet d’intérêt commun par l’Union européenne, il bénéficie de financements européens et grecs, avec l’ambition de servir de point d’ancrage à la décarbonation industrielle de la Grèce et de la Méditerranée orientale.
Philippe Guillemot, président-directeur général de Vallourec, a salué une sélection qui témoigne, selon lui, de la confiance placée dans la capacité du groupe à fournir des tubes premium pour ce type d’installation stratégique.
Une technologie française pensée pour le pétrole, réorientée vers le stockage de carbone
Sur le plan technique, Vallourec fournira des tubes de cuvelage sans soudure en acier au carbone et en alliages résistants à la corrosion, assemblés avec les connexions premium VAM®, la signature technologique du groupe pour garantir l’étanchéité et la fiabilité des puits. Le tout sera complété par le revêtement CLEANWELL®, une solution sans graisse qui améliore l’efficacité opérationnelle tout en réduisant l’impact environnemental des opérations de pose. Ces produits sont conçus pour assurer l’intégrité des puits sur le très long terme, condition indispensable pour un stockage de carbone dont la vocation est d’être permanent.
Ces technologies n’ont rien de nouveau : elles ont été développées et éprouvées pendant des décennies pour l’exploration et la production pétrolière et gazière. Leur redéploiement vers le captage et le stockage de carbone illustre une bascule stratégique que Vallourec assume depuis plusieurs années, à mesure que les grands énergéticiens européens investissent dans la décarbonation de leurs activités industrielles.
Un groupe qui a traversé une décennie difficile avant de retrouver de la marge
Le contrat grec intervient alors que Vallourec a assaini ses comptes après une décennie de restructurations. Le groupe, dont le siège social est basé à Meudon, dans les Hauts-de-Seine, a vu son chiffre d’affaires reculer de 5,1 milliards d’euros en 2023 à 3,2 milliards d’euros en 2025, un repli qui traduit surtout le désendettement engagé depuis la restructuration financière de 2021-2022, plutôt qu’un effondrement de l’activité. Sur ce socle assaini, l’exercice 2025 a dégagé un bénéfice net de 320,9 millions d’euros et une marge opérationnelle supérieure à 15 %, avec un effectif ramené à environ 12 300 salariés dans le monde.
Coté sur Euronext Paris et intégré à l’indice SBF 120, Vallourec conserve en France plusieurs sites de fabrication historiques, notamment à Aulnoye-Aymeries, dans les Hauts-de-France, où le groupe produit une partie de ses tubes sans soudure destinés à l’énergie. C’est sur cette base industrielle, façonnée pour les besoins du pétrole et du gaz, que le groupe cherche désormais à se positionner comme fournisseur de référence pour les grands projets européens de captage et de stockage du carbone.
Un enjeu de souveraineté industrielle et technologique
Le contrat Prinos CO2 dépasse la simple opération commerciale. Il illustre la manière dont un savoir-faire industriel français, façonné pendant des décennies au service de l’exploitation pétrolière et gazière, peut se convertir pour occuper une place de premier plan dans les infrastructures de la transition énergétique européenne. Alors que la France peine encore à faire émerger sur son propre sol des projets de captage et de stockage de carbone à grande échelle, faute notamment de sites de stockage géologique adaptés sur le territoire national, ses entreprises industrielles peuvent en revanche exporter les technologies et les compétences nécessaires à ces projets ailleurs en Europe.
Pour Vallourec, se positionner comme fournisseur de confiance sur un projet aussi emblématique que Prinos CO2 permet de sécuriser un relais de croissance dans un secteur appelé à se développer fortement dans la prochaine décennie, sous l’effet des objectifs climatiques européens et de la nécessité, pour les industries lourdes du pourtour méditerranéen, de trouver des solutions de stockage pérenne de leurs émissions résiduelles. Ce type de contrat renforce aussi la position de la France dans la chaîne de valeur des technologies de décarbonation industrielle, à un moment où plusieurs pays européens et asiatiques investissent massivement pour se doter de capacités équivalentes.
Reste à voir si ce premier contrat en appellera d’autres pour Vallourec sur le segment du captage et du stockage du carbone, à mesure que des projets similaires se multiplieront en Europe et en Méditerranée.


