La foncière cotée Argan a inauguré ce mercredi 17 septembre l’extension de son site logistique d’Amblainville, dans l’Oise, loué à l’enseigne française de prêt-à-porter Celio. Au-delà de l’événement, l’opération illustre une stratégie plus large du premier acteur logistique français coté en Bourse : faire de l’indépendance énergétique un argument commercial et un rempart contre la volatilité des prix du gaz et de l’électricité.
Un site porté à 55 000 m² et labellisé AutOnom
Le site d’Amblainville, opérationnel depuis 2012 et déjà agrandi une première fois en 2017, vient de recevoir une nouvelle extension de 12 000 m², livrée en mai dernier. Il totalise désormais 55 000 m² d’entrepôts dédiés à la logistique de Celio. Cette extension a permis à l’ensemble du site d’obtenir le label maison d’Argan, AutOnom®, qui désigne des entrepôts conçus pour produire et stocker une large part de leur propre énergie.
Concrètement, le site dispose désormais d’une centrale photovoltaïque de 400 kWc et de batteries de stockage d’une capacité de 250 kWh. Les équipements de chauffage au gaz ont été remplacés par des pompes à chaleur. Selon Argan, ce dispositif permet de diviser par quatre les émissions de CO2 du site, extension comprise.
« Cette inauguration est un moment particulièrement important pour nous. Elle vient concrétiser une relation de confiance construite au fil des années avec Celio », a déclaré Stéphane Cassagne, directeur du développement et de l’asset management d’Argan, cité dans le communiqué diffusé le 17 septembre.
Un programme engagé depuis 2022, déjà à sa quinzième unité
Amblainville n’est pas un cas isolé. Argan a lancé son programme AutOnom en 2022 avec un premier site à Serris, en Seine-et-Marne. Le groupe développe aujourd’hui son quinzième entrepôt de ce type, un site de 18 300 m² à Louailles, dans la Sarthe, dont la première phase a été livrée fin 2025. Cette nouvelle plateforme intégrera une centrale solaire de 300 kWc, 200 kWh de batteries et une réduction attendue d’environ 90 % des émissions de CO2, le solde étant compensé par des actions de reforestation.
Ce déploiement s’inscrit dans un plan d’investissement de 220 millions d’euros sur 2025-2026, alors qu’Argan élargit sa zone de développement historique, l’Île-de-France puis le corridor logistique nord-sud, vers l’arc atlantique.
À fin juin 2026, Argan revendique un patrimoine de 3,9 millions de m² répartis sur environ 110 entrepôts en France métropolitaine, pour une valeur estimée à 4,3 milliards d’euros hors droits et des revenus locatifs annualisés proches de 224 millions d’euros. La foncière fait partie des rares acteurs français de taille significative de l’immobilier logistique à rester intégralement cotés et pilotés depuis la France, dans un secteur où une large part du foncier d’entrepôts est détenue par des fonds d’investissement étrangers ou des véhicules paneuropéens.
Une lecture en creux : la résilience énergétique comme actif immobilier
L’intérêt de l’opération d’Amblainville dépasse le cas d’un locataire et de son bailleur. Depuis la crise énergétique de 2022 et l’envolée des prix du gaz et de l’électricité, la capacité d’un bâtiment logistique à produire une partie de sa propre énergie est devenue un critère de plus en plus regardé par les locataires industriels et commerciaux, autant pour maîtriser leurs coûts d’exploitation que pour réduire leur exposition aux importations d’énergie fossile.
Pour une foncière comme Argan, cette autonomie énergétique constitue aussi un argument de différenciation face à la concurrence et un moyen de valoriser son patrimoine dans la durée, à un moment où les exigences environnementales pèsent de plus en plus sur la valeur des actifs tertiaires et logistiques. Elle rejoint une tendance plus générale de « réindustrialisation énergétique » du foncier d’activité en France, où entrepôts, usines et zones logistiques sont progressivement équipés de capacités de production électrique locale.
Côté locataire, Celio, enseigne française de prêt-à-porter masculin fondée en 1978 par Maurice Grosman, aujourd’hui présente dans une soixantaine de pays, dispose ainsi d’un outil logistique modernisé sans les investissements en capital que la construction ou la rénovation d’un tel site aurait exigés en propre. C’est précisément le modèle économique des foncières logistiques cotées : mutualiser l’investissement immobilier et énergétique pour des enseignes qui préfèrent concentrer leur capital sur leur cœur de métier.
L’opération d’Amblainville n’aura pas, à elle seule, valeur de signal macroéconomique. Mais elle documente, avec des chiffres précis et vérifiables, une évolution concrète du foncier logistique français : l’autonomie énergétique n’y est plus un supplément d’image, mais un critère de conception intégré dès l’origine des projets, et un axe d’investissement chiffré à l’échelle d’un groupe coté.
