Groenland : Washington obtient un « contrôle permanent » sur la sécurité de l’île, l’Europe sommée de réagir

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Donald Trump a annoncé le 18 septembre 2026, sur sa plateforme Truth Social, avoir conclu avec le Danemark et le Groenland un accord conférant aux États-Unis un « contrôle permanent sur la sécurité, ainsi que sur tous les autres besoins » du territoire arctique. L’annonce marque l’aboutissement d’une crise diplomatique ouverte début 2025, lorsque le président américain avait évoqué la possibilité d’« utiliser la force » pour annexer purement et simplement l’île, provoquant une levée de boucliers en Europe. Neuf mois après avoir qualifié ce dossier de « signal d’alerte stratégique pour toute l’Europe », Emmanuel Macron voit désormais se dessiner un règlement négocié directement entre Washington et Copenhague, sans participation formelle de l’Union européenne.

Une présence militaire américaine élargie

Selon les termes rapportés par la presse danoise et américaine, l’accord prévoit le lancement immédiat d’un processus de développement d’une présence militaire américaine substantielle au Groenland, avec la construction de trois nouvelles bases dans le sud de l’île, qui viendraient s’ajouter à la base spatiale de Pituffik, dans le nord, déjà exploitée par l’US Space Force. Washington obtient en outre un droit de regard sur toute présence militaire ou tout investissement « sensible » d’un pays tiers jugé adverse, une clause qui vise implicitement la Chine et la Russie selon le département d’État américain. L’accord serait, selon Donald Trump, d’une « durée de vie infinie » et n’impliquerait aucun coût pour le budget fédéral américain. Sa signature officielle est annoncée pour la semaine suivante à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

Le texte prend soin de préserver la souveraineté formelle du Royaume du Danemark sur le Groenland ainsi que le droit du peuple groenlandais à l’autodétermination. Un responsable américain a précisé que l’accord de sécurité resterait valable même si le Groenland venait à devenir un État pleinement indépendant, une hypothèse régulièrement discutée à Nuuk ces dernières années.

Copenhague et Nuuk saluent un compromis

La Première ministre danoise Mette Frederiksen a qualifié l’accord de texte qui « renforce notre sécurité commune dans l’Arctique et l’Atlantique Nord et est bon pour l’Otan et l’Europe », tout en précisant qu’il devra encore passer par les procédures législatives nécessaires avant son entrée en vigueur. Le chef du gouvernement groenlandais, Jens Frederik Nielsen, a de son côté salué un compromis qui « garantit et renforce la sécurité du Groenland, du Danemark, des États-Unis et de l’alliance occidentale », affirmant que les intérêts groenlandais y sont reconnus.

Ces prises de position tranchent avec le climat de tension qui prévalait en janvier 2026, lorsque Emmanuel Macron avait reçu à l’Élysée Mette Frederiksen et Jens Frederik Nielsen pour afficher un front européen uni face aux velléités expansionnistes américaines. Le président français avait alors fixé quatre priorités : affirmation de la souveraineté européenne, contribution à la sécurité arctique, lutte contre les ingérences étrangères et la désinformation, et action climatique. Paris avait matérialisé cet engagement par l’ouverture d’un consulat à Nuuk le 6 février 2026, un geste diplomatique rare pour un territoire de 57 000 habitants, destiné à ancrer une présence française dans la région.

L’enjeu de la souveraineté économique européenne

Pour Refrance, l’intérêt de ce dossier dépasse la seule question sécuritaire. Le Groenland recèle des gisements inexploités de terres rares et de minerais critiques, des ressources dont l’Union européenne cherche par ailleurs à sécuriser l’approvisionnement pour réduire sa dépendance à la Chine dans les chaînes de valeur des semi-conducteurs, des batteries et des technologies de défense. Le territoire occupe par ailleurs une position stratégique sur la route maritime la plus courte entre la Russie et les États-Unis, un axe appelé à prendre de l’importance à mesure que la fonte de la banquise ouvre de nouvelles voies de navigation arctiques.

Que l’accord soit négocié bilatéralement entre Washington et Copenhague, avec l’aval de Nuuk mais sans siège formel pour Bruxelles, illustre une nouvelle fois la difficulté de l’Union européenne à peser directement sur des dossiers touchant à son propre voisinage. Le Groenland demeure un pays et territoire d’outre-mer associé à l’Union via le Danemark, ce qui confère à Bruxelles un intérêt institutionnel direct sans lui donner de levier de négociation propre face à Washington. À ce stade, ni le Quai d’Orsay ni la Commission européenne n’avaient publié de réaction officielle détaillée à l’accord annoncé le 18 septembre, l’essentiel des prises de parole européennes restant concentré sur les capitales scandinaves.

L’épisode illustre une tension désormais classique pour la ligne éditoriale de Refrance : celle qui oppose la nécessité, affichée par Paris depuis janvier, de construire une autonomie stratégique européenne, à la réalité d’un ordre sécuritaire nord-atlantique où les grands arbitrages continuent de se jouer d’abord entre Washington et les capitales directement concernées. La signature prévue à New York la semaine prochaine donnera l’occasion de mesurer si cette séquence débouche sur une clarification du rôle de l’Union dans l’Arctique, ou si elle confirme un format de négociation bilatéral appelé à se reproduire sur d’autres dossiers sensibles pour la sécurité économique européenne.

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