Mondial Relay sous pavillon américain : FedEx et Advent bouclent la prise de contrôle d’InPost

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Le dernier kilomètre du commerce en ligne français change de mains. Un consortium mené par le géant américain de la messagerie FedEx et le fonds d’investissement américain Advent International a annoncé, le 18 septembre, avoir sécurisé plus de 89,81 % du capital d’InPost, l’opérateur polonais de consignes automatiques qui possède depuis 2021 la marque française Mondial Relay. L’offre publique d’achat, lancée dans le cadre d’une transaction valorisant l’ensemble à 7,8 milliards d’euros, ouvre la voie à une finalisation attendue au second semestre 2026 et referme, de fait, un cycle de vingt ans qui aura vu un acteur né dans le Nord de la France passer successivement sous pavillon allemand, polonais, puis largement anglo-saxon.

Une opération à 15,60 euros par action

Selon les informations relayées par Boursorama et confirmées par plusieurs agences financières, l’offre valorise chaque action InPost à 15,60 euros, soit une prime de 17,3 % sur le cours de clôture précédant l’annonce et environ 50 % au-dessus du niveau constaté avant que la rumeur d’un rachat ne circule en janvier. À l’issue de l’opération, le tour de table se répartirait entre FedEx (37 %), Advent (37 %), la société d’investissement du fondateur d’InPost Rafał Brzoska, A&R (16 %), et le véhicule tchèque PPF, lié à la famille Kellner (10 %). Le PDG de FedEx, Raj Subramaniam, a justifié l’opération par la volonté d’accéder aux « capacités de livraison du dernier kilomètre B2C » d’InPost, en complément du réseau mondial du transporteur américain. InPost devrait sortir de la cote et conserver son siège en Pologne, mais le centre de gravité actionnarial et stratégique du groupe bascule désormais très largement outre-Atlantique.

Mondial Relay, une infrastructure devenue stratégique pour l’e-commerce français

L’enjeu dépasse la seule mécanique boursière. Fondée en 1992 dans le Nord, Mondial Relay s’est imposée comme l’un des piliers de la logistique du dernier kilomètre en France, aux côtés de Colissimo et Chronopost, tous deux adossés au groupe public La Poste. Cédée par le groupe allemand Otto à InPost en 2021 pour 565 millions d’euros, l’enseigne a depuis servi de tête de pont à l’expansion française de l’opérateur polonais : plus de 11 000 consignes automatiques déployées, contre 300 en 2021, un investissement annoncé de 1,4 milliard d’euros d’ici 2030 dont 900 millions déjà engagés, environ 60 000 commerçants raccordés au réseau, et plusieurs centaines d’emplois créés depuis 2021, avec un objectif affiché de 750 à 1 000 postes supplémentaires.

Cette montée en puissance n’a toutefois pas été sans friction sur le territoire national. La bascule vers les casiers automatiques, jugée plus rentable, s’est accompagnée d’une réduction du maillage traditionnel : entre 2 500 et 3 500 points relais tenus par des commerçants indépendants seraient concernés par des fermetures d’ici la fin de l’année, selon des estimations reprises dans la presse spécialisée. Pour ces buralistes, épiceries et petits commerces, le partenariat représentait un revenu d’appoint de 300 à 1 000 euros par mois, mais surtout un facteur de fréquentation dans des zones où, selon les chiffres cités par la députée Mélanie Thomin, 62 % des communes françaises ne disposent plus d’aucun commerce. L’élue a interpellé le gouvernement sur une réorganisation menée sans concertation locale, alors qu’aucun mécanisme de compensation n’a été annoncé pour les territoires ruraux les plus touchés.

Une consolidation qui échappe largement aux capitaux français et européens

C’est ce contexte qui donne au rachat de cette semaine une résonance particulière du point de vue de la souveraineté économique. Une infrastructure logistique qui irrigue désormais le commerce de 60 000 entreprises françaises, et qui pèse directement sur l’aménagement commercial de dizaines de milliers de communes, se retrouve contrôlée à hauteur des trois quarts par un tandem américain, transporteur et fonds de capital-investissement réunis. La France conserve, via La Poste et ses filiales Colissimo et Chronopost, un acteur public de poids sur le marché du colis, mais le segment en croissance la plus rapide, celui des consignes automatisées et des points de retrait hors domicile popularisés par la pression concurrentielle d’Amazon, échappe désormais très largement aux capitaux nationaux et même européens.

Pour FedEx, l’intérêt est clair : le marché européen de la livraison hors domicile, et en particulier le Royaume-Uni où le groupe ambitionne de faire passer le nombre de casiers InPost de 14 000 à plus de 30 000, constitue un relais de croissance face à un marché nord-américain plus mature. Aucune suppression d’emploi n’a pour l’instant été annoncée dans le cadre de l’opération. Reste que la finalisation de ce rachat, attendue dans les prochains mois sous réserve des autorisations réglementaires habituelles, illustre une dynamique plus large : celle d’une chaîne logistique du commerce en ligne français dont les points de contrôle stratégiques, des plateformes numériques aux infrastructures physiques de livraison, se concentrent de plus en plus loin des centres de décision nationaux et européens.

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