France Digitale a annoncé ce lundi 21 septembre la nomination de Bettina Reveyron au poste de directrice générale de l’organisation, qui fédère l’écosystème des start-up et des investisseurs technologiques français. Elle prendra ses fonctions le 5 octobre prochain, succédant à Maya Noël, en poste depuis cinq ans. Cette transition intervient alors que le baromètre annuel publié par France Digitale et EY début septembre confirme la vitalité de l’écosystème français, mais souligne aussi son retard persistant face à ses voisins européens en matière de financement, un enjeu directement lié à la capacité de la France à faire émerger des champions technologiques souverains.
Une dirigeante issue de l’écosystème de la santé numérique
Jusqu’ici directrice de l’impact social chez Doctolib, plateforme française devenue l’un des fleurons de la e-santé européenne, Bettina Reveyron a également occupé des fonctions chez Thinkers & Doers, cabinet de conseil en innovation, et chez Microsoft, où elle a dirigé le think tank Impact AI consacré aux usages responsables de l’intelligence artificielle. Sa nomination s’accompagne d’une promotion en interne : Arthur Nègre, arrivé chez France Digitale en 2020 et jusqu’alors en charge du développement commercial et des relations avec les investisseurs, devient directeur général adjoint.
Maya Noël, qui dirigeait l’organisation depuis octobre 2021, quitte ses fonctions pour se consacrer à un nouveau projet entrepreneurial. Sous sa direction, France Digitale avait porté la voix des start-up françaises dans plusieurs débats législatifs sensibles, de la fiscalité du capital-risque à la commande publique.
Dans sa prise de parole, la nouvelle directrice générale a fixé le cap : placer « l’innovation, la compétitivité et la capacité de croissance de nos entreprises au cœur du débat économique et sociétal ». Elle a ajouté que la « responsabilité collective » de l’écosystème consistait à « permettre à la tech d’avancer et de produire davantage de champions européens », une formule qui résonne avec les priorités affichées depuis plusieurs mois par le gouvernement en matière de souveraineté numérique.
Un écosystème en croissance mais distancé sur le financement
Cette passation de pouvoir intervient dans un contexte particulier pour la tech française. Le baromètre France Digitale/EY 2026, publié début septembre et fondé sur une enquête menée auprès de 255 start-up, 39 fonds de capital-risque, 45 structures d’accompagnement et 21 grands groupes, dresse un tableau contrasté. La France compte désormais environ 18 000 start-up, soit 1 800 de plus que l’an dernier, pour 530 000 emplois directs, en hausse de 6 % sur un an, soit 30 000 créations nettes de postes.
Sur le plan financier, les levées de fonds ont atteint 4,58 milliards d’euros au premier semestre 2026, contre 2,78 milliards sur la même période en 2025, soit une progression de 65 %. Un chiffre qui traduit un rebond réel de l’investissement, porté notamment par l’intelligence artificielle, secteur vers lequel se tournent 78 % des fonds de capital-risque actifs en France. Le ticket moyen par opération dépasse désormais 16 millions d’euros, même si le nombre de tours de financement recule de 10 % sur un an, signe d’une concentration des capitaux sur un nombre plus restreint de dossiers.
Mais ce rebond reste modeste comparé à celui des voisins européens. Sur la même période, les start-up britanniques ont levé 14,59 milliards d’euros, soit plus de trois fois le montant français, et l’Allemagne 5,92 milliards d’euros. Cet écart illustre une difficulté structurelle de l’écosystème français à faire émerger, au-delà des phases d’amorçage, des tours de financement massifs capables de soutenir des entreprises à l’échelle continentale, condition pourtant nécessaire pour rivaliser avec les géants américains et chinois du numérique.
La commande publique, nouveau levier de souveraineté réclamé par les start-up
Signe que la question de la souveraineté technologique s’installe durablement dans les préoccupations de l’écosystème, 43 % des start-up interrogées par France Digitale et EY réclament une commande publique davantage tournée vers les solutions françaises et européennes, un chiffre en nette progression. Le secteur de la défense, longtemps marginal dans les portefeuilles du capital-risque français, a lui aussi progressé de six points par rapport à 2025, confirmant un mouvement de fond observé depuis le début de l’année dans le financement des technologies duales.
Ce constat rejoint les priorités affichées par l’État à travers le Pacte numérique et IA signé en septembre, qui mobilise 200 millions d’euros pour favoriser les solutions logicielles conçues et hébergées en France, ou encore les plans de réduction des dépendances numériques extra-européennes engagés par plusieurs ministères. La nouvelle direction de France Digitale hérite ainsi d’un mandat clair : transformer une croissance réelle mais encore fragile de l’écosystème français en une capacité durable à produire des acteurs technologiques de taille européenne, capables de peser face à leurs concurrents britanniques, allemands, américains ou chinois.
Le prochain rendez-vous de l’organisation sera scruté à l’aune de ces enjeux, dans un climat politique national marqué par les incertitudes entourant l’échéance présidentielle, régulièrement évoquée par les acteurs de l’écosystème comme un facteur de risque pour la visibilité des politiques de soutien à l’innovation.


