Le gouvernement a tranché. Réuni le 10 septembre 2026, le Conseil des ministres a acté la nomination de Vincent Tejedor au poste de secrétaire général à la planification écologique (SGPE), une décision officialisée par décret publié au Journal officiel le lendemain. L’intéressé quitte ainsi la direction générale du numérique (DGNum) du ministère des Armées, un poste stratégique qu’il occupait depuis décembre 2022, pour prendre la tête de l’organe chargé de coordonner, sous l’autorité du Premier ministre, l’ensemble des politiques publiques de transition écologique.
Ce mouvement met fin à une période d’instabilité à la tête du secrétariat. Créé en juillet 2022 sous la responsabilité d’Antoine Pellion, le SGPE avait vu son premier titulaire rejoindre le secteur privé début 2025, ouvrant une phase de transition dont plusieurs cadres de l’organisme, selon la presse spécialisée, s’apprêtaient également à se retirer. L’arrivée de Vincent Tejedor doit stabiliser une structure dont le rôle est pourtant central dans l’architecture de l’action publique : assurer la cohérence des feuilles de route ministérielles, suivre leur exécution, mobiliser les parties prenantes économiques et mesurer l’impact des mesures engagées au titre de la stratégie France Nation Verte.
Un ingénieur des mines rompu aux enjeux de souveraineté
Le profil du nouveau secrétaire général mérite qu’on s’y arrête. Ingénieur du corps des Mines, Vincent Tejedor a dirigé l’Agence du numérique de défense avant de prendre, fin 2022, la tête de la DGNum, où il pilotait la stratégie numérique du ministère des Armées autour de trois priorités : la supériorité opérationnelle, l’efficience administrative et le rayonnement institutionnel. C’est à ce poste qu’il s’était fait connaître pour ses prises de position tranchées sur la souveraineté numérique, résumées dans une formule devenue une référence dans les cercles de l’administration : « la finalité de la souveraineté numérique, c’est de garder une totale liberté d’action ». Il avait notamment défendu le principe selon lequel aucune donnée sensible ne devait être hébergée sur un serveur que l’État ne maîtrise pas totalement, position qui l’avait conduit à limiter le recours à des solutions commerciales étrangères comme Microsoft Office 365 au profit d’une informatique interne cloisonnée par niveau de classification.
Ce parcours, construit dans l’univers exigeant de la cybersécurité et de l’autonomie stratégique de la Défense, tranche avec le profil traditionnellement plus environnemental des précédents titulaires du poste. Il traduit aussi un choix politique assumé : injecter dans la planification écologique une culture de la souveraineté forgée ailleurs, à un moment où la transition énergétique et industrielle française est de plus en plus lue à travers le prisme de l’indépendance économique plutôt que de la seule urgence climatique.
Une nomination aux enjeux économiques immédiats
Le SGPE n’est pas un simple comité technique. Doté d’une équipe pluridisciplinaire mêlant ingénieurs, économistes et spécialistes de la mobilisation des acteurs, il est l’instance qui doit arbitrer, au nom de Matignon, entre compétitivité industrielle et objectifs de décarbonation. Un exercice d’équilibriste rendu plus délicat encore par le contexte budgétaire : le projet de loi de finances 2027, actuellement en préparation, prévoit des arbitrages serrés sur les crédits de la transition écologique, tandis que la directive européenne Omnibus, en relevant les seuils d’application de la CSRD, redessine les obligations de reporting extra-financier des entreprises françaises.
Dans ce contexte, la nomination de Vincent Tejedor s’inscrit dans une lecture de plus en plus assumée à l’Élysée et à Matignon : la transition écologique n’est plus seulement une politique environnementale, elle est un levier de souveraineté industrielle. Réindustrialisation bas carbone, sécurisation des approvisionnements en matières premières critiques, compétitivité énergétique face à la concurrence internationale, autant de dossiers sur lesquels le nouveau secrétaire général devra désormais peser, fort d’une expérience de gestion des risques stratégiques acquise dans un tout autre secteur régalien.
Reste à savoir si cette culture de la souveraineté, pensée pour protéger des systèmes d’information militaires, se transposera aisément à la complexité diplomatique et interministérielle de la planification écologique, où les arbitrages se négocient autant avec Bercy et les filières industrielles qu’avec les collectivités et la société civile. Les prochaines semaines, marquées par la préparation du budget 2027 et par les suites du dernier Conseil de planification écologique, donneront un premier aperçu de la méthode Tejedor.


