Capgemini cède sa filiale liée à l’immigration américaine

Table des matières

Capgemini a signé le 12 septembre un accord définitif de cession de sa filiale Capgemini Government Solutions (CGS) au groupe américain ITC Federal. Cette vente met un terme à sept mois de controverse née de la révélation d’un contrat entre cette filiale et l’agence américaine de l’immigration (ICE), dans un contexte de vives critiques contre les méthodes de l’agence. L’épisode éclaire, au-delà du seul groupe français, les risques que courent les prestataires de services exposés à des missions régaliennes sensibles à l’étranger.

Un contrat qui a mis le feu aux poudres

Tout part d’un reportage de « L’Œil du 20 heures », sur France 2, en janvier 2026. L’enquête révèle que Capgemini Government Solutions fournit à l’ICE des outils de « skip tracing » (recherche de personnes) et d’analyse de documents judiciaires visant les migrants. Ces technologies agrègent des données publiques (registres électoraux, fichiers immobiliers, permis de conduire, réseaux sociaux) et privées (historiques de crédit, adresses IP, relevés bancaires) pour aider la division Enforcement and Removal Operations de l’ICE à localiser des personnes en situation irrégulière, gérer leur détention et exécuter des mesures d’expulsion.

La révélation intervient alors que l’ICE est déjà sous le feu des critiques pour la brutalité de ses interventions. Deux citoyens américains, Alex Pretti et Renee Good, ont été tués par des agents de l’ICE à Minneapolis en janvier 2026, des faits que des experts de l’ONU ont qualifiés de possibles exécutions extrajudiciaires. Dans ce climat, l’implication d’un groupe français dans l’écosystème technologique de l’agence provoque une onde de choc.

En France, le syndicat CGT Capgemini qualifie l’ICE de « milice fasciste » et exige l’arrêt immédiat du partenariat. Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, demande de son côté au groupe de « faire la lumière » sur ses activités américaines. Le PDG Aiman Ezzat répond que Capgemini est « fier d’être partenaire de nombreuses institutions gouvernementales », tout en confirmant l’ouverture d’un examen interne du contrat dès que sa nature a été portée à la connaissance de la direction, via des sources publiques.

Une filiale déjà hors du contrôle du groupe

Le point le plus révélateur de l’affaire tient à la structure même de Capgemini Government Solutions. Cette entité opère sous un accord de sécurité spécial (special security agreement) exigé par les autorités américaines pour les prestataires étrangers travaillant sur des activités classifiées. Cet accord impose une séparation opérationnelle stricte, gouvernance indépendante, murailles de Chine, entre la filiale et sa maison mère française. Capgemini l’a confirmé dans sa communication : « les contraintes légales habituelles, aux États-Unis, sur la contractualisation avec des entités fédérales menant des activités classifiées, ne permettaient pas au groupe d’exercer un contrôle approprié sur certains aspects des opérations de cette filiale ».

Autrement dit, un groupe français peut détenir juridiquement une filiale américaine travaillant pour l’État fédéral tout en étant, de fait, tenu à l’écart de ses activités opérationnelles les plus sensibles. C’est précisément cette dépossession de contrôle, imposée par Washington au nom de sa propre sécurité nationale, qui a empêché Capgemini d’anticiper la controverse et l’a contraint à une cession dans l’urgence médiatique plutôt qu’à une gestion maîtrisée du dossier.

La cession, actée le 12 septembre

Annoncée dès février 2026, la mise en vente de CGS a donc abouti sept mois plus tard. L’acquéreur, ITC Federal, est un prestataire américain de services numériques pour les agences fédérales de sécurité intérieure et de défense ; l’opération donnera naissance à une nouvelle entité, ITC Digital Solutions. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. La clôture est attendue « dans les prochaines semaines », sous réserve des conditions usuelles pour ce type d’opération.

Sur le plan financier, l’affaire reste marginale pour le groupe français : Capgemini Government Solutions représentait environ 0,4 % du chiffre d’affaires mondial du groupe en 2025, et moins de 2 % de ses revenus américains. Capgemini, qui emploie plus de 410 000 collaborateurs dans une cinquantaine de pays, a réalisé 22,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier.

Et si vous receviez notre newsletter mensuelle ?

    Plus d'articles

    Abonnez-vous à notre newsletter

    Une sélection d'articles, dans votre boîte mail. Rien d'autre, promis.

    Vous vous êtes abonné à la newsletter avec succès

    Une erreur est survenue lors de l'envoi de votre requête. Veuillez réessayer.

    Refrance : Revue Economique de France utilisera les informations que vous fournissez sur ce formulaire pour rester en contact avec vous et vous proposer des mises à jour et du marketing.