Bab el-Mandeb sous contrôle houthiste : un nouveau choc pour le commerce maritime et la flotte française

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Les rebelles houthis du Yémen ont achevé, vendredi 11 septembre, la prise de contrôle complète du détroit de Bab el-Mandeb, l’un des points de passage maritimes les plus stratégiques au monde. En s’emparant de l’île de Mayyun (Périm), qui scinde le détroit en deux chenaux, ainsi que des îles de Zuqar et Hanish et des villes côtières de Mokha, Dhubab et Murad, le mouvement soutenu par l’Iran boucle une offensive éclair de moins de 48 heures. La nouvelle percute directement les intérêts économiques français, au premier rang desquels l’armateur marseillais CMA CGM, troisième groupe mondial de transport maritime.

Une offensive préparée depuis juillet

L’épisode s’inscrit dans une escalade entamée cet été. Le 20 juillet, les Houthis avaient déjà décrété un embargo maritime visant les navires liés à l’Arabie saoudite ; huit pétroliers saoudiens ont depuis été pris pour cible. Le 9 septembre, le mouvement a lancé une offensive terrestre dans le sud du Yémen, profitant du retrait des forces gouvernementales pour balayer en quelques heures les dernières positions loyalistes le long du littoral. Selon Le Grand Continent, cette avancée permet désormais aux Houthis d’exercer, pour la première fois depuis le début du conflit yéménite, un contrôle direct sur l’ensemble du trafic transitant par le détroit, et non plus seulement des tirs de missiles ou de drones depuis la côte.

Dans la nuit du 12 au 13 septembre, le mouvement a par ailleurs revendiqué une frappe contre une base militaire en Arabie saoudite, signe que l’escalade ne se limite pas au volet maritime.

Un tiers du trafic conteneurisé mondial concerné

Les chiffres donnent la mesure de l’enjeu. Près d’un tiers du trafic mondial de conteneurs emprunte la mer Rouge, et Bab el-Mandeb, associé au détroit d’Ormuz, concentre plus d’un quart du commerce pétrolier maritime mondial. Conséquence immédiate : le baril de Brent est repassé au-dessus de 108 dollars, tandis que la production saoudienne serait retombée à 6 millions de barils par jour, son niveau le plus bas depuis trente ans, sur fond de tensions concomitantes autour des infrastructures pétrolières du royaume.

Sur le plan diplomatique, l’Union européenne a condamné les attaques et exigé le respect des résolutions de l’ONU sur la liberté de navigation. Téhéran a au contraire salué une «victoire éclatante» et appelé à la levée du blocus saoudien sur le Yémen. Washington, déjà engagé depuis février dans son propre bras de fer militaire avec l’Iran, se refuse pour l’instant à toute frappe directe contre les Houthis, malgré les pressions du prince héritier Mohammed ben Salmane. Riyad pourrait dès lors activer les accords de défense signés en août avec le Pakistan et la Turquie, une option qui redessinerait les équilibres sécuritaires régionaux.

CMA CGM et le pavillon français en première ligne

Pour la France, l’exposition est directe. CMA CGM avait déjà annoncé fin février, lors d’une précédente vague de tensions, la suspension du passage par le canal de Suez pour l’ensemble de sa flotte et le déroutement systématique par le cap de Bonne-Espérance, invoquant la sécurité de ses équipages. Un contrôle houthiste désormais total et durable du détroit rend ce contournement structurel plutôt que conjoncturel, avec à la clé des surcoûts de carburant, des délais de livraison allongés de plusieurs semaines et des primes d’assurance maritime pour risque de guerre en hausse continue depuis le début de l’année.

Le port de Marseille-Fos, hub logistique majeur pour les flux entre l’Europe et l’Asie, subit indirectement ces réallocations d’itinéraires, tout comme l’ensemble des chargeurs et industriels français dépendant du fret conteneurisé. Le canal de Suez, dont l’Autorité égyptienne avait vu ses revenus chuter de près d’un quart sur un an lors de la première crise de la mer Rouge, s’enfonce ainsi dans une fragilité prolongée, avec des répercussions sur les coûts logistiques supportés in fine par les entreprises et les consommateurs européens.

Un enjeu de souveraineté maritime pour Paris

Au-delà du seul impact commercial, l’épisode interroge la capacité de la France à protéger ses intérêts dans une zone où elle dispose pourtant d’un atout stratégique : la base militaire de Djibouti, plus importante implantation française hors métropole, positionnée à l’entrée sud de la mer Rouge. Alors que Paris affiche depuis plusieurs mois une doctrine de souveraineté économique et de sécurisation des routes commerciales critiques, la bascule durable du trafic vers le cap de Bonne-Espérance illustre les limites d’une stratégie fondée sur la seule présence militaire quand le rapport de force politique sur place échappe aux puissances occidentales.

La question qui se pose désormais aux armateurs, aux assureurs et aux pouvoirs publics français est celle de la durée : simple pic de tension ou nouvelle donne durable pour les routes maritimes entre l’Europe et l’Asie. Les prochaines semaines, marquées par la poursuite des frappes saoudiennes et l’attentisme américain, seront déterminantes pour savoir si Bab el-Mandeb redevient un point de passage sécurisé ou s’installe comme un verrou géopolitique durable, au même titre qu’Ormuz.

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