La Banque de France a publié le 12 septembre un communiqué inhabituel pour démentir une accusation venue de La France insoumise : celle d’avoir revendu, sur les marchés financiers, une partie de la dette publique française qu’elle détient. L’épisode, qui mêle statistiques monétaires et joutes politiques à l’approche de la présidentielle de 2027, ravive un débat plus large sur l’indépendance de la banque centrale et le poids de la dette de l’État.
Une baisse de 58 milliards d’euros mal expliquée
Tout part d’un constat statistique. Selon les propres données de la Banque de France, l’encours de dette souveraine française qu’elle détient est passé de 546 milliards d’euros fin 2025 à 488 milliards d’euros fin juin 2026, soit une diminution de 58 milliards en six mois. Éric Coquerel, député LFI et président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, a interprété ce recul comme le signe possible d’une cession active de titres sur le marché secondaire, une pratique qui, si elle était avérée, s’apparenterait à un désengagement discret de l’institution du soutien à la dette française.
La Banque de France a rejeté cette lecture point par point. Dans son communiqué, elle affirme que la contraction de son stock « résulte exclusivement de l’arrivée à maturité d’une partie des titres » et précise qu’« aucune vente sur les marchés n’a eu lieu depuis leur acquisition ». L’explication technique tient en une phrase : l’institution ne réinvestit plus les remboursements des obligations arrivées à échéance depuis la fin, en juillet 2023 puis en janvier 2025, des deux grands programmes d’achats d’actifs de la Banque centrale européenne (PSPP et PEPP). Le stock diminue donc mécaniquement, au rythme des échéances, sans qu’aucune cession volontaire ne soit intervenue.
Une polémique qui s’invite dans la campagne de 2027
Le calendrier de l’affaire n’a rien d’anodin. Elle survient alors que Jean-Luc Mélenchon a relancé, dans la perspective de la présidentielle, sa proposition d’annulation de la part de dette publique détenue par la Banque de France, une part qui représenterait plusieurs centaines de milliards d’euros. Interrogé sur RTL le 11 septembre, le gouverneur Emmanuel Moulin, nommé à ce poste en mai 2026, a qualifié cette proposition d’« illégale, dangereuse et inutile ». Du côté de Francfort, la présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde a également mis en garde contre une mesure qui constituerait, selon elle, une violation directe des traités européens encadrant le financement monétaire des États.
Le fond du désaccord dépasse la simple querelle de chiffres. Il touche à un principe fondateur de la construction monétaire européenne : l’indépendance des banques centrales, inscrite dans les traités, qui leur interdit de financer directement les déficits publics et qui protège leurs décisions de toute pression politique. Qu’un gouverneur en exercice se retrouve à commenter publiquement une proposition de candidat à l’élection présidentielle illustre la porosité croissante, en France comme ailleurs en zone euro, entre politique monétaire et politique budgétaire, à mesure que le poids de la dette publique devient un enjeu électoral de premier plan.
Un test de crédibilité pour la signature française
Pour Refrance, cet épisode dépasse la controverse parlementaire. Il s’inscrit dans un contexte où la trajectoire de la dette française fait déjà l’objet d’une surveillance accrue des agences de notation et des investisseurs internationaux, dans un climat de taux obligataires élevés et de tensions budgétaires autour du prochain projet de loi de finances. Toute mise en cause, même infondée, de l’indépendance de la Banque de France ou de la solidité de sa gestion du portefeuille de dette souveraine peut nourrir la nervosité des marchés sur la signature française, à un moment où chaque adjudication du Trésor est scrutée de près.
La séquence rappelle aussi que la Banque de France, au delà de son rôle statistique, reste un acteur systémique de la stabilité financière nationale : sa crédibilité conditionne en partie la confiance que les investisseurs, français et étrangers, accordent à la dette de l’État. Dans un climat pré-électoral où les propositions de restructuration ou d’annulation de dette reviennent régulièrement dans le débat public, la clarté et la rapidité de la réponse institutionnelle, un communiqué publié dès le lendemain des accusations, visent précisément à couper court à toute incertitude susceptible de peser sur le coût de financement de l’État.
L’affaire devrait continuer d’alimenter les échanges à l’Assemblée nationale dans les prochaines semaines, à mesure que la campagne présidentielle de 2027 s’installe et que la question de la dette publique s’impose comme l’un des thèmes centraux du débat économique national.


