Stockage d’énergie : ENGIE franchit le cap des 10 GW dans le monde, la France absente de son propre succès

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ENGIE a annoncé le 4 septembre avoir dépassé les 10 GW de capacité de stockage d’électricité en exploitation ou en construction à travers le monde, portée par une accélération estivale de ses projets de batteries en Europe. Un jalon industriel revendiqué par le groupe français, mais dont le détail géographique souligne un paradoxe : cette croissance profite à sept pays européens, aucun n’étant la France, où le déploiement de cette technologie jugée stratégique pour la sécurité du réseau électrique reste embryonnaire.

Un cap symbolique, porté par l’Europe et les États-Unis

Selon le communiqué diffusé par le groupe, ENGIE totalise désormais 10,7 GW de capacité de stockage — batteries et stations de pompage-turbinage confondues — répartis à parts quasi égales entre l’Europe (4,7 GW) et les États-Unis (4,4 GW). Rien qu’au cours de l’été, en juillet et août, le groupe a ajouté 1,1 GW et 3,3 GWh de capacité batterie supplémentaire sur le Vieux Continent, dans sept pays : la Pologne, la Roumanie, l’Espagne, la Belgique, le Portugal, le Royaume-Uni (en Écosse) et les Pays-Bas.

Le détail par pays donne la mesure de l’effort engagé : 758 MW et 2 156 MWh acquis en Pologne, 54 MW et 216 MWh en développement en Roumanie, un système baptisé BESS Maxima inauguré aux Pays-Bas (35 MW/100 MWh), et deux installations mises en service au Royaume-Uni pour 100 MW et 200 MWh. « Franchir le cap des 10 GW constitue une étape importante pour ENGIE », a commenté Pedro Vasconcelos, directeur général adjoint du groupe, qui inscrit cette progression dans un objectif global de 95 GW de capacités renouvelables et de stockage installées d’ici 2030.

Un rôle qui devient central pour la stabilité des réseaux

Le stockage par batteries n’est plus un sujet périphérique de la transition énergétique. En absorbant l’électricité produite en excès — notamment solaire, aux heures de forte production — pour la restituer lorsque la demande grimpe et que le soleil décline, ces installations permettent de lisser les pics de consommation et de limiter le recours aux moyens de production d’appoint, souvent plus carbonés ou plus coûteux. Elles offrent aussi une réponse aux phénomènes de prix négatifs, de plus en plus fréquents sur les marchés européens de l’électricité lorsque la production renouvelable dépasse la demande instantanée, signe d’un manque de flexibilité du système plutôt que d’un excès d’énergies renouvelables.

Le paradoxe français

C’est précisément sur ce terrain que la position de la France interroge. Selon une étude publiée début juillet par France Renouvelables, le pays ne disposait mi-2026 que d’environ 2 GW de batteries en service — une capacité jugée trop faible pour accompagner la trajectoire de développement du solaire et sécuriser un réseau de plus en plus exposé aux à-coups météorologiques. L’association plaide pour une montée à 10 GW dès 2030, puis 15 GW en 2035, rappelant que la canicule de juin 2026 a mis en évidence un second pic de consommation en fin d’après-midi, lorsque la production solaire décroît alors que la climatisation continue de tirer sur le réseau — un besoin ponctuel évalué jusqu’à 12 GW de puissance supplémentaire.

Le contraste est d’autant plus frappant qu’ENGIE reste une entreprise à participation publique : l’État français en détient 22,64 % du capital, ce qui en fait le premier actionnaire du groupe devant BlackRock ou Capital Group. Que ce champion nourrisse en priorité les réseaux polonais, roumain, espagnol, néerlandais ou britannique, sans que la France n’apparaisse dans la liste des pays ayant bénéficié de la dynamique estivale, illustre une difficulté récurrente de la politique énergétique nationale : traduire un savoir-faire industriel reconnu à l’export en capacités effectivement installées sur le territoire.

Un enjeu de souveraineté énergétique à part entière

Le stockage n’est pourtant pas un sujet accessoire pour l’indépendance énergétique française. Dans un mix électrique où le nucléaire doit continuer de fournir l’essentiel de la base et où la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) vise 60 % de consommation électrifiée à l’horizon 2030, la capacité à stocker l’électricité localement conditionne la marge de manœuvre du pays face aux tensions d’approvisionnement, qu’elles proviennent de pointes de demande, d’aléas climatiques ou de contraintes sur les interconnexions avec les pays voisins. Sans capacités de stockage suffisantes, la France reste plus dépendante des flux importés aux heures critiques — une vulnérabilité que la multiplication des épisodes caniculaires ne fera que renforcer.

L’annonce d’ENGIE illustre ainsi deux réalités qui coexistent : un groupe français capable de déployer à grande échelle une technologie clé pour la transition énergétique, et un marché domestique qui peine encore à en capter les bénéfices au même rythme que ses voisins européens. Reste à savoir si les appels d’offres sur le stockage annoncés par le gouvernement dans le cadre de la PPE3 permettront de combler cet écart avant la prochaine vague de tensions estivales sur le réseau.

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