Belleville-sur-Loire : la centrale nucléaire totalement à l’arrêt, nouvelle alerte sur la fiabilité du parc EDF

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La centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher), qui compte deux réacteurs de 1 300 mégawatts, se trouve entièrement à l’arrêt depuis le 26 août, après un incident survenu sur son réacteur numéro 2. L’unité a connu un arrêt automatique suivi d’une fuite d’eau radioactive dans le bâtiment réacteur, un événement qu’EDF a déclaré auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) conformément à la procédure réglementaire. Dix jours après les faits, aucune date de redémarrage n’a été communiquée : elle dépendra, selon l’exploitant, des investigations techniques et des validations de sûreté encore en cours.

Un site déjà placé sous surveillance renforcée

L’affaire, révélée par la presse régionale et détaillée par le média spécialisé CarnetdeBord, illustre les difficultés récurrentes rencontrées par ce site du Cher, l’un des dix-huit centres de production nucléaire d’EDF en France. Mise en service à la fin des années 1980, la centrale alimente le réseau national depuis près de quarante ans et avait déjà fait l’objet, par le passé, d’un placement sous surveillance renforcée par l’Autorité de sûreté nucléaire en raison d’un état jugé préoccupant par les associations antinucléaires locales, dont le réseau « Sortir du nucléaire ».

Une succession d’incidents en 2026

Ce nouvel épisode n’est pas isolé dans le calendrier 2026 du site. Les avis d’incidents publiés par l’ASNR pour Belleville-sur-Loire recensent, plus tôt dans l’année, un événement significatif de sûreté daté du 21 mai : la découverte tardive de l’indisponibilité d’un capteur de mesure de débit sur le circuit d’eau brute, provoquée par une erreur de paramétrage. Un autre événement, remontant à octobre 2025 mais rendu public en février 2026, avait entraîné l’arrêt du réacteur 1 après l’indisponibilité d’une pompe d’injection de sécurité, l’ASNR pointant alors un « défaut de culture sûreté » dans le traitement de l’écart de conformité par l’exploitant. La succession de ces signalements, sur une période resserrée, nourrit les interrogations sur la rigueur du suivi opérationnel appliqué à ce site précis, sans qu’il faille pour autant en déduire un problème générique affectant l’ensemble du parc nucléaire français.

Un enjeu de souveraineté énergétique qui dépasse Belleville

L’enjeu dépasse pourtant le seul cas de Belleville. Le nucléaire fournit toujours près des deux tiers de l’électricité consommée en France, un socle sur lequel repose une grande partie de l’argument de souveraineté énergétique et industrielle du pays : prix de l’électricité compétitifs pour l’industrie électro-intensive, indépendance vis-à-vis des importations de gaz et de pétrole, et décarbonation d’une économie qui doit encore absorber l’électrification des usages, la réindustrialisation annoncée et la montée en puissance de nouveaux besoins comme les data centers dédiés à l’intelligence artificielle. Chaque réacteur immobilisé de manière prolongée pèse sur les marges de disponibilité du parc, que RTE surveille de près dans ses perspectives saisonnières d’approvisionnement, en particulier à l’approche de l’hiver, période de pointe de la consommation électrique française.

La crédibilité de la filière nucléaire française en question

La question de la fiabilité opérationnelle du parc nucléaire historique intervient par ailleurs dans un contexte où la France mise sur cette même filière pour sa relance industrielle à long terme, avec le programme EPR2 engagé notamment à Gravelines, et pour ses ambitions à l’export, alors que la crédibilité de la filière française se joue aussi sur sa capacité à démontrer une exploitation irréprochable de son parc existant. Un incident déclaré, aussi maîtrisé soit-il sur le plan de la sûreté, ravive systématiquement le débat sur le vieillissement des installations construites dans les années 1980 et sur les moyens humains et financiers consacrés par EDF à leur maintenance, à un moment où l’entreprise publique porte simultanément la prolongation de la durée de vie de ses réacteurs existants et la construction d’une nouvelle génération de centrales.

Les prochaines étapes du dossier

EDF n’a pas communiqué publiquement de calendrier précis de remise en service des deux unités de Belleville-sur-Loire. L’ASNR poursuit l’instruction du dossier, dans le cadre de son contrôle habituel des installations nucléaires de base, avant toute autorisation de redémarrage. Refrance suivra l’évolution de ce dossier, notamment la publication d’un éventuel classement sur l’échelle internationale des événements nucléaires (INES) et la date effective de reprise de la production, deux éléments qui permettront de mesurer la portée réelle de cet arrêt sur la disponibilité du parc nucléaire français à l’approche de l’automne.


Sources :

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