Rafale F5 : la France engage l’industrialisation de l’avion clé de sa dissuasion nucléaire

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La Direction générale de l’armement (DGA) a notifié cet été les premiers contrats de développement du standard F5 du Rafale, l’évolution majeure de l’avion de combat français censée porter la dissuasion nucléaire aéroportée au-delà de 2035. Deux ans après l’annonce politique du lancement du programme, cette étape marque le passage du Rafale F5 de la planche à dessin à l’industrialisation concrète, avec Dassault Aviation, Safran, Thales et MBDA comme maîtres d’œuvre.

Des contrats répartis entre les grands noms de l’industrie française

Selon les informations rapportées le 4 septembre par le site spécialisé Zone Militaire (opex360.com) et confirmées par la porte-parole du ministère des Armées, Olivia Pénichou, la DGA a notifié plusieurs contrats distincts : la motorisation à Safran Aircraft Engines, le radar à Thales, et la suite d’autoprotection conjointement à Thales et MBDA. Dassault Aviation, qui pilote l’ensemble de l’architecture de l’appareil, avait déjà obtenu dès 2023 une étude de levée de risques, suivie en 2024 d’un contrat portant sur le drone de combat furtif appelé à accompagner le chasseur en mission.

Ces notifications interviennent près de deux ans après l’annonce officielle du lancement du standard F5 par le ministre Sébastien Lecornu, le 8 octobre 2024, sur la base aérienne 113 de Saint-Dizier — le site qui doit précisément accueillir les premiers escadrons équipés du nouveau standard. L’écart entre l’annonce politique et la signature effective des contrats industriels illustre le temps long propre aux programmes d’armement structurants, où les études de risques et la définition des spécifications techniques précèdent de plusieurs années l’engagement financier ferme.

Un saut technologique pour un avion vieux de trente ans

Le Rafale F5 doit apporter à l’appareil, entré en service en 2001, une nouvelle génération de capteurs et de systèmes. Le moteur M88 T-REX de Safran verra sa poussée augmentée, autour de 9 à 9,5 tonnes contre 7,5 tonnes actuellement, un gain nécessaire pour absorber le poids et la traînée des nouveaux équipements. Le radar RBE2 XG de Thales, qui recourt à la technologie du nitrure de gallium, promet une capacité de détection supérieure d’environ 70 % à celle du radar actuel. Le système d’autoprotection SPECTRA, déjà réputé pour ses performances, passera à une architecture entièrement numérique. L’ensemble doit aussi bénéficier d’une connectivité et d’une puissance de calcul renforcées, ainsi que de fonctions d’intelligence artificielle embarquée, pour permettre au pilote de collaborer avec le drone de combat accompagnateur en cours de développement chez Dassault.

Le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’Armée de l’air et de l’espace, avait qualifié dès mai 2026 le standard F5 de « jalon essentiel », marquant selon lui « un changement de paradigme » dans l’emploi opérationnel du Rafale.

L’enjeu central : la crédibilité de la dissuasion après 2035

Le calendrier du programme est directement calé sur celui de la dissuasion nucléaire française. Le Rafale F5 doit entrer en service entre 2033 et 2035, avec un objectif de 47 appareils livrés aux Forces aériennes stratégiques (FAS), la composante aéroportée de la dissuasion. C’est ce standard qui devra emporter le futur missile nucléaire hypersonique ASN4G, en cours de développement chez MBDA, capable de voler à plus de cinq fois la vitesse du son et destiné à remplacer le missile ASMPA rénové à l’horizon 2035.

Pour sécuriser cette échéance critique, la France a par ailleurs choisi de reporter la livraison de vingt Rafale initialement commandés fin 2023, dans le cadre de la cinquième tranche de production. Prévus pour 2031-2032, ces appareils seront désormais livrés directement au standard F5 en 2033-2034, plutôt qu’au standard F4 actuel suivi d’une modernisation ultérieure — un choix qui évite une double dépense mais tend le calendrier industriel. À terme, la France vise un format de 225 avions de combat, répartis entre 185 pour l’Armée de l’air et de l’espace et 40 pour l’aéronautique navale.

Une assurance industrielle face aux aléas du programme européen SCAF

Le calendrier du F5 s’inscrit dans la loi de programmation militaire 2024-2030, qui porte l’effort de défense vers 80 milliards d’euros annuels d’ici la fin de la décennie. Il présente aussi l’intérêt, pour Paris, de garantir une capacité aérienne de combat modernisée sur un programme entièrement maîtrisé par l’industrie française, à un moment où le Système de combat aérien du futur (SCAF), développé avec l’Allemagne et l’Espagne pour succéder au Rafale après 2040, continue de buter sur des désaccords de gouvernance industrielle entre Dassault Aviation et le groupe Airbus. En sécurisant dès maintenant l’évolution de son propre appareil, la France s’assure de conserver un chasseur de premier rang, et surtout le vecteur de sa dissuasion nucléaire, sans dépendre du calendrier ni des arbitrages du programme multinational.

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