Europlasma : un million d’euros en caisse, la survie suspendue aux obligations convertibles

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Le groupe bordelais Europlasma, propriétaire des Forges de Tarbes et de Valdunes Industries, a publié vendredi 30 octobre ses comptes semestriels : 22,3 millions d’euros de chiffre d’affaires, une perte nette de 29,2 millions et une trésorerie tombée à un million d’euros. La continuité d’exploitation est explicitement menacée.

Europlasma a publié vendredi 30 octobre, depuis Bordeaux, ses résultats du premier semestre 2026. Le groupe coté sur Euronext Growth, spécialisé dans les activités industrielles stratégiques, la dépollution et la décarbonation, y affiche un chiffre d’affaires de 22,3 millions d’euros, contre 32,9 millions un an plus tôt, « reflétant la baisse du niveau d’activité du pôle Industries », précise le communiqué.

L’EBITDA plonge à -21,1 millions d’euros (-10,9 millions au premier semestre 2025). Le résultat net s’établit à -29,2 millions d’euros, et à -27,6 millions en part du groupe. Les comptes semestriels n’ont pas fait l’objet d’un audit par les commissaires aux comptes, conformément aux règles d’Euronext Growth.

Forges de Tarbes, Valdunes, Satma : le pôle Industries recule de 34,6 %

Le pôle Industries, qui regroupe Les Forges de Tarbes (corps creux d’obus), Valdunes Industries (roues de train), Satma Industries, Les Forges de Gerzat et FDB Industries, voit ses ventes reculer de 34,6 %, à 20,7 millions d’euros. Son EBITDA passe de -5,0 à -15,0 millions d’euros. À elle seule, FDB Industries, la fonderie bretonne dont la production a été stoppée par un incendie en début d’exercice, pèse 8,7 millions d’euros de perte d’EBITDA.

Le semestre a surtout été celui des procédures collectives. Satma Industries, qui fabrique des feuilles anodisées pour condensateurs, a été placée en redressement judiciaire le 2 juin 2026, avec une période d’observation courant jusqu’au 1er décembre. FP Industries (dépollution industrielle) a été liquidée le 9 juin, FDB Industries le 15 octobre. Enfin, par jugement du lundi 26 octobre, le tribunal de commerce de Tarbes a ouvert une procédure de redressement judiciaire des Forges de Tarbes, à la demande de l’entreprise formulée le 22 octobre après consultation de son comité social et économique.

Le pôle Déchets dangereux (Inertam) réalise 0,7 million d’euros de ventes, son four de vitrification de l’amiante étant resté arrêté tout le semestre. La décarbonation (Chopex) progresse de 11,6 %, à 0,7 million d’euros.

Une trésorerie de 1,0 million d’euros au 30 juin

Le bilan traduit l’ampleur de la crise. La trésorerie du groupe est passée de 7,5 millions d’euros au 31 décembre 2025 à 1,0 million au 30 juin 2026. L’endettement net double, à 25,8 millions d’euros contre 12,8 millions un an plus tôt. Les capitaux propres, déjà négatifs, reculent encore de 18,4 millions, à -42,8 millions d’euros.

Pour tenir, Les Forges de Tarbes ont cédé leur foncier dans le cadre d’une opération de cession-bail, pour 2,5 millions d’euros. Le groupe a par ailleurs levé 9,5 millions d’euros d’emprunts obligataires sur le semestre.

Le communiqué ne laisse guère de place à l’ambiguïté : le groupe « fait face à des difficultés de trésorerie menaçant à court terme la continuité de son exploitation ». Celle-ci « reste conditionnée à la bonne exécution du financement obligataire d’un montant maximal de 45 M€ » conclu le 30 avril avec Environmental Performance Financing, filiale du groupe Alpha Blue Ocean, sous forme d’obligations convertibles en actions nouvelles. Seuls 3 millions d’euros ont été tirés, en juillet puis le 9 octobre. Le solde de 42 millions, souligne Europlasma, « ne constitue donc ni une trésorerie immédiatement disponible, ni une ressource dont la mobilisation serait inconditionnelle ».

Le groupe met aussi en garde ses actionnaires contre « une forte dilution en raison du grand nombre de titres émis au profit de la société Environmental Performance Financing ».

L’État a versé 7,5 millions d’euros pour Valdunes

Reste le soutien public. Lors de la reprise de Valdunes Industries en 2024, l’État a accordé un prêt du Fonds de développement économique et social (FDES) de 15 millions d’euros au maximum, mobilisable en quinze tranches d’un million sur trois ans, à condition qu’Europlasma apporte des montants équivalents. À ce jour, 7,5 millions d’euros ont été versés par l’État et 9,7 millions apportés par Europlasma. Les versements suivants demeurent subordonnés « à la capacité du Groupe à réaliser les apports requis », précise le communiqué.

Le groupe revendique 700 emplois préservés depuis 2019, pour une charge de personnel cumulée de 121 millions d’euros. Il dit vouloir « rappeler son engagement constant pour sauvegarder des outils industriels stratégiques, notamment dans la défense et le ferroviaire ».

Pôle défense : la cession compromise par le redressement de Tarbes

C’est à Tarbes que l’enjeu de souveraineté est le plus aigu. Le site tarbais, outil de défense dont Refrance suit les difficultés depuis plusieurs semaines, devait former le cœur d’un pôle défense destiné à être cédé. Le communiqué reconnaît que la procédure peut compromettre « la capacité du Groupe à consolider, organiser et valoriser un pôle défense cohérent en prévision d’une cession ».

Selon La Semaine des Pyrénées, 63 emplois sont en jeu, la CFDT plaide pour une cession à un industriel, de préférence issu de la défense, et trois à quatre candidats potentiels seraient intéressés par une reprise, selon la direction.

Europlasma, pour sa part, se montre prudent. « Le Groupe n’est donc pas en mesure d’affirmer qu’il sera en mesure de présenter un projet de plan de redressement permettant la poursuite de l’activité des Forges de Tarbes dans des conditions préservant sa viabilité économique, sa compétitivité et sa capacité à s’intégrer durablement dans le périmètre industriel visé », concède le communiqué.

Prochaine échéance : la fin de la période d’observation de Satma Industries, fixée au 1er décembre 2026.

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