Russie : Moscou place les filiales d’Auchan, Nestlé et FM Logistic sous administration provisoire, Paris dénonce une décision « sans justification »

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La Russie a placé, par décret présidentiel signé le 17 septembre 2026 et rendu public le lendemain, les filiales russes du distributeur français Auchan, du géant agroalimentaire suisse Nestlé et du logisticien français FM Logistic sous un régime d’administration temporaire. La mesure vise également l’ex-Leroy Merlin, rebaptisé Lemana Pro depuis son transfert à une entité basée à Dubaï fin 2023. Paris a réagi dès le 18 septembre par un communiqué conjoint du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et de celui de l’Économie, dénonçant « la mise sous administration provisoire, sans justification, des filiales russes de plusieurs entreprises françaises et européennes » et appelant les autorités russes à « revenir sur cette décision ».

Un mécanisme de rétorsion activé depuis 2023

Le décret s’appuie sur le texte n°302 d’avril 2023, qui autorise le Kremlin à transférer la gestion opérationnelle d’actifs détenus par des ressortissants de pays jugés « inamicaux » à des administrateurs russes, tout en laissant formellement la propriété des parts aux actionnaires étrangers. Ce régime, conçu à l’origine comme une contre-mesure aux gels d’avoirs russes décidés en Europe et aux États-Unis après l’invasion de l’Ukraine, ne prévoit aucune échéance automatique de sortie.

La gestion des quatre entreprises concernées a été confiée à L.E.V. Management, une société russe créée fin 2025 et dirigée, selon plusieurs médias dont Novaïa Gazeta Europa, par Andreï Kraiouchkine, présenté comme un général du ministère de l’Intérieur russe. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a justifié la mesure en expliquant qu’elle visait des entreprises appartenant à « des pays inamicaux… impliqués de la manière la plus active possible dans des actions militaires contre notre pays », en référence au soutien occidental à Kiev.

Auchan, premier employeur étranger concerné

Auchan est de loin l’entreprise la plus exposée. Sa filiale russe, détenue à hauteur de 99,99858 % par la holding française Sogepar (famille Mulliez), emploie plus de 33 000 personnes dans 241 magasins, dont 62 hypermarchés. Le distributeur nordiste avait fait le choix, en 2022, de maintenir son activité en Russie, son PDG de l’époque Yves Claude justifiant alors ce maintien par le fait que partir serait « économiquement envisageable mais pas humainement acceptable » compte tenu des emplois en jeu. Contacté, le groupe indique avoir demandé des « clarifications » aux autorités russes avant toute réaction détaillée.

Nestlé, dont la Russie ne représente plus qu’environ 1 % du chiffre d’affaires mondial contre près de 2 % en 2021, exploite six usines et emploie environ 7 000 salariés dans le pays ; le groupe suisse indique « prendre note » de la décision et évaluer les options à sa disposition. FM Logistic, dont trois filiales russes sont concernées, n’a pas communiqué publiquement dans l’immédiat.

Danone et Carlsberg, des précédents éloquents

Cette vague d’administrations provisoires n’est pas une première. Danone avait perdu le contrôle opérationnel de ses actifs russes en juillet 2023 avant de céder l’ensemble au groupe Vamin en mai 2024, pour des pertes cumulées estimées à environ un milliard d’euros sur la période 2022-2024. Le brasseur danois Carlsberg avait connu un sort similaire sur sa filiale Baltika la même année : dépossédé de tout contrôle réel dès juillet 2023, il n’a recouvré une forme de maîtrise de la situation qu’en décembre 2024, après une dépréciation intégrale de la valeur de l’actif. Selon les analystes de Jefferies cités par l’AFP, la mise sous administration provisoire précède « souvent » une vente forcée ou une expropriation pure et simple. Les règles fixées par Moscou pour la sortie des entreprises de pays « inamicaux » imposent, depuis octobre 2024, une décote minimale de 60 % sur la valeur des actifs cédés et une contribution d’au moins 35 % de cette valeur au budget de l’État russe, un dispositif qui revient de facto à organiser une captation partielle de la valeur des entreprises occidentales encore présentes sur le sol russe.

Un traité bilatéral de 1989 toujours en vigueur

Sur le plan juridique, l’accord franco-russe de protection réciproque des investissements du 4 juillet 1989 demeure formellement en vigueur, ce qui ouvre en théorie la voie à un arbitrage international selon les règles de la CNUDCI pour les entreprises concernées. Mais l’efficacité pratique de cette voie reste incertaine face à un régime qui a déjà démontré, avec Danone et Carlsberg, sa capacité à imposer un rapport de force durable, indépendamment des recours engagés.

L’épisode illustre la fragilité persistante des positions économiques françaises et européennes encore actives en Russie, plus de quatre ans après le déclenchement de la guerre en Ukraine. Il s’inscrit dans un climat de tension économique croissante entre Paris et Moscou, alors que Paris pousse par ailleurs, au niveau européen, pour le maintien de sanctions visant des oligarques russes comme Alicher Ousmanov, un dossier distinct mais révélateur du même bras de fer entre les deux capitales sur le terrain économique et financier.

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