Capital-investissement : Siparex boucle un premier closing à 400 millions d’euros pour irriguer les ETI françaises et européennes

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Dans un secteur du capital-investissement dominé par les mastodontes anglo-saxons, un acteur indépendant français vient de franchir une étape significative. Le groupe français indépendant d’origine lyonnaise Siparex a annoncé, le 3 septembre, avoir sécurisé 400 millions d’euros lors du premier closing de son sixième fonds dédié aux entreprises de taille intermédiaire (ETI), Siparex ETI 6. L’opération illustre, à front renversé, un enjeu central de la souveraineté économique française : la capacité — ou l’incapacité — du pays à financer avec des capitaux nationaux la croissance de ses entreprises stratégiques, plutôt que de les livrer, faute d’alternative, à des fonds étrangers.

Un fonds à vocation française et européenne

Le nouveau véhicule vise un montant final compris entre 625 et 750 millions d’euros selon les sources, en hausse de 25 à 30 % par rapport à son prédécesseur, Siparex ETI 5, qui avait clôturé à 500 millions d’euros. Sur les 400 millions déjà réunis, Siparex Associés, l’actionnaire de référence du groupe, a lui-même engagé 90 millions d’euros, le solde provenant très majoritairement d’investisseurs institutionnels et privés français — une composition qui tranche avec nombre de fonds de private equity opérant en France, souvent alimentés par des capitaux anglo-saxons ou moyen-orientaux.

Le fonds cible des tickets d’investissement de 30 à 100 millions d’euros dans une douzaine d’entreprises de taille intermédiaire, avec un objectif de performance de 15 % de rendement interne net et un multiple de 2 fois la mise, selon la documentation officielle du fonds. Structuré en société de libre partenariat spéciale (SLPS) sur une durée de dix ans, il est classé article 8 au sens du règlement européen SFDR, avec un engagement minimal de 25 % d’investissements durables. La période de souscription doit se poursuivre jusqu’en mars 2027.

Le maillon faible du financement des champions intermédiaires

L’enjeu dépasse la seule performance financière. Les ETI — ces entreprises de 250 à 5 000 salariés qui forment l’ossature industrielle et exportatrice de nombreux pays européens, notamment l’Allemagne — sont identifiées de longue date comme le maillon faible du tissu économique français, à la fois trop grandes pour les dispositifs d’aide aux PME et trop petites pour accéder aisément aux marchés de capitaux internationaux. Cette zone grise en fait des cibles privilégiées pour les fonds de private equity étrangers, qui disposent d’une force de frappe sans commune mesure avec les acteurs tricolores.

Une note de l’École de guerre économique publiée cette année rappelait ainsi que Bpifrance, pourtant présentée comme le bras armé public du financement de l’innovation en France avec près de 50 milliards d’euros d’actifs sous gestion et plus de 8 000 entreprises accompagnées, reste un « acteur nain » face à des géants comme Blackstone (plus de 1 000 milliards de dollars d’actifs) ou KKR (environ 500 milliards de dollars). L’étude citait en exemple le cas de Photonis, fleuron français de l’optronique de défense, qui avait échappé de justesse en 2020 à un rachat par l’américain Teledyne — un épisode devenu emblématique du risque de captation étrangère pesant sur les pépites technologiques et industrielles françaises insuffisamment capitalisées sur le plan national.

C’est précisément dans cet interstice que des acteurs indépendants comme Siparex entendent jouer un rôle : offrir aux ETI françaises un accès à des fonds propres significatifs sans transiter par des véhicules étrangers, et donc sans risquer, à terme, une dilution du contrôle ou une délocalisation des centres de décision.

Un groupe presque cinquantenaire…

Fondé il y a près de cinquante ans — le groupe s’apprête à fêter cet anniversaire en 2027 — et dirigé par Bertrand Rambaud depuis 2009, Siparex revendique une doctrine d’indépendance capitalistique revendiquée depuis sa création à Lyon. Le groupe gère aujourd’hui 4,5 milliards d’euros d’actifs, en croissance de l’ordre de 15 % sur un an, et a levé au total près d’un milliard d’euros en 2025 auprès de ses souscripteurs, avec un taux de réengagement des investisseurs historiques de 70 %. Il a déployé 350 millions d’euros d’investissements l’an dernier, au-dessus de sa moyenne quinquennale, et vise 500 millions pour 2026.

Le groupe ne se limite pas à un ancrage strictement hexagonal : Florent Lauzet, associé en charge de l’activité ETI, a indiqué vouloir « pousser les feux de cette diversification vers des marchés d’Europe limitrophe en nous implantant en Espagne », avec l’objectif de disposer d’une équipe opérationnelle sur place courant 2027. Cette internationalisation prudente, financée par une base d’investisseurs restée majoritairement française, illustre une trajectoire inverse de celle souvent redoutée pour les ETI françaises : construire une envergure européenne à partir d’un socle capitalistique national, plutôt que de perdre ce socle au profit d’un acquéreur étranger.

Alors que le débat sur la création d’un fonds souverain européen unifié — une piste évoquée à plusieurs reprises pour peser face aux géants américains du capital-investissement — reste largement prospectif, le renforcement d’acteurs indépendants comme Siparex constitue, à l’échelle plus modeste d’un fonds de 400 à 750 millions d’euros, une réponse concrète et immédiatement opérationnelle à la question du financement souverain des entreprises intermédiaires françaises.

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