Emmanuel Macron et son homologue sud-coréen Lee Jae-myung ont coprésidé, le 7 septembre à Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes), le premier « Sommet Lumière » consacré à l’avenir du cinéma et de l’image animée. Devant plus de 200 participants venus de 65 pays, les deux chefs d’État ont annoncé un « Partenariat Lumière » doté d’un milliard d’euros sur cinq ans, financé à parts égales par Paris et Séoul, pour soutenir une filière que l’intelligence artificielle et la concentration des plateformes numériques fragilisent en profondeur.
Un secteur sous pression économique
Le choix du terrain n’est pas anodin. L’industrie cinématographique et audiovisuelle pèse 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel en France, auxquels s’ajoutent près de 3 milliards générés par les tournages de productions étrangères sur le sol national. Mais la fréquentation des salles a chuté de 40 % en cinq ans, un effondrement que le sommet attribue à la fois à la fragmentation de l’offre sur les plateformes de streaming et à la montée en puissance des contenus générés ou assistés par IA, susceptibles à terme de concurrencer directement la création humaine.
Devant ce constat, Emmanuel Macron a insisté sur le risque d’une saturation de l’attention plutôt que d’un accès à l’image : « Nous n’avons jamais autant regardé les écrans et pourtant… nous courons le risque de finir par ne plus rien voir », a-t-il déclaré, avant de mettre en garde contre une IA qui deviendrait « un instrument qui se substitue aux auteurs ». Lee Jae-myung a de son côté plaidé pour une régulation de la technologie « de manière plus responsable et davantage autour de l’humain », signe d’une convergence de vues entre les deux pays sur l’encadrement de l’intelligence artificielle générative appliquée à la création.
Quatre chantiers structurants
Au-delà de l’enveloppe financière, le sommet a débouché sur quatre initiatives concrètes. La première vise la sauvegarde du patrimoine audiovisuel mondial, dont seulement 20 % serait aujourd’hui préservé : un partenariat associera à cet effort l’ALIPH, l’organisation internationale dédiée à la protection du patrimoine culturel en zones de conflit. La deuxième porte sur l’éducation à l’image, avec un programme associant la France, la Corée du Sud et le Nigeria, décliné selon les contextes nationaux pour apprendre aux plus jeunes à décrypter la fabrication des images.
Troisième volet, la création d’IRIS (International Resilience Initiative for Independent Screens), une organisation destinée à protéger les salles de cinéma indépendantes face à la concentration du secteur de l’exploitation ; l’initiative revendique déjà le soutien de quatorze lauréats de la Palme d’or et de seize lauréats des Oscars. Enfin, le sommet a acté la reconnaissance officielle du jeu vidéo comme forme créative à part entière, avec l’annonce d’un festival international dédié, intégré à la doctrine française de l’exception culturelle.
Une diplomatie de la souveraineté culturelle
Le sommet a réuni, outre la France et la Corée du Sud coprésidentes, l’UNESCO, la Commission européenne et une soixantaine de nations et organisations, ainsi que des studios, plateformes de streaming, producteurs indépendants et exploitants de salles. Cette mobilisation internationale traduit une stratégie diplomatique assumée : face à la domination des plateformes américaines de streaming et des grands modèles d’IA générative développés outre-Atlantique, Paris cherche à fédérer une coalition d’États soucieux de préserver une capacité de production et de diffusion culturelle autonome.
Ce positionnement s’inscrit dans la continuité de la visite d’État de Lee Jae-myung en France, entamée le 6 septembre, qui a déjà permis d’acter un partenariat stratégique élargi entre les deux pays sur le nucléaire civil, le spatial et les minerais critiques. Le volet culturel ajouté à Saint-Paul-de-Vence complète cette architecture par un troisième pilier, moins souvent mis en avant dans les partenariats économiques bilatéraux mais dont l’enjeu de souveraineté est tout aussi direct : qui, de la création humaine ou des systèmes algorithmiques, façonnera demain l’image que les populations du monde entier consomment au quotidien.
Reste à savoir comment ce milliard d’euros sera concrètement déployé — répartition entre les quatre chantiers, gouvernance du fonds, calendrier de décaissement — des points que ni l’Élysée ni les communiqués publiés à l’issue du sommet ne détaillent pour l’instant. La portée réelle de l’initiative se mesurera aux prochains mois, à mesure que les partenariats annoncés (ALIPH, UNESCO, IRIS) prendront forme opérationnelle.


