Cloud souverain : le groupe familial Nubevia muscle son maillage régional avec une cinquième acquisition

Image d'illustration de datacenter

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Dans un secteur des services numériques encore largement dominé par les géants américains du cloud, un acteur français indépendant poursuit méthodiquement sa consolidation. Le groupe Nubevia, né en mai 2026 du rapprochement de trois hébergeurs régionaux, a annoncé le 4 septembre le rachat de Comlink, société de conseil en systèmes informatiques basée à Carvin, dans les Hauts-de-France. Il s’agit de la cinquième opération de croissance externe menée par le groupe depuis sa création, et la deuxième dans cette région en quelques mois.

Une stratégie de consolidation assumée

Nubevia n’est pas né d’une startup isolée mais de la fusion de trois entreprises aux histoires bien ancrées dans leurs territoires : ARD-Com, hébergeur lillois présent depuis plus de vingt ans sur les métiers de l’hébergement, de la connectivité et de l’infogérance ; TAS Cloud Services, spécialiste niçois de l’infrastructure cloud managée, rebaptisé Nubevia Sophia ; et Hosteur, hébergeur marseillais actif notamment sur les certificats de sécurité et l’accompagnement à l’intelligence artificielle. L’ensemble est détenu à 60 % par Evolem, le holding familial d’investissement lyonnais, dont l’entrée au capital d’ARD-Com avait débuté début 2025 avant de s’étendre aux deux autres entités.

À sa naissance, le groupe affichait un chiffre d’affaires combiné de 18 millions d’euros, près de 70 collaborateurs, environ 450 clients B2B et treize implantations de datacenters, dont deux en propre. L’ambition affichée est claire : atteindre 100 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2029, en s’appuyant sur une croissance externe active plutôt que sur une expansion organique isolée. La présidence du groupe est assurée par Rahif Daher, le fondateur d’ARD-Com, entouré au comité de direction de Francesco De Simoni (ex-TAS Cloud Services) et Laurent Escart (ex-Hosteur).

Comlink, une brique de plus dans le maillage territorial

L’acquisition de Comlink, révélée par CFNEWS, s’inscrit directement dans cette logique de densification. La société ciblée, immatriculée à Carvin et disposant d’un établissement actif à Saint-Priest depuis août 2025, exerce une activité de conseil en systèmes et logiciels informatiques. Elle emploie entre dix et vingt salariés pour un chiffre d’affaires de l’ordre de deux millions d’euros. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. Avec cette cinquième opération, Nubevia anticipe désormais un chiffre d’affaires consolidé supérieur à 35 millions d’euros pour l’exercice 2026, une progression rapide par rapport aux 18 millions annoncés lors de sa création quatre mois plus tôt.

Cette accélération illustre une stratégie assumée : privilégier le rachat d’hébergeurs cloud régionaux et de spécialistes de la cybersécurité pour densifier un maillage territorial qui couvre déjà les Hauts-de-France, la région PACA et la Suisse. Une fusion administrative de l’ensemble des entités est prévue pour début 2027.

L’enjeu de la souveraineté numérique pour les PME

Le positionnement de Nubevia dépasse la simple logique de consolidation financière. Le groupe se présente explicitement comme une alternative française et indépendante aux hyperscalers américains — Microsoft Azure, Amazon Web Services et Google Cloud — pour des petites et moyennes entreprises qui n’ont ni la taille ni les moyens de négocier directement avec ces derniers, mais qui sont de plus en plus sensibles aux questions de localisation des données et de droit applicable. Sur son site, le groupe résume sa conviction en une formule : « La technologie peut être mondiale. La responsabilité doit être assumée depuis la France. »

Ce positionnement s’inscrit dans un contexte plus large où la question du cloud souverain occupe une place croissante dans le débat public français, entre les qualifications de sécurité SecNumCloud délivrées par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information et les stratégies commerciales des grands fournisseurs américains, qui ont multiplié ces derniers mois les annonces d’investissements en Europe pour répondre aux inquiétudes des clients institutionnels et privés du continent. Contrairement aux opérateurs qui misent sur la qualification étatique de grandes infrastructures, Nubevia mise sur la proximité et la taille intermédiaire : accompagner des PME sur l’intégralité de leur système d’information, de l’hébergement à la cybersécurité, en conservant la maîtrise du capital et de la gouvernance en France.

Reste à savoir si ce modèle de consolidation par le bas, porté par un capital familial plutôt que par la commande publique, parviendra à peser face aux géants du secteur. Le rythme des opérations — cinq rachats en quatre mois — témoigne en tout cas d’une ambition qui ne se limite pas à la seule communication.

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