Renseignement spatial militaire : Airbus et la PME bretonne Unseenlabs préférés à Thales pour le programme CÉLESTE

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La France s’apprête à confier une capacité stratégique parmi les plus sensibles de son appareil de défense à un attelage industriel inédit. Selon des informations de La Tribune, révélées ce lundi 7 septembre et relayées par le site spécialisé Zone Militaire (opex360), la réalisation du programme CÉLESTE — le futur système spatial de renseignement électromagnétique des armées françaises — a été confiée à Airbus et à la société bretonne Unseenlabs. Thales, pourtant co-maître d’œuvre du système actuel depuis plus d’une décennie, se retrouve écarté de la compétition.

Une constellation vieillissante à remplacer

Depuis 2021, la France dispose d’une capacité unique en Europe : la constellation CERES, trois satellites placés à environ 700 kilomètres d’altitude et conçus conjointement par Airbus et Thales. Leur mission consiste à capter les émissions radioélectriques adverses — radars, communications, antennes — afin de reconstituer ce que les militaires appellent un « ordre de bataille électronique », c’est-à-dire une cartographie des capacités et des postures d’un potentiel adversaire, sans dépendre d’une puissance étrangère pour l’obtenir. Conçus pour une durée de vie initiale de sept ans, ces satellites approchent de leurs limites, avec une fin de vie théorique fixée à 2029.

Leur succession, baptisée CÉLESTE, a été inscrite dans la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030. Le chantier s’est toutefois révélé plus laborieux que prévu. Un premier consortium associant Thales et Airbus avait été désigné dès 2021, dans la continuité de CERES. Mais à la mi-2024, la Direction générale de l’armement (DGA) a remis en cause cette organisation, invoquant une « inadéquation entre les ressources financières allouées et les besoins » du programme. Un appel d’offres a finalement été relancé en juillet 2025, ouvert cette fois à trois candidats — Airbus, Thales et Unseenlabs — avec une échéance de réponse fixée au 15 décembre 2025.

Thales écarté, une PME bretonne promue maître d’œuvre associé

C’est ce processus qui débouche aujourd’hui sur la mise à l’écart de Thales, un développement que Zone Militaire qualifie de « coup rude » pour le groupe, dont les filiales Thales DMS et Thales Alenia Space partageaient jusqu’ici la maîtrise d’œuvre de CERES avec Airbus. À sa place, c’est Unseenlabs — une société basée à Rennes, spécialisée dans la détection de radiofréquences par satellite et jusqu’ici davantage connue pour ses activités de surveillance maritime civile — qui rejoint Airbus dans la conduite du programme. L’entreprise a récemment mis en orbite un satellite de deuxième génération capable de détecter les bandes de fréquences L, S, C et X, une montée en gamme technique qui a manifestement pesé dans l’arbitrage de la DGA.

Ce choix illustre un mouvement plus large de diversification du tissu industriel spatial de défense français, jusqu’ici largement dominé par le duopole Airbus-Thales. Il s’inscrit aussi dans la doctrine, réaffirmée à plusieurs reprises par l’État depuis 2024, de ne plus figer les grands programmes régaliens dans des consortiums hérités du passé lorsque leurs performances financières et calendaires ne sont plus au rendez-vous.

Un calendrier resserré et sous surveillance

Selon les éléments cités par Zone Militaire, des échanges entre l’État et l’industrie doivent se poursuivre tout au long de 2026, pour un lancement effectif du programme désormais estimé à la fin de cette même année. La loi du 16 août 2026 actualisant la LPM 2024-2030 fixe pour sa part un objectif d’entrée en service à l’horizon 2030, et appelle à ce que CÉLESTE « fasse l’objet d’une vigilance particulière » compte tenu de son importance.

Cette vigilance n’est pas de pure forme. Le calendrier du programme a déjà glissé une fois, et un rapport parlementaire publié fin mai 2026 faisait état, aux côtés du programme d’imagerie IRIS, d’un report de cinq ans par rapport à la trajectoire initiale de la LPM, avec une mise en service repoussée à l’horizon 2035 dans les hypothèses les plus prudentes. Devant les parlementaires, le chef d’état-major de l’armée de l’air et de l’espace, le général Stéphane Mille, avait averti que « les relèves sur le renseignement électromagnétique et le renseignement image sont aujourd’hui à risque », poussant la DGA à explorer des solutions palliatives, y compris des contrats commerciaux temporaires, pour combler une éventuelle rupture de capacité entre la fin de vie de CERES et l’arrivée de son successeur.

Un test pour la politique industrielle spatiale française

Au-delà de l’aspect capacitaire, l’attribution de CÉLESTE à Airbus et Unseenlabs constitue un signal pour l’écosystème spatial de défense français : la capacité d’une PME à s’installer comme partenaire industriel d’un programme aussi sensible que le renseignement électromagnétique militaire, face aux deux géants historiques du secteur. Pour l’État, l’enjeu est double — préserver une autonomie stratégique que la France est aujourd’hui seule à détenir en Europe dans ce domaine, tout en évitant que les difficultés d’exécution qui ont déjà retardé le programme ne se reproduisent avec sa nouvelle configuration industrielle. La confirmation officielle de l’attribution, ainsi que le montant du contrat, sont désormais attendus dans les prochaines semaines.

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