Défense : l’armée de Terre invente elle-même son détecteur d’alerte laser, sans passer par l’industrie privée

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L’armée de Terre française a dévoilé un nouveau système de protection pour ses véhicules blindés Scorpion, avec une particularité qui ne manque pas de faire parler d’elle dans le petit monde de l’armement terrestre : il n’a été conçu par aucun grand groupe de défense, mais entièrement en interne, par les propres services techniques du ministère des Armées. Baptisé ULYSSE, ce détecteur d’alerte laser (DAL) a été présenté sur le stand du ministère lors du salon Eurosatory 2026, avant de faire l’objet, début septembre, d’un point d’étape détaillé sur ses performances et son calendrier d’intégration.

Un dispositif né hors des circuits industriels habituels

ULYSSE est le fruit du travail de la Section technique de l’armée de Terre (STAT), la structure chargée d’expérimenter et de valider les équipements avant leur mise en service opérationnel. Sa vocation : avertir l’équipage d’un véhicule blindé qu’il est visé par un rayonnement laser ennemi — télémètre utilisé pour calculer une distance de tir, ou désignateur guidant une munition — avant même que le coup ne parte, afin de laisser le temps de déclencher des contre-mesures : écran de fumigènes, manœuvre d’esquive, ou riposte.

La rupture ne tient pas tant à la fonction, déjà assurée par des systèmes existants, qu’à l’architecture retenue. Plutôt que de multiplier des capteurs ponctuels coûteux positionnés sur la tourelle ou la caisse — la solution classique, qui laisse mécaniquement des angles morts dès que le nombre de têtes optiques est limité par le budget — la STAT a fait le choix de tapisser l’ensemble de la coque du véhicule d’un réseau de fibres optiques low-cost, reliées à un boîtier de traitement centralisé. Le réseau lui-même sert de capteur : la lumière laser captée en un point quelconque du véhicule est acheminée jusqu’au boîtier, qui l’analyse et déclenche l’alerte. Résultat annoncé par les équipes de la STAT : une couverture de détection continue sur toute la surface du blindé, à un coût très inférieur à celui d’une multiplication de têtes optiques classiques.

Une alternative économique face aux systèmes de l’industrie établie

C’est là que le sujet dépasse la seule fiche technique pour rejoindre les enjeux de souveraineté et de soutenabilité budgétaire de l’effort de défense français. Les blindés du programme Scorpion — Griffon, Jaguar, Serval, et à terme les Leclerc rénovés — disposent déjà d’un système d’alerte laser de référence, ANTARES, développé par Thales depuis 2022 et associé à une capacité de vision panoramique à 360 degrés. Un système performant, mais dont le coût unitaire limite de fait le rythme et l’ampleur de l’équipement de l’ensemble du parc, dans un contexte où la loi de programmation militaire 2024-2030 doit financer simultanément la montée en puissance des effectifs, la modernisation des blindés, la défense sol-air et la lutte anti-drones.

En développant ULYSSE en interne, sans faire appel à un industriel privé pour la phase de conception, l’armée de Terre explore une voie alternative : celle d’une innovation d’État, moins onéreuse à produire, qui pourrait à terme équiper une part beaucoup plus large du parc Scorpion que ne le permettrait un déploiement généralisé d’ANTARES. Le ministère des Armées ne présente pas ULYSSE comme un concurrent direct destiné à évincer les industriels historiques, mais plutôt comme une brique complémentaire, en attendant l’arrivée du programme Prometeus, censé apporter une protection globale de nouvelle génération aux blindés français. Il n’en reste pas moins que la démarche interroge la répartition des rôles entre l’État et ses fournisseurs privés sur un segment — la détection de menaces — où la dépendance à quelques grands groupes pèse structurellement sur les coûts d’équipement des armées.

Des essais en cours, une intégration industrielle encore à trouver

Selon les informations communiquées début septembre, les premiers essais d’ULYSSE contre des télémètres laser de dernière génération se sont révélés concluants, et une nouvelle campagne d’évaluation est programmée dans les prochaines semaines pour confirmer les performances du dispositif en conditions réelles. Aucune date d’intégration opérationnelle sur les plateformes Scorpion n’a toutefois été fixée à ce stade, ni aucun montant de contrat communiqué : la STAT doit désormais trouver un partenaire industriel capable de transformer le démonstrateur en produit série, une étape qui reste le passage obligé de toute innovation développée par les services de l’État avant sa mise en dotation dans les forces.

Le dossier illustre une tendance plus large observée depuis plusieurs mois dans l’écosystème de défense français : la recherche de solutions capacitaires moins coûteuses, produites plus vite, pour répondre à l’intensification de la menace — lasers, drones, brouillage électronique — sans faire exploser le coût unitaire des équipements. Un enjeu d’autant plus sensible que la guerre en Ukraine a démontré la vitesse à laquelle les capacités de ciblage adverses évoluent, rendant obsolètes des protections pourtant récentes en quelques mois seulement.

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