La quête française d’un lithium « made in France » s’étend au Puy-de-Dôme. La société de géothermie Arverne a annoncé le 3 septembre s’être vu attribuer un nouveau permis exclusif de recherches (PER) de lithium géothermal, baptisé « Bassin de Limagne », sur une surface de 442,68 km² en Auvergne. Une décision qui illustre l’accélération, encore timide mais réelle, des efforts industriels français pour réduire une dépendance jugée critique à l’égard des importations, alors que l’Union européenne ne produit aujourd’hui qu’environ 1 % du lithium consommé dans le monde et en importe près de 98 % de ses besoins.
Un nouveau territoire pour Arverne
Le permis « Bassin de Limagne », d’une durée de cinq ans, porte sur la recherche de lithium et de substances connexes dans le sous-sol du Puy-de-Dôme. Pour Arverne, cette attribution s’appuie sur une connaissance géologique déjà avancée du secteur, acquise grâce aux études menées dans le cadre d’un précédent permis, « Riom-Clermont-Métropole », et consolidée par un partenariat scientifique noué en 2026 avec le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), l’organisme public de référence en matière de géosciences en France.
« L’Auvergne pourrait devenir demain un nouveau territoire majeur pour Arverne », a déclaré Thierry Trouyet, directeur général délégué du groupe, cité dans le communiqué de l’entreprise. Avec ce nouveau titre, Arverne détient désormais neuf permis exclusifs de recherche géothermale, dont trois sont spécifiquement dédiés au lithium — un portefeuille qui permet à l’entreprise de revendiquer le statut de leader français des permis de recherche géothermale exclusifs.
L’ambition affichée est de dupliquer, en Auvergne, un modèle intégré déjà engagé en Alsace : coupler la production de chaleur renouvelable issue de la géothermie profonde à l’extraction de lithium contenu dans les saumures géothermales, une technique connue sous le nom de « Direct Lithium Extraction » (DLE), présentée comme moins consommatrice en surface et en eau que les mines à ciel ouvert d’Amérique du Sud ou d’Australie.
Le précédent alsacien comme vitrine
La référence est le projet « Lithium de France », filiale d’Arverne, dont le premier forage a été engagé fin 2025 à Schwabwiller, dans le nord de l’Alsace. L’entreprise vise, à l’horizon 2031, une production annuelle de 27 000 tonnes de carbonate de lithium ainsi que 2,2 TWh de chaleur renouvelable, avec une réduction d’environ 70 % de l’empreinte carbone par rapport à l’extraction minière conventionnelle. Ce projet n’est pas isolé : dans le même bassin rhénan, le consortium Imerys-EMILI (Exploitation de Mica Lithinifère pour l’Industrie) vise de son côté 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an dès 2028, un volume présenté comme suffisant pour équiper environ 700 000 véhicules électriques chaque année.
L’attribution du permis auvergnat s’inscrit ainsi dans la constitution progressive d’une filière lithium française à deux bassins — Alsace et désormais potentiellement Puy-de-Dôme — susceptible, si les phases d’exploration confirment le potentiel du sous-sol, d’alimenter à terme les usines de batteries implantées dans le nord et l’est du pays.
Un cadre européen qui pousse à la relocalisation
Cette dynamique s’inscrit dans le sillage du règlement européen sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act), entré en vigueur en 2024, qui fixe à l’Union européenne des objectifs pour 2030 : 10 % de l’extraction de matières premières stratégiques réalisée sur le sol européen, 40 % de la capacité de raffinage assurée sur le continent, et 15 % couverte par le recyclage. Le lithium figure au sommet de la liste des matières jugées critiques par Bruxelles, dans un marché mondial où l’extraction et surtout le raffinage restent très largement dominés par la Chine.
Pour la France, dont l’industrie automobile mise sur plusieurs gigafactories de batteries (dans les Hauts-de-France notamment), sécuriser un approvisionnement domestique en lithium représente un enjeu direct de compétitivité industrielle et de réduction de la vulnérabilité aux chocs géopolitiques sur les chaînes d’approvisionnement — une préoccupation que l’exécutif a placée au cœur de sa politique de réindustrialisation depuis plusieurs années.
Rester prudent sur le calendrier
Il convient toutefois de ne pas confondre permis de recherche et exploitation effective. Un PER autorise uniquement des travaux d’exploration — forages d’essai, études géologiques et hydrogéologiques — sans garantir qu’un gisement exploitable sera confirmé, ni que son exploitation sera autorisée à l’issue de la procédure. Une consultation du public est d’ailleurs en cours dans le Puy-de-Dôme concernant plusieurs demandes de permis de recherches de gîtes géothermiques et de mines de lithium dans le département, signe que le dossier reste à un stade précoce sur le plan réglementaire comme sur le plan de l’acceptabilité locale. Entre l’attribution d’un permis de recherche et une éventuelle mise en production, plusieurs années s’écoulent généralement, comme en témoigne le calendrier du projet alsacien, engagé depuis plusieurs années et dont la production n’est attendue qu’à l’horizon 2031.
Le dossier auvergnat mérite néanmoins d’être suivi : il ajoute une pièce supplémentaire, certes encore incertaine, à la stratégie française de constitution d’une filière de matières premières critiques moins dépendante des importations — un chantier de long terme dans lequel les majors historiques de l’énergie ne sont pour l’instant pas les seules à jouer un rôle, la géothermie profonde s’imposant comme une voie d’accès originale au lithium national.


