Eau, déchets, décarbonation : Veolia signe un triple accord en Arabie saoudite et réaffirme la domination française sur les services environnementaux mondiaux

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Pendant que l’attention se porte sur l’industrie et l’énergie, c’est un secteur plus discret — celui des services aux collectivités et à l’industrie — qui vient d’offrir une nouvelle démonstration de force à l’export français. Veolia a annoncé le 1er septembre avoir signé trois protocoles d’accord stratégiques en Arabie saoudite, avec trois des plus grands groupes industriels du royaume : Acwa, Ma’aden et Khazeen. Une opération qui confirme, deux mois après un contrat historique remporté par sa rivale Suez à Oman, que les deux champions français de l’eau restent les acteurs incontournables d’un marché mondial où la France a construit, depuis des décennies, une avance industrielle rarement égalée.

Trois contrats, trois enjeux industriels

Le premier accord lie Veolia à Acwa, l’un des principaux opérateurs privés de dessalement d’eau de mer au monde, qui gère à lui seul 9,7 millions de mètres cubes d’eau dessalée par jour. L’objectif : optimiser la performance énergétique et opérationnelle des usines de dessalement grâce à l’efficacité énergétique, l’optimisation chimique et des outils numériques. Selon Veolia, les gains attendus pourraient représenter jusqu’à 500 000 tonnes de CO2 évitées chaque année, soit l’équivalent des émissions d’environ 110 000 véhicules thermiques.

Le deuxième accord concerne Ma’aden, premier groupe minier et métallurgique d’Arabie saoudite — plus de 8 000 salariés directs, 17 sites d’exploitation et plus de 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel. Il porte sur le traitement et la réutilisation de l’eau industrielle ainsi que sur la réduction, la valorisation et le recyclage des déchets, dans une logique d’économie circulaire appliquée à l’extraction minière.

Le troisième accord associe Veolia à Khazeen, filiale de GASCO spécialisée dans le stockage de gaz de pétrole liquéfié (127 millions de bouteilles remplies par an, 77 millions de litres de GPL stockés). Il couvre le déploiement de technologies de décarbonation, le traitement des eaux industrielles, la gestion des déchets dangereux et une gestion intégrée des services techniques (eau, énergie, déchets) sur les sites du groupe.

Une inscription directe dans « Vision 2030 »

Ces trois accords s’inscrivent explicitement dans le plan de transformation économique saoudien Vision 2030, qui vise la diversification de l’économie du royaume, la préservation des ressources en eau — particulièrement critiques dans une péninsule arabique structurellement aride — ainsi que l’accélération de l’économie circulaire et de la décarbonation industrielle. L’Arabie saoudite concentre à elle seule près d’un quart de la capacité mondiale de dessalement, loin devant les États-Unis et les Émirats arabes unis, ce qui en fait un marché stratégique de premier plan pour les opérateurs occidentaux du secteur de l’eau.

Dans le communiqué officiel, la directrice générale de Veolia, Estelle Brachlianoff, a formulé une déclaration qui résume bien la philosophie du groupe : « La sécurité environnementale est devenue une condition essentielle de la souveraineté, de la compétitivité et de l’autonomie stratégique des territoires. » Une phrase qui, venant d’un groupe français présent en Arabie saoudite depuis 1975 — notamment sur le complexe industriel de Jubail, le plus vaste site industriel intégré au monde —, dit assez combien Veolia entend se positionner non comme un simple prestataire, mais comme un partenaire structurant des politiques de résilience de ses clients étatiques et industriels.

Un duel Veolia-Suez qui profite à la France

Cette annonce ne peut se lire indépendamment du contexte concurrentiel régional. Fin juin, Suez avait décroché à Oman ce que la presse économique a qualifié de contrat historique : un accord de 2 milliards d’euros sur quinze ans, portant sur l’exploitation et la maintenance des infrastructures d’eau et d’assainissement pour 2,3 millions d’habitants, soit 43 % de la population omanaise, avec pour objectif de faire passer les pertes en réseau de 34 % à 11 %. Ce contrat, signé lors d’une visite d’État du sultan Haitham bin Tariq en France, avait déjà été présenté comme le symbole du retour à l’international du groupe après des années de restructuration.

Deux mois plus tard, c’est donc Veolia qui reprend l’initiative, sur le marché voisin saoudien. Au-delà de la rivalité commerciale entre les deux groupes — qui reste réelle, notamment depuis leur séparation forcée par l’Autorité de la concurrence lors du rachat de Suez par Veolia en 2022 —, l’un et l’autre contribuent, contrat après contrat, à conforter une réalité peu commentée : dans un marché mondial de l’eau évalué à plus de 600 milliards d’euros, la France dispose, avec ces deux groupes, d’un duopole de facto sur l’ingénierie de l’eau et des déchets à l’échelle internationale, face à des concurrents chinois, américains ou saoudiens eux-mêmes en construction. Avec 44,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 215 000 salariés dans le monde, Veolia illustre à sa façon ce que peut être une politique d’influence économique française qui ne passe ni par l’armement, ni par le nucléaire, ni par le luxe, mais par l’exportation de compétences techniques et organisationnelles dans des secteurs vitaux — l’eau, l’énergie, les déchets — dont la maîtrise conditionne, de plus en plus explicitement, la stabilité de pays entiers.

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