Rexel rachète l’américain GCG pour 1,4 milliard de dollars : la France mise sur le boom électrique des data centers

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Le distributeur français de matériel électrique Rexel a annoncé le 25 septembre l’acquisition de GCG, un spécialiste américain des infrastructures critiques basé à Chicago, pour une valeur d’entreprise de 1,4 milliard de dollars. L’opération, l’une des plus importantes menées par le groupe parisien depuis des années, illustre une dynamique inverse de celle habituellement observée sur le front industriel français : plutôt que de subir une prise de contrôle étrangère, c’est un champion tricolore qui étend son emprise sur le marché américain, en pleine ruée vers les infrastructures électriques de l’intelligence artificielle.

Un spécialiste des infrastructures critiques

GCG distribue des câbles, des solutions de connectivité, des équipements d’alimentation électrique et des services d’ingénierie destinés aux infrastructures dites critiques. La société emploie environ 950 collaborateurs répartis sur 16 sites et devrait afficher un chiffre d’affaires supérieur à 1,1 milliard de dollars en 2026, avec une marge d’EBITA d’environ 11 %, en croissance à deux chiffres depuis 2019.

Point clé de l’opération : plus de 75 % des revenus de GCG proviennent de prestations à valeur ajoutée (ingénierie sur mesure, assemblage, kitting, tests, logistique réactive), et plus de 60 % du chiffre d’affaires est réalisé dans des segments jugés à forte croissance par Rexel : centres de données, réseaux électriques, télécommunications, défense et services aux collectivités. Selon le communiqué du groupe, ces marchés sont directement portés par l’essor de l’intelligence artificielle, la hausse de la demande d’électricité et la modernisation des infrastructures américaines.

Un financement mixte, dette et augmentation de capital

Rexel prévoit de financer l’acquisition par une combinaison de trésorerie disponible et de dette, pour environ 800 millions d’euros, complétée par une augmentation de capital accélérée pouvant atteindre 500 millions d’euros auprès d’investisseurs institutionnels, sous réserve des conditions de marché. L’objectif affiché est de ramener le ratio dette nette sur EBITDAaL à un niveau proche de 2x à partir de 2027.

Le multiple payé, inférieur à 8 fois l’EBITDAaL 2026 estimé après synergies, et le caractère immédiatement relutif de l’opération sur le résultat net par action, dès la première année selon le directeur général Guillaume Texier, témoignent d’une discipline financière revendiquée par le groupe, qui maintient par ailleurs sa politique de distribution d’au moins 40 % de dividende. La clôture de la transaction est attendue d’ici la fin de l’année 2026, sous réserve des autorisations réglementaires habituelles.

Une stratégie américaine assumée depuis vingt ans

L’acquisition de GCG n’est pas un coup isolé. Rexel, né en 1967 de la fusion de quatre sociétés françaises de distribution électrique et coté à Paris depuis sa relance en 2007, construit méthodiquement sa présence outre-Atlantique depuis le rachat de GE Supply en 2006 (devenu Gexpro), suivi de Platt Electric Supply en 2012, Mayer en 2021 (1,2 milliard de dollars de chiffre d’affaires annuel ajoutés), puis Revere Electrical Supply en mai dernier. Avec GCG, le groupe confirme, quatre mois à peine après cette précédente opération, une accélération nette de son rythme d’acquisitions sur le sol américain.

Le marché nord-américain pèse désormais 46 % du chiffre d’affaires du groupe (19,4 milliards d’euros en 2025, 26 306 salariés dans 17 pays), quasiment à parité avec l’Europe. Selon des déclarations rapportées par Bloomberg au moment du rachat de Revere, la direction de Rexel envisage de poursuivre les acquisitions ciblées aux États-Unis dans les mois qui viennent.

Le duopole français de la distribution électrique

Cette expansion prend un relief particulier si l’on considère que Rexel partage le sommet mondial de la distribution de matériel électrique avec un autre acteur français : Sonepar, entreprise familiale non cotée. À elles deux, ces sociétés parisiennes occupent une position dominante sur un secteur que l’on associe rarement à la France dans le débat public sur la souveraineté industrielle, davantage centré sur l’énergie, la défense ou le numérique.

Or c’est précisément sur l’un des goulets d’étranglement les plus critiques de la transition en cours, à savoir la capacité à raccorder, câbler et alimenter en électricité les futurs centres de données destinés à l’intelligence artificielle, que ce duo français capte une part croissante de la valeur. Plutôt que de dépendre d’infrastructures étrangères pour ses propres besoins numériques, la France dispose ici, via un acteur coté à Paris, d’un levier direct sur la chaîne d’approvisionnement électrique du boom américain de l’IA, avec les revenus et l’influence industrielle que cela suppose.

Reste à surveiller la réaction des actionnaires à la dilution annoncée, l’issue des autorisations réglementaires américaines, et la confirmation, ou non, de nouvelles opérations que la direction de Rexel a laissé entrevoir pour compléter ce dispositif nord-américain.

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