Octave Klaba, fondateur et PDG d’OVHcloud, a confirmé le 24 septembre 2026 sur le plateau de « Tech & Co » (BFM Business) l’arrivée prochaine d’OVHai Workspace, une suite collaborative présentée comme une alternative européenne à Microsoft 365 et à Google Workspace, dont la présentation complète est annoncée pour le 19 novembre lors d’un AI Summit organisé au Carrousel du Louvre, à Paris.
Une suite collaborative pensée comme un rival complet de Microsoft 365
Le produit n’est pas totalement inédit : OVH Labs, le laboratoire d’innovation du groupe, en avait déjà dévoilé une première version « en preview » dès le 17 juin 2026, destinée selon l’entreprise aux quelque 1,7 million de clients d’OVHcloud dans le monde. OVHai Workspace doit réunir messagerie électronique, calendrier, stockage et partage de fichiers, visioconférence, messagerie instantanée, moteur de recherche interne et agents d’intelligence artificielle capables d’automatiser des tâches répétitives ou de retrouver une information à travers plusieurs applications, sans quitter son environnement de travail.
Sur le réseau social X, Octave Klaba a résumé l’ambition du projet : une plateforme « ouverte où chaque SaaS du marché peut s’intégrer rapidement et profiter de l’agentic AI, le search engine, le chiffrement E2EE, tout en étant utilisable comme le backend additionnel de l’AI agentic ». L’idée n’est donc pas seulement de copier Microsoft 365, mais de proposer un socle ouvert sur lequel d’autres éditeurs, notamment européens, pourraient venir se brancher.
Le chiffrement de bout en bout, brique centrale de la promesse de confiance
Le chiffrement de bout en bout, présenté comme optionnel, est la pièce maîtresse de l’argumentaire de confiance d’OVHcloud : il doit permettre aux agents IA de traiter des documents sensibles localement, sans que les données ne transitent en clair par des serveurs tiers. Cette brique s’appuie très vraisemblablement sur la technologie de Seald, entreprise française de chiffrement de bout en bout certifiée CSPN par l’ANSSI, rachetée par OVHcloud en janvier 2026 et déjà hébergée sur son infrastructure. Seald comptait parmi ses clients Framatome, Stellantis, Lefebvre Sarrut ou encore Wimi. Au moment de l’acquisition, Octave Klaba avait résumé l’objectif en une phrase : « Ensemble, nous allons démocratiser la sécurité dans les services collaboratifs. »
Cette annonce s’inscrit dans une séquence de renforcement des garanties de confiance du groupe : le 1er septembre 2026, OVHcloud a obtenu de l’ANSSI une troisième qualification SecNumCloud, cette fois pour sa plateforme de cloud public SNC Cloud Platform, le plus haut niveau de labellisation délivré en France pour l’hébergement de données sensibles.
Une annonce qui répond, de fait, au Pacte Numérique et IA signé par l’État
L’initiative d’OVHcloud tombe deux semaines après la signature, le 10 septembre 2026, du « Pacte Numérique et IA » entre l’État et la filière française du numérique. Ce texte, paraphé par David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, et Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, aux côtés du Comité stratégique de filière, de Numeum et d’Hexatrust, vise à orienter la commande publique vers des solutions françaises et européennes, sur le modèle de ce qui existe déjà pour la base industrielle et technologique de défense. David Amiel avait résumé la philosophie du texte sans détour : « Nous devons nous désensibiliser des technologies américaines et extra-européennes. » Or les tout premiers groupes de travail lancés dans le cadre de ce pacte portent précisément sur les suites bureautiques collaboratives, aux côtés des tests d’intrusion pilotés par IA et des logiciels de sécurisation des infrastructures critiques. OVHai Workspace arrive donc exactement sur le terrain que l’État vient de désigner comme prioritaire.
Un paysage souverain déjà encombré
Reste que la bureautique souveraine européenne est un terrain déjà occupé, et de façon peu coordonnée. L’État français dispose de sa propre suite, LaSuite, pilotée par la direction interministérielle du numérique (Dinum), déjà déployée auprès de plus de 500 000 agents publics avec un objectif de généralisation d’ici 2027 ; elle regroupe la messagerie Tchap (600 000 utilisateurs), l’outil de visioconférence Visio, l’éditeur de documents Docs et un assistant s’appuyant sur les modèles de Mistral AI. En Allemagne, l’agence publique ZenDiS développe depuis janvier 2024 openDesk, avec un budget d’environ 45 millions d’euros, déjà adopté par le Land de Schleswig-Holstein. Aux Pays-Bas, l’initiative privée Office.eu, lancée en 2024 sur la base de Nextcloud Hub et de Collabora Online, revendique une conformité au droit européen face au Cloud Act américain, mais reste accessible sur invitation seulement. À rebours de ces approches, la coentreprise Bleu (Capgemini et Orange) héberge Microsoft 365 lui-même sur une infrastructure jugée souveraine, plutôt que de le remplacer.
Le constat dressé par plusieurs observateurs du secteur est celui d’une fragmentation persistante : chaque pays conserve sa propre pile technique, sa propre gouvernance et ses propres priorités, et les briques techniques parfois communes à ces projets, comme Matrix ou Nextcloud, ne suffisent pas à les rendre interopérables entre elles. C’est dans cet ensemble déjà dense qu’OVHai Workspace doit trouver sa place, avec un atout que peu d’initiatives publiques peuvent revendiquer : une clientèle commerciale existante, une cotation en Bourse et une expérience déjà acquise dans le cloud d’intelligence artificielle, où OVHcloud cherche par ailleurs à concurrencer AWS, Azure et Google Cloud.
Reste à savoir si cette base commerciale suffira à faire d’OVHai Workspace autre chose qu’une nouvelle pièce ajoutée à un puzzle européen qui peine, pour l’instant, à s’assembler. Rendez-vous est pris le 19 novembre, au Carrousel du Louvre, pour la présentation complète du produit.


