Infotel : une ESN française indépendante, sans dette et sans actionnaire dominant étranger, signe un semestre record

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Pendant que plusieurs grandes entreprises de services du numérique (ESN) françaises et européennes traversent restructurations ou changements de contrôle, Infotel, société cotée à Paris fondée en 1979, publie un premier semestre 2026 en nette accélération. Le communiqué, diffusé le 23 septembre, fait état d’une croissance de 9,4 % du chiffre d’affaires et d’un résultat net multiplié par 2,4. Un contraste qui éclaire, à l’échelle d’un acteur de taille intermédiaire, les conditions dans lesquelles une entreprise française du numérique peut aujourd’hui consolider sa position sans recourir à un adossement extérieur.

Une croissance portée par les infrastructures critiques françaises

Le chiffre d’affaires consolidé atteint 160,3 millions d’euros au premier semestre, contre 146,4 millions un an plus tôt, avec une accélération trimestrielle notable (+8,6 % au premier trimestre, +10,4 % au second). L’activité Services, qui représente l’essentiel du groupe avec 149,2 millions d’euros (+7,0 %), reste dominée par le secteur bancaire et financier (45,4 % du chiffre d’affaires de cette activité), suivi des transports (19,8 %), de l’industrie (19,3 %) et de l’assurance retraite (12,6 %).

Le communiqué mentionne la signature de nouveaux contrats avec Enedis, IMSA et la Maif, ainsi que le déploiement de la plateforme d’infrastructure Altanna auprès d’opérateurs aussi sensibles que La Poste, SNCF Réseau ou BNP Paribas. Infotel intervient également, selon la même source, chez la Banque de France. Cette empreinte sur des systèmes d’information considérés comme critiques pour le fonctionnement de services publics et d’infrastructures financières nationales place la société dans une catégorie d’acteurs dont l’indépendance capitalistique n’est pas un simple argument de communication, mais une donnée qui pèse dans les choix d’externalisation des grands donneurs d’ordre publics et parapublics.

Rentabilité en forte hausse, endettement nul

Sur le plan financier, le résultat opérationnel courant (hors charges liées aux actions gratuites) ressort à 14,6 millions d’euros, en hausse de 30,4 %, portant la marge opérationnelle courante à 9,1 % du chiffre d’affaires, contre 7,6 % un an plus tôt. Le résultat net s’établit à 11,7 millions d’euros, plus du double des 4,9 millions enregistrés au premier semestre 2025. L’Ebitda progresse de 11,4 %, à 17,6 millions d’euros.

Le groupe affiche par ailleurs une trésorerie de 94,3 millions d’euros hors placements de long terme, une absence totale de dette financière et des capitaux propres de 118,7 millions d’euros pour un total de bilan de 231,9 millions. Cette structure financière, rare dans un secteur où la croissance externe s’accompagne fréquemment d’un recours important à l’endettement ou à des fonds d’investissement extérieurs, donne à Infotel une marge de manœuvre que d’autres acteurs du secteur, engagés dans des plans de désendettement ou des cessions d’activités, ne possèdent plus.

Logiciels, IBM et acquisitions ciblées

L’activité Logiciels, plus modeste en volume (11,1 millions d’euros) mais en très forte progression (+57,6 %), constitue l’autre moteur du semestre. Infotel y valorise notamment son statut de partenaire commercial d’IBM pour des utilitaires techniques fonctionnant sous l’environnement z/OS, les fameux systèmes centraux (mainframes) qui continuent d’irriguer une grande partie des systèmes bancaires et administratifs. Les redevances perçues d’IBM atteignent 5,58 millions d’euros sur le semestre, contre 3,13 millions un an plus tôt, un niveau qualifié de record dans le communiqué. À cela s’ajoutent l’intégration de la société Sesin, en croissance de 37,8 % à périmètre constant, et une acquisition aux États-Unis, la société AeroEx, basée à Orlando, en Floride.

Sur le plan des effectifs, Infotel comptait 3 581 collaborateurs à la fin du semestre, contre 3 210 un an plus tôt, soit 215 recrutements nets. Le taux d’intercontrat, indicateur suivi de près dans le secteur des services numériques car il mesure la part de personnel sans mission facturée, recule à 2,6 % en moyenne, contre 3,6 % en 2025, signe d’une utilisation optimale des équipes dans un marché où plusieurs concurrents peinent au contraire à maintenir leurs effectifs pleinement occupés.

Une gouvernance restée entre les mains des fondateurs

Fondé en 1979 par Bernard Lafforet, mathématicien passé par le CNRS, et Michel Koutchouk, ancien d’Air France, avec l’apport initial de deux transfuges de Cap Gemini, le groupe a conservé une structure actionnariale marquée par la présence des fondateurs : Bernard Connes-Lafforet détient encore environ 27 % du capital et Michel Koutchouk près de 5,6 %, le solde étant réparti dans le flottant boursier. Cette continuité capitalistique tranche avec la trajectoire de nombreuses ESN françaises rachetées, fusionnées ou recapitalisées par des groupes étrangers ou des fonds d’investissement au fil des dernières années.

Fort de ces résultats, le groupe a relevé ses objectifs annuels : une croissance du chiffre d’affaires alignée sur celle du premier semestre, soit environ 9,5 % sur l’année, et une marge opérationnelle courante visée au-delà de 9 %. À plus long terme, Infotel affiche l’ambition d’atteindre environ 500 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2030, avec une marge opérationnelle de l’ordre de 10 %, tout en poursuivant son expansion internationale, déjà engagée au Canada, en Espagne, en Inde et désormais aux États-Unis.

Dans un secteur des services numériques où la consolidation, la pression sur les marges et les changements d’actionnariat dominent souvent l’actualité, la trajectoire d’Infotel illustre qu’une entreprise de taille intermédiaire, restée indépendante et non endettée, peut encore construire une croissance rentable sur des marchés considérés comme stratégiques pour la France, sans faire appel à un actionnaire de contrôle extérieur.

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