Crédit Agricole Assurances lève 750 millions d’euros à des conditions meilleures qu’en 2023, malgré la dégradation du crédit souverain français

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Le premier assureur de France a placé avec succès, le 23 septembre 2026, une émission obligataire subordonnée de 750 millions d’euros. Le fait notable n’est pas tant le montant que les conditions obtenues : un coupon plus bas et une échéance plus longue qu’à sa précédente sortie sur ce même compartiment de dette, en 2023, alors même que le risque souverain français s’est nettement dégradé sur la période. Un signal de résilience pour l’un des piliers financiers du pays, à l’heure où la signature de l’État vacille sur les marchés.

Une émission au format Tier 2, pilier de la solvabilité

Crédit Agricole Assurances (CAA) a placé 750 millions d’euros d’obligations subordonnées Tier 2 dans le cadre de son programme EMTN, au taux d’intérêt fixe annuel de 5,125 %. Le règlement-livraison interviendra le 29 septembre 2026, pour une échéance fixée à décembre 2038. Ces titres, structurés pour être éligibles en capital Tier 2 au sens de la directive Solvabilité II, ont été notés BBB+ par S&P Global Ratings, l’agence maintenant par ailleurs la notation globale du groupe à A, assortie d’une perspective stable.

Selon le communiqué, l’opération s’inscrit dans « la politique de gestion active du capital » de l’assureur et doit financer « les besoins généraux de l’émetteur, incluant le financement ou le refinancement de dettes existantes ». Comme c’est l’usage pour ce type d’instrument, le paiement des intérêts peut être différé dans certaines circonstances prévues par le cadre prudentiel Solvabilité II, une caractéristique qui permet à ces obligations de compter comme fonds propres réglementaires plutôt que comme dette senior classique.

Un net progrès par rapport à la précédente émission comparable

L’intérêt du dossier tient surtout à la comparaison avec la dernière opération du même type menée par CAA. En octobre 2023, l’assureur avait émis 500 millions d’euros d’obligations subordonnées Tier 2 à un taux fixe de 5,875 %, pour une échéance à 2033, avec une notation S&P alors fixée à BBB. Cette opération, qui avait été sursouscrite environ quatre fois, s’était accompagnée du rachat simultané d’anciennes obligations subordonnées perpétuelles émises en 2014 et 2015, à des taux plus faibles (4,25 % et 4,5 %).

Trois ans plus tard, CAA emprunte donc davantage (750 millions contre 500 millions), sur une durée plus longue (douze ans contre dix), à un coût inférieur de 75 points de base, et avec une notation relevée d’un cran, de BBB à BBB+. Cette amélioration simultanée du volume, de la maturité, du coût et de la notation constitue un résultat que peu d’émetteurs obtiennent d’une émission à l’autre, a fortiori dans un contexte de marché plus tendu qu’en 2023.

Un contraste frappant avec la trajectoire de la dette souveraine française

Ce progrès prend en effet un relief particulier au regard de l’évolution du crédit public français sur la même période. Le rendement de l’OAT à dix ans évolue autour de 4,50 à 4,55 % fin septembre 2026, et l’écart de taux entre la dette française et la dette allemande, le fameux spread OAT-Bund, s’est établi à 102 points de base le 22 septembre, son plus haut niveau depuis 2012. L’agence Fitch a par ailleurs abaissé la notation de la France à AA- au cours de l’été, dans un climat marqué par l’instabilité budgétaire et politique.

Autrement dit, alors que la prime de risque exigée par les marchés sur la dette de l’État français s’est élargie, l’un des plus grands investisseurs institutionnels du pays, filiale du groupe Crédit Agricole, a vu ses propres conditions de financement s’améliorer et sa notation progresser. Ce découplage entre le risque souverain et le risque de crédit d’un acteur financier systémique illustre la solidité propre du secteur assurantiel français, indépendamment des turbulences qui affectent la signature de l’État.

Un acteur central de l’épargne et de la souveraineté financière françaises

Crédit Agricole Assurances est le premier assureur national par le montant des primes émises depuis 2017, et le leader de l’assurance-vie en France depuis 2018, devant CNP Assurances. Le groupe fédère plusieurs filiales : Predica pour l’assurance-vie et l’épargne retraite, Pacifica pour l’assurance dommages, CACI pour l’assurance emprunteur, ainsi que Spirica et UAF Life Patrimoine sur le segment patrimonial. Il emploie plus de 7 100 collaborateurs et a réalisé un chiffre d’affaires de 52,4 milliards d’euros en 2025 (données non-GAAP), réalisé à environ 80 % en France, où il s’appuie sur le réseau des 39 caisses régionales du Crédit Agricole et de LCL.

Ce poids fait de CAA un maillon essentiel du financement de long terme de l’économie française, à travers la gestion de l’épargne retraite et de l’assurance-vie de millions de ménages. Le renforcement de sa base de capital, dans des conditions améliorées malgré un contexte souverain dégradé, conforte sa capacité à continuer d’investir durablement dans l’économie nationale, un enjeu de souveraineté financière à part entière alors que la dette publique française fait l’objet d’une surveillance accrue des marchés.

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