Le lanceur Rampart de Naval Group entre en phase d’essais en mer

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Naval Group franchit une étape décisive dans la qualification de son lanceur modulaire Rampart, conçu pour contrer la menace grandissante des drones et des missiles en essaim. Après des tirs réels au camp de Canjuers au printemps 2026, le système a été repéré le 21 septembre sur un porte-hélicoptères amphibie de la Marine nationale à Toulon, à quelques semaines d’essais en mer prévus en octobre lors de l’exercice antidrone Wildfire.

Le lanceur Rampart, une réponse à la menace des essaims de drones

Le lanceur Rampart naît d’un constat opérationnel tiré des conflits récents. En mer Rouge, les attaques répétées de drones et de missiles houthis ont contraint les bâtiments occidentaux à consommer des intercepteurs haut de gamme, coûtant chacun plusieurs centaines de milliers d’euros, pour neutraliser des engins produits pour quelques milliers d’euros. En Ukraine, la diversité des menaces aériennes, navales et sous-marines a confirmé qu’aucun système unique ne pouvait y répondre à un coût soutenable.

C’est cette asymétrie économique que Naval Group entend corriger avec le lanceur Rampart, présenté sous ce nom lors du salon Eurosatory 2026 après avoir circulé depuis 2023 sous l’appellation « lanceur modulaire polyvalent ». L’enjeu n’est pas seulement technique : il s’agit de proposer aux marines occidentales une alternative capable de traiter les menaces de saturation sans épuiser leurs stocks de missiles de défense antiaérienne les plus sophistiqués, comme les Aster produits par MBDA.

Du champ de tir de Canjuers à la mer : le calendrier du lanceur Rampart

Le calendrier de qualification du lanceur Rampart s’est accéléré depuis le début de l’année. En janvier 2026, une première campagne de validation au sol a permis de tirer des roquettes de 68 mm à guidage laser produites par Thales. En mai, des tirs réels ont eu lieu au camp de Canjuers, dans le Var, avec des salves de cinq roquettes sur des objectifs à environ trois kilomètres.

Le 21 septembre, le système a été photographié installé sur un sponson d’un porte-hélicoptères amphibie de classe Mistral à quai à Toulon, signe que les essais en mer approchent. Naval Group prévoit de les mener en octobre, à l’occasion de l’exercice antidrone Wildfire organisé par la Marine nationale, qui doit précisément recréer les conditions d’une attaque par essaim. <a href= »https://refrance.fr/la-marine-nationale-prepare-une-flotte-de-drones-de-surface-pour-pallier-son-manque-de-navires-descorte/ » title= »La Marine nationale prépare une flotte de drones de surface pour pallier son manque de navires d’escorte »>La Marine nationale multiplie par ailleurs les programmes destinés à compenser son déficit de navires d’escorte face à la multiplication des menaces</a>, ce qui replace le lanceur Rampart dans une stratégie plus large de réponse à la saturation.

Le lanceur Rampart, une architecture modulaire pensée pour la souveraineté

Sur le plan technique, le lanceur Rampart pèse environ trois tonnes et embarque jusqu’à une tonne de munitions réparties en quatre modules interchangeables : quatre-vingts roquettes de 68 mm à guidage laser, quarante-huit roquettes de 70 mm au standard OTAN, des missiles Martlet de Thales UK, des Mistral 3 de MBDA, des Piorun polonais ou des munitions air-air Skynight de l’émirati EDGE. Le tir peut être déclenché de façon autonome ou intégré au système de combat du navire.

Cette architecture ouverte, appelée à employer plusieurs catégories de munitions, rompt avec la logique historique d’un lanceur dédié à un seul type d’arme. Naval Group revendique ainsi la capacité à faire évoluer la réponse tactique en cours de mission, sans changer de plateforme, ce que résume la formule retenue par les observateurs du secteur : <em>«architecture ouverte, appelée à employer plusieurs catégories de munitions»</em>.

Le lanceur Rampart, un candidat à l’export face aux systèmes américains

Le lanceur Rampart vise explicitement le marché de l’exportation. Il se positionne comme une alternative européenne aux systèmes américains RIM-116 RAM et Mk41, qui équipent la majorité des flottes occidentales et impliquent une dépendance industrielle et logistique vis-à-vis de Washington. Naval Group cible trois familles de clients : les marines européennes en quête d’une solution économiquement soutenable face aux coûts américains, les pays du Golfe intéressés par l’intégration du Skynight émirati, et des partenaires africains confrontés à des menaces de drones peu sophistiqués mais massifs.

Une déclinaison terrestre, testée à Canjuers entre janvier et mai 2026, permet aussi de monter le lanceur sur des camions tactiques 6×6 Arquus PL6T, ouvrant un débouché pour l’appui antiaérien des forces terrestres. L’écosystème mobilisé associe Thales, MBDA, Arquus, KNDS et l’émirati EDGE/Halcon, un montage industriel franco-émirati censé réduire les coûts tout en facilitant l’accès au marché du Golfe. Naval Group vise une première commande commerciale fin 2026, avec une production envisagée dès 2027-2028. <a href= »https://refrance.fr/naval-group-la-france-signe-un-contrat-de-43-milliards-deuros-avec-la-suede-sa-plus-grosse-prise-navale-en-europe/ » title= »Naval Group : la France signe un contrat de 4,3 milliards d’euros avec la Suède, sa plus grosse prise navale en Europe »>Le groupe capitalise ainsi sur la dynamique commerciale déjà observée avec ses récents succès à l’export naval en Europe</a>.

Souveraineté industrielle : ce que le lanceur Rampart change pour la France

Au-delà de la prouesse technique, le lanceur Rampart illustre un choix stratégique français : transformer les enseignements de la mer Rouge et de l’Ukraine en offre industrielle autonome, plutôt que renforcer la dépendance aux systèmes américains déjà diffusés dans les marines alliées. L’asymétrie de coût entre drones à quelques milliers d’euros et intercepteurs à plusieurs centaines de milliers d’euros n’est pas qu’un problème budgétaire : c’est une vulnérabilité stratégique que Washington comme Paris cherchent désormais à corriger.

En consolidant autour de Rampart un écosystème associant Naval Group, Thales, MBDA, Arquus et KNDS, la France affiche l’ambition d’une alternative crédible et exportable, y compris auprès de partenaires du Golfe habituellement clients des industriels américains. Pour la Marine nationale, l’intégration programmée sur les futures frégates de défense et d’intervention et sur les porte-hélicoptères amphibies conditionnera la capacité de la flotte à absorber, dans la durée, la multiplication des menaces de saturation sans dépendre de stocks importés ou de licences étrangères.

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