Nucléaire : EDF veut imposer Nuward comme le SMR de référence en Europe

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Réuni à Vienne le 21 septembre pour la 70ᵉ Conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le patron de Nuward, Julien Garrel, a précisé les ambitions du petit réacteur modulaire (SMR) développé par EDF : dix unités installées dans cinq pays européens d’ici 2035, dont la première en France. Une feuille de route resserrée, dans un marché mondial des SMR désormais disputé par une quinzaine d’acteurs sérieux, où la France joue une partie de sa crédibilité industrielle nucléaire pour la décennie à venir.

Un calendrier resserré après deux ans de pause

Filiale d’EDF créée en 2023, Nuward est issue d’un projet lancé en 2019 par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), EDF, Naval Group et TechnicAtome. Après une remise à plat du design engagée à l’été 2024, jugée nécessaire pour tenir les délais et répondre aux attentes des premiers clients potentiels, le SMR a été rehaussé de 340 à 400 MWe de puissance ferme, sous la forme de deux modules de 170 MWe assemblés selon une architecture volontairement classique et éprouvée plutôt qu’innovante.

Selon Julien Garrel, la finalisation du design de conception est attendue en 2028, la commercialisation en 2029, le début de la construction de la première unité en 2030 et la mise en production en 2035, pour un délai d’installation ramené à 48 mois. « Nous voulons vraiment en faire un SMR européen », a insisté le dirigeant, en évoquant « la première série européenne de dix Nuward avec cinq pays européens ». Au-delà de la France, l’Italie est annoncée comme deuxième pays d’implantation, devant la Pologne, la Belgique et la Finlande, cités comme partenaires en discussion.

L’Italie, tête de pont industrielle

Le dossier italien s’est concrétisé la semaine dernière : Edison, EDF et des industriels transalpins, dont Saipem et Webuild, ont confirmé l’avancée d’un accord de coopération pour structurer une filière locale et viser un premier Nuward en Italie à l’horizon 2035. Le pays, qui a abandonné le nucléaire civil par référendum en 1987, y voit un moyen de reconstituer une base industrielle sans repartir de zéro sur les réacteurs de grande puissance. Pour la France, ce partenariat vaut vitrine : il s’agit de démontrer qu’au-delà du discours, Nuward peut s’exporter et irriguer des chaînes de sous-traitance hors de l’Hexagone, un test que peu de programmes nucléaires français ont réussi ces dernières décennies.

Une concurrence mondiale déjà bien installée

Le contexte reste toutefois difficile pour EDF. En 2024, la Pologne a choisi la technologie britannique Rolls-Royce SMR pour trois unités, tandis que la Suède a retenu Rolls-Royce et l’américain GE Hitachi plutôt que Nuward. Ces deux revers ont pesé sur la crédibilité du programme français, dans un marché mondial où l’on recense désormais près de quatre-vingts projets de petits réacteurs modulaires, portés notamment par Rolls-Royce SMR au Royaume-Uni, Westinghouse et GE Hitachi aux États-Unis, ainsi que par des acteurs chinois et coréens de plus en plus actifs à l’export.

Le SMR répond à une double promesse : un coût et un délai de construction mieux maîtrisés que les réacteurs classiques de type EPR, grâce à une fabrication largement préfabriquée en usine, et une capacité à accompagner l’électrification de secteurs jusqu’ici dépendants des énergies fossiles, qu’il s’agisse de l’intégration des énergies renouvelables intermittentes ou de la fourniture de chaleur industrielle décarbonée pour la sidérurgie, la chimie ou le dessalement d’eau de mer.

Un enjeu de souveraineté technologique et industrielle

Le programme Nuward est identifié depuis son lancement comme l’un des projets phares du plan France 2030, dont l’enveloppe globale dédiée au soutien des réacteurs nucléaires innovants et à l’émergence de nouveaux acteurs de la filière atteint environ 1,2 milliard d’euros de fonds publics, sans que la part exacte fléchée vers Nuward ne soit rendue publique. L’enjeu dépasse la seule production d’électricité : il s’agit de savoir si la France, dont la filière nucléaire s’appuie historiquement sur de grands réacteurs conçus et exportés par un nombre restreint d’ingénieristes (EDF, Framatome, TechnicAtome, Naval Group), parvient à se positionner sur un segment de marché où les standards technologiques, les référentiels de sûreté et les chaînes d’approvisionnement se redéfinissent actuellement à l’échelle mondiale, sans attendre la France.

L’annonce de Vienne ne lève pas toutes les incertitudes : aucun montant d’investissement précis n’a été communiqué pour la première série de dix réacteurs, les discussions avec la Pologne, la Belgique et la Finlande restent à un stade préliminaire, et le projet a déjà connu un report en 2024. Mais le calendrier resserré fixé par Julien Garrel marque une volonté affichée de reprendre l’initiative face à des concurrents britanniques et américains qui ont pris une longueur d’avance commerciale en Europe centrale et en Scandinavie. La prochaine échéance à surveiller sera la finalisation du design de conception, attendue en 2028, avant l’objectif de commercialisation fixé à 2029.

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