La PME bordelaise HDF Energy a publié le 23 septembre un communiqué qui résume, en quelques chiffres, le pari français sur l’hydrogène de forte puissance : des pertes en net recul, un financement européen qui commence tout juste à se matérialiser, et une centrale pionnière en Guyane dont la mise en service, annoncée depuis 2018, est désormais fixée à la fin de l’année 2026. Cette actualité, encore modeste en apparence, éclaire un dossier plus large : celui d’une technologie conçue et fabriquée en France, financée par l’argent public national et européen, et que l’entreprise tente maintenant d’exporter avant que ses concurrents étrangers ne prennent de vitesse ce marché naissant.
Des pertes qui se réduisent, un financement européen encore partiel
Selon le communiqué diffusé par Actusnews, HDF Energy (Hydrogène de France) a limité sa perte nette à 4 millions d’euros au premier semestre 2026, contre 6,6 millions un an plus tôt, pour un chiffre d’affaires qui reste symbolique à 0,55 million d’euros. La trésorerie s’établit à 27,2 millions d’euros au 30 juin, en repli par rapport aux 33,5 millions de fin 2025, tandis que l’effectif moyen recule légèrement à 93 salariés.
Ce désendettement progressif s’appuie sur le programme européen PIIEC (projet important d’intérêt européen commun) Hydrogène, dans sa vague « Hy2Move », approuvé par la Commission européenne le 28 mai 2024. La France avait alors annoncé pouvoir soutenir HDF Energy à hauteur de 172 millions d’euros dans le cadre de France 2030, pour l’industrialisation de piles à combustible multimégawatts fabriquées à Blanquefort, près de Bordeaux, sur un site que l’entreprise présente comme doté d’une plateforme de test unique au monde. Dans les faits, seules deux avances de 12,7 millions d’euros chacune ont été versées à ce stade, en décembre 2025 et juillet 2026, portant l’aide effectivement acquise à 22,3 millions d’euros mi-2026. L’écart entre l’enveloppe annoncée et les sommes réellement décaissées illustre la lenteur avec laquelle ces grands programmes industriels européens se traduisent en flux financiers concrets, deux ans après leur validation politique.
La Guyane, vitrine et point de friction
Le projet le plus emblématique d’HDF Energy reste la Centrale électrique de l’Ouest guyanais (CEOG), qui associe un parc solaire de 55 MWc à un double stockage par batteries (38 MWh) et par hydrogène, via un électrolyseur de 16 MW et une pile à combustible de 3 MW présentée comme la plus puissante au monde dans cette catégorie, pour un stockage total de 88 MWh en cylindres. L’ouvrage doit couvrir l’équivalent de la consommation annuelle de 10 000 foyers et réduire la dépendance de l’ouest guyanais, aujourd’hui alimenté par des groupes électrogènes au fioul, à des importations d’hydrocarbures.
Le projet, lancé en 2018 avec l’entrée au capital du fonds Meridiam aux côtés d’HDF Energy, devait initialement entrer en service en 2020. Les travaux ont pris plusieurs années de retard, entre difficultés de financement et opposition locale : des habitants du village kali’na de Prospérité ont saisi en mars 2024 le comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale, dénonçant l’implantation du site sur des terres ancestrales de chasse, de pêche et de cueillette, sans pour autant contester le principe des énergies renouvelables. Les élus locaux, confrontés à des tensions récurrentes sur l’approvisionnement électrique de la région, soutiennent majoritairement le projet. Le communiqué du 23 septembre confirme un objectif de mise en service « fin 2026 », une échéance que l’entreprise n’avait plus le droit de manquer après six ans de report.
Un marché mondial où la France cherche à devancer ses rivaux
Au-delà de la Guyane, HDF Energy cherche désormais à vendre sa technologie Renewstable à l’étranger, avec l’ambition affichée de transformer une expérimentation française en filière exportatrice. L’entreprise a signé en septembre 2026 un accord d’exclusivité avec l’indonésien Pertamina New & Renewable Energy pour développer des centrales hybrides solaire-hydrogène dans plusieurs districts insulaires, tandis qu’un processus de sélection de partenaire est en cours à Sumba avec l’électricien public PLN. Au Mexique, le projet Oasis, en Basse-Californie du Sud, a été reconnu comme une initiative phare du plan d’expansion de l’électricien national CFE. Le PDG Damien Havard résume l’enjeu dans le communiqué : « le marché de l’hydrogène évolue et HDF s’y adapte », l’entreprise cherchant à atteindre son point d’équilibre financier alors que son portefeuille de projets est valorisé à 2 milliards d’euros.
L’enjeu dépasse le seul cas d’HDF Energy. La France dispose, avec cette PME, d’une des rares briques technologiques crédibles sur le segment des piles à combustible de forte puissance destinées à l’électrification insulaire et à la mobilité lourde, un marché où des acteurs nord-américains et asiatiques investissent également massivement. La réussite ou l’échec de la CEOG, six ans après son lancement, servira nécessairement de démonstrateur pour les prospects internationaux qu’HDF Energy tente désormais de convaincre, et donc de test grandeur nature pour la capacité de la France à transformer un financement public de souveraineté technologique en position commerciale durable à l’export.


