Intercepteur hypersonique européen : Bruxelles impose un duel à MBDA et son rival allemand

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La Commission européenne s’apprête à trancher entre deux programmes rivaux d’intercepteur antimissile hypersonique, HYDIS et HYDEF, pour ne financer qu’un seul projet lors de sa prochaine phase de développement. Le consortium mené par le français MBDA, jusqu’ici mieux doté par les États membres, aborde cette échéance en position favorable, mais sans certitude, dans un dossier qui engage directement la place de la France dans l’architecture de défense antimissile du continent.

Un appel d’offres qui referme la fenêtre de la concurrence

Depuis 2023, l’Union européenne finançait en parallèle deux consortiums chargés de concevoir un intercepteur capable de neutraliser les armes hypersoniques, ces missiles planeurs ou de croisière capables de manœuvrer à très haute vitesse et d’échapper aux défenses antiaériennes classiques. Cette approche par doublon, courante dans les phases amont de recherche militaire, arrive à son terme. Le Fonds européen de la défense a ouvert un appel d’offres, baptisé « Endo-Atmospheric Interceptor 2 », dont la clôture est fixée au 29 septembre, avec une attribution attendue dès novembre. Une seule enveloppe de 100 millions d’euros sera versée pour la phase de démonstration, et elle ira à un seul des deux projets.

Le raisonnement de Bruxelles est budgétaire autant que stratégique : financer deux architectures concurrentes jusqu’au stade opérationnel dupliquerait des coûts de développement déjà considérables, dans un domaine où l’Europe accuse un net retard sur les États-Unis. Selon les analyses spécialisées, écarter l’un des deux groupements industriels reviendrait cependant à demander à des acteurs majeurs de la défense européenne d’abandonner une capacité militaire jugée prioritaire, ce qui explique les appels, jusqu’ici restés sans effet, à une fusion plutôt qu’à une élimination pure et simple.

MBDA en tête d’un consortium élargi à dix-sept pays

Le projet HYDIS est piloté par MBDA France, qui coordonne un consortium élargi à une cinquantaine d’entités réparties dans dix-sept pays, dont l’industriel suédois Saab, les belges Sonaca et Dekimo, ou encore l’institut de recherche von Karman. Il s’appuie également sur les compétitions françaises ArianeGroup, Thales, Roxel et l’italien Avio pour la propulsion et les capteurs. En face, le projet HYDEF est conduit par l’allemand Diehl Defence, associé à l’espagnol Sistemas de Misiles de España.

Lors de la phase de concept, achevée cette année, les deux consortiums avaient reçu un financement européen comparable, de l’ordre de 80 millions d’euros au total. Mais la contribution complémentaire des États s’est révélée nettement déséquilibrée : environ 60 millions d’euros injectés par les pays soutenant HYDIS, contre seulement 10 millions pour HYDEF. MBDA a, à lui seul, capté près de 50 millions d’euros de ce financement, répartis entre ses sept entités nationales. Cet écart de soutien étatique, sans préjuger de la décision de Bruxelles, place le consortium à direction française en position relativement favorable à l’entrée de cette nouvelle compétition.

Un calendrier qui s’étend jusqu’au milieu de la décennie suivante

La feuille de route du programme retenu prévoit d’atteindre un niveau de maturité technologique intermédiaire d’ici 2029, avec la revue préliminaire de conception, puis un vol de démonstrateur en 2030. L’industrialisation complète et la qualification finale ne sont attendues qu’à l’horizon 2035. Un délai long, révélateur de la difficulté technique du projet, mais aussi du temps qu’il faudra encore à l’Europe pour combler son retard face à des puissances qui ont déjà déployé ou testé en conditions réelles ce type de systèmes.

L’angle souveraineté : un test pour l’industrie française de la défense

Au-delà de la compétition technique, ce dossier illustre une tension structurelle de la politique industrielle de défense européenne. Bruxelles pousse à la rationalisation des programmes pour éviter la dispersion de crédits limités, une logique qui, appliquée à un secteur où la France dispose d’un des rares champions mondiaux du missile avec MBDA, peut jouer aussi bien en faveur de Paris qu’à son détriment. Une victoire de HYDIS conforterait la position de MBDA comme intégrateur de référence pour la prochaine génération de défense antimissile européenne, avec des retombées industrielles pour tout un tissu de sous-traitants français, d’ArianeGroup à Thales. Une décision inverse, ou une fusion imposée à des conditions défavorables, rebattrait en revanche les cartes d’un secteur où la France a investi le plus, financièrement et industriellement, depuis le lancement du programme.

Ce dossier s’ajoute à une série d’arbitrages européens récents où la France défend une position industrielle acquise face à des concurrents allemands ou consortiums transnationaux, dans un contexte budgétaire où chaque euro du Fonds européen de la défense fait l’objet d’une concurrence accrue entre États membres. La décision attendue en novembre sera scrutée à ce titre bien au-delà du seul cercle des spécialistes de la défense antimissile.

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