La biotech dijonnaise Crossject, spécialiste français de l’auto-injection sans aiguille, a annoncé le 25 septembre 2026 l’entrée de trois nouveaux membres à son directoire, portant sa direction opérationnelle de deux à cinq personnes. Une recomposition qui intervient au moment précis où l’entreprise bascule d’une phase de développement pharmaceutique vers la production et la commercialisation de ses dispositifs médicaux d’urgence, un tournant industriel stratégique pour l’un des rares acteurs français positionnés sur ce segment technologique.
Un directoire élargi pour piloter l’industrialisation
Selon le communiqué diffusé via GlobeNewswire, Olivier Lacombe (directeur du développement pharmaceutique), Didier Morin (directeur industriel) et Lionel Seltz (directeur administratif et financier) rejoignent le directoire de Crossject, aux côtés du président Patrick Alexandre et de la directrice qualité et réglementaire Isabelle Liebschutz.
Olivier Lacombe, entré chez Crossject en 2021, apporte vingt et un ans d’expérience en développement pharmaceutique acquise notamment chez les Laboratoires Fournier, Abbott, Solvay et Inventiva ; il pilote le développement de la plateforme technologique ZENEO® ainsi que les dossiers qualité. Didier Morin, arrivé en 2023, cumule trente ans d’expérience industrielle, chez IDS et Axess Vision en particulier, et supervise désormais l’outil de production et la chaîne d’approvisionnement. Lionel Seltz, arrivé en janvier 2026, apporte pour sa part vingt-cinq ans d’expérience financière acquise chez Cegedim, IQVIA/IMS Health en Asie-Pacifique et le groupe Mars ; il prend en charge la finance, la trésorerie, le juridique, la propriété intellectuelle et les ressources humaines. Selon le communiqué, ce directoire élargi représente désormais cent quarante années d’expérience cumulée dans les secteurs pharmaceutique et médical.
Le renforcement dépasse les frontières françaises : David Pudwill rejoint la filiale Crossject US comme vice-président en charge des affaires réglementaires et scientifiques. Fort de vingt ans d’expérience réglementaire, dont neuf passés à la Food and Drug Administration américaine comme évaluateur de dispositifs médicaux, son profil illustre l’ambition de Crossject de sécuriser l’accès au marché américain pour ses produits.
« CROSSJECT change de nature : nous passons d’une société de développement à une société qui produit », a résumé Patrick Alexandre dans le communiqué. Un constat partagé par Philippe Monnot, pour qui « ces trois nominations donnent à CROSSJECT une direction complète, expérimentée et immédiatement opérationnelle ».
Une trajectoire financière qui se consolide
Cette recomposition de gouvernance a été annoncée le même jour que la publication des résultats semestriels 2026 de l’entreprise, cotée sur Euronext Growth Paris (ALCJ). La trésorerie s’établissait à 12,3 millions d’euros au 30 juin 2026, contre 5,1 millions fin 2025, portée par une augmentation de capital de 15 millions d’euros réalisée en mai. Les capitaux propres sont redevenus positifs, à 3 millions d’euros, contre -4,9 millions fin 2025, tandis que l’endettement net ajusté a été réduit de plus de moitié, à 7,8 millions d’euros. Le résultat net reste négatif, à -8,6 millions d’euros, la facturation liée au contrat avec l’agence américaine BARDA reculant à 2,5 millions d’euros sur le semestre, contre 6,6 millions un an plus tôt, un niveau que la direction attribue au rythme normal du développement en cours plutôt qu’à un signal négatif.
Sur le plan industriel, Crossject a investi 3,9 millions d’euros en immobilisations en cours au premier semestre, notamment pour la qualification d’équipements sur ses sites français, en vue des premières livraisons de son produit ZEPIZURE®, destiné au traitement d’urgence des crises épileptiques. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a délivré, à l’issue d’une inspection, un nouveau certificat de conformité aux bonnes pratiques de fabrication, et la certification ISO 13485 a été maintenue sur l’ensemble des sites tricolores.
Un cas d’école de souveraineté sanitaire et industrielle
Le parcours de Crossject illustre un pan encore peu visible de la politique française de souveraineté économique : celui des technologies médicales d’urgence. Basée à Dijon, l’entreprise a développé en propre la plateforme ZENEO®, un système d’auto-injection sans aiguille permettant à un patient ou à un soignant non formé d’administrer un traitement d’urgence, à travers les vêtements si nécessaire. Trois indications prioritaires sont visées : les crises épileptiques, l’insuffisance surrénalienne aiguë et les chocs anaphylactiques, autant de situations où la rapidité d’administration conditionne le pronostic vital.
Ce développement a bénéficié d’un soutien de l’État au titre du plan France 2030, à hauteur de 6,9 millions d’euros pour accélérer ZENEO® Adrénaline, un appui public typique des efforts de réindustrialisation pharmaceutique engagés depuis la crise sanitaire de 2020. Mais Crossject a surtout su transformer sa technologie en un actif exporté : le contrat conclu avec la BARDA américaine pour ZEPIZURE®, initialement fixé à 60 millions de dollars et pouvant atteindre 155 millions si toutes les options sont levées, a été consolidé le 23 septembre dernier avec un financement prolongé jusqu’en 2030, conformément aux attentes de la FDA. Une PME française de biotechnologie devenue fournisseur stratégique de l’agence fédérale américaine chargée de la préparation aux menaces biologiques et sanitaires : le cas mérite d’être suivi, autant pour ce qu’il dit de la capacité d’innovation médicale française que pour les enjeux de dépendance technologique qu’il soulève, dans un sens comme dans l’autre.


