L’Association française des investisseurs institutionnels (Af2i) a annoncé, le 25 septembre, la nomination de France Vassaux au poste de déléguée générale. Elle succède à Éric Sidot, en poste depuis mars 2022 et qui quitte l’organisation pour, selon l’association, « poursuivre de nouvelles missions ». Cette arrivée parachève en trois mois seulement le renouvellement complet de la gouvernance d’une structure qui, sans faire souvent la une, pèse directement sur l’un des débats économiques les plus sensibles du moment en France : l’orientation de l’épargne longue des assureurs, mutuelles et caisses de retraite vers le financement de l’économie nationale et européenne.
Une fédération qui représente près de 3 000 milliards d’euros d’encours
Fondée en 2002, l’Af2i fédère environ 85 membres actifs, à savoir des compagnies d’assurance, des mutuelles, des caisses de retraite, des institutions de prévoyance et des fondations, auxquels s’ajoutent des membres partenaires (sociétés de gestion, banques, courtiers, consultants), pour un total d’environ 180 organisations. Elle affirme représenter à elle seule 80 à 85 % des investisseurs institutionnels français, pour un encours cumulé d’environ 2 800 milliards d’euros, un montant qui avoisine le produit intérieur brut annuel de la France. C’est dire le poids de l’association dans les discussions entre pouvoirs publics, régulateurs (AMF, ACPR) et gestionnaires d’actifs sur la manière dont ce capital doit être investi, entre placements obligataires classiques, actifs non cotés, infrastructures ou, plus récemment, financement de la base industrielle et technologique de défense.
Une avocate spécialiste du private equity et de la finance durable
France Vassaux arrive à ce poste avec un parcours atypique pour la fonction. Avocate de formation, elle a dirigé pendant plusieurs années France Invest, l’association qui représente les acteurs français du capital-investissement, avant de rejoindre en 2022 le cabinet international Simmons & Simmons comme associée, où elle a développé une pratique centrée sur la finance durable, les critères ESG et la réglementation du private equity. Elle a ensuite fondé sa propre structure, Vassaux Avocat. Sa nomination à la tête de l’Af2i marque ainsi un rapprochement inédit entre deux mondes financiers qui se sont longtemps ignorés : celui du capital-investissement, longtemps perçu comme opportuniste par les investisseurs institutionnels les plus prudents, et celui des grands bilans d’assureurs et de caisses de retraite, contraints par des règles prudentielles strictes (Solvabilité II en tête).
Un renouvellement de gouvernance en trois mois
Cette nomination fait suite à un autre changement majeur intervenu au sein de l’association cet été. Le 18 juin 2026, Philippe Taffin avait été élu président de l’Af2i pour un mandat de trois ans, succédant à Hubert Rodarie. Diplômé d’HEC et de Paris-Dauphine, Philippe Taffin a construit sa carrière chez Axa IM, Crédit Agricole Asset Management devenu Amundi, puis chez Aviva Investors France, avant de rejoindre en 2021 la fédération France Assureurs comme directeur finance et investissements. Sa connaissance fine des contraintes réglementaires des assureurs et son carnet d’adresses dans la gestion d’actifs avaient alors été salués par la presse spécialisée comme des atouts pour porter la voix des investisseurs institutionnels auprès de Bercy et des régulateurs européens.
Une équipe stratégique pour un dossier hautement politique
L’arrivée conjointe de ces deux profils, complétée par un bureau qui compte notamment Olivier Mareuse (Caisse des dépôts), Florence Barjou (Crédit Agricole Assurances) et Olivier Guigné (CNP Assurances) comme vice-présidents, intervient à un moment charnière. Depuis plusieurs mois, l’exécutif multiplie les appels à mobiliser l’épargne institutionnelle française vers des actifs jugés stratégiques : infrastructures de transition énergétique, technologies de rupture, et de plus en plus, financement de l’effort de réarmement européen. Cette même semaine, BNP Paribas Asset Management a par exemple lancé un fonds obligataire baptisé « Europe Strategic Autonomy Bond », explicitement construit autour des piliers défense, infrastructures et résilience numérique, tandis que plusieurs grands assureurs français, dont Crédit Agricole Assurances, ont émis ces derniers jours de la dette destinée à renforcer leurs fonds propres réglementaires.
Dans ce contexte, l’Af2i occupe une position d’interface incontournable entre les pouvoirs publics, qui cherchent à canaliser cette épargne vers l’économie productive nationale et européenne, et ses membres, dont la priorité reste la sécurité et la rentabilité des engagements pris envers leurs assurés et cotisants. La nouvelle direction devra notamment se positionner sur l’absence persistante d’une taxonomie officielle de « l’autonomie stratégique », un flou que plusieurs observateurs jugent propice à des opérations de communication financière sans garantie d’impact réel sur le tissu industriel français. Le mandat de France Vassaux et Philippe Taffin s’annonce donc scruté de près, tant par les gestionnaires d’actifs que par les responsables publics engagés dans la relance de l’investissement de long terme en France.


