Cloud souverain : Softeam et IONOS s’allient pour les secteurs régulés

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Softeam, filiale numérique du groupe La Poste, et l’hébergeur allemand IONOS Cloud ont annoncé le 25 septembre 2026 un partenariat pour proposer aux entreprises françaises une offre de cloud hybride destinée aux secteurs les plus réglementés. Une alliance qui illustre, une fois de plus, la difficulté de bâtir une filière française du cloud de confiance sans s’appuyer sur des partenaires européens non hexagonaux.

Une offre hybride bâtie sur deux piliers

L’accord entre les deux entreprises repose sur un double mécanisme. D’une part, la co-commercialisation de l’infrastructure d’IONOS Cloud auprès de la base de clients de Docaposte, dont Softeam est la filiale conseil et intégration. D’autre part, le développement conjoint d’une solution multi-cloud fondée sur Kubernetes, venant enrichir l’offre hybride déjà commercialisée par Softeam.

L’ambition affichée est de permettre aux directions des systèmes d’information de conjuguer deux exigences longtemps jugées contradictoires : profiter des services cloud les plus récents, notamment pour l’intelligence artificielle, tout en garantissant l’hébergement et le traitement des données critiques dans un environnement européen. Les secteurs ciblés en priorité sont le secteur public, la banque et l’assurance, c’est-à-dire les activités soumises aux contraintes réglementaires les plus strictes en matière de localisation et de protection des données.

Olivier Rous, directeur général de Softeam, présente IONOS comme un «partenaire souverain d’infrastructure», une formule qui mérite d’être précisée tant le terme de souveraineté recouvre, en matière de cloud, des réalités très différentes selon l’acteur qui l’emploie.

Une souveraineté européenne, pas strictement française

IONOS Cloud n’est en effet pas une entreprise française. L’hébergeur, issu du groupe allemand United Internet et coté à la Bourse de Francfort, met en avant l’hébergement de ses données dans des centres européens, la conformité au RGPD, une protection revendiquée contre les lois extraterritoriales telles que le Cloud Act américain, ainsi que des certifications de sécurité allemandes : BSI C5 et BSI IT-Grundschutz, en plus de la norme internationale ISO 27001.

Ces garanties sont réelles et s’inscrivent dans la logique du règlement européen sur les données et des référentiels de cybersécurité de l’Union. Elles ne correspondent cependant pas à la définition française la plus stricte de la souveraineté numérique, celle portée par le label SecNumCloud de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, qui exige notamment une immunité totale vis-à-vis du droit extra-européen et un contrôle capitalistique très encadré. En choisissant un partenaire allemand plutôt qu’un hébergeur français, Softeam et Docaposte se positionnent sur le registre, plus large, de la souveraineté numérique européenne, distincte de la souveraineté strictement nationale que l’État français cherche à consolider depuis plusieurs années.

Un marché français du cloud de confiance toujours fragmenté

Cette alliance intervient alors que le paysage français du cloud réglementé reste éclaté entre plusieurs initiatives concurrentes. L’État a soutenu la constitution de deux offres labellisées ou en cours de qualification SecNumCloud : Bleu, coentreprise d’Orange et Capgemini adossée à la technologie de Microsoft Azure, et S3NS, coentreprise de Thales et Google Cloud. Docaposte porte de son côté, via sa participation dans Numspot aux côtés de Dassault Systèmes et Bouygues Telecom, un projet de cloud de confiance visant lui aussi la qualification SecNumCloud à l’horizon 2026. OVHcloud demeure, quant à lui, le seul hébergeur français d’envergure internationale à revendiquer une souveraineté capitalistique et technologique entièrement nationale.

Que Softeam, structure du même groupe que Numspot, choisisse en parallèle de s’associer à un hébergeur allemand pour ses offres hybrides destinées aux secteurs régulés en dit long sur la difficulté, pour les acteurs français, de couvrir seuls l’ensemble des besoins de leurs clients grands comptes, en particulier sur les briques d’infrastructure les plus avancées et les services liés à l’intelligence artificielle.

Un enjeu de souveraineté économique et industrielle

Pour Refrance, cet accord illustre une tension structurante de la politique française de souveraineté numérique. D’un côté, les pouvoirs publics et une partie de l’écosystem tech national poussent vers une autonomie stratégique fondée sur des technologies et des capitaux majoritairement français, comme en témoignent les exigences du label SecNumCloud. De l’autre, les entreprises, y compris celles adossées à des groupes publics comme La Poste, doivent composer avec une réalité industrielle où l’offre française pure ne couvre pas encore tous les segments de marché, notamment le cloud hybride packagé pour les secteurs réglementés.

Ce type de partenariat, qui associe un acteur public français à un hébergeur allemand plutôt qu’à un hyperscaler américain, reste néanmoins cohérent avec l’objectif d’ancrer davantage de données stratégiques sur le sol européen. Il rappelle toutefois que la bataille pour la souveraineté numérique française se joue aussi, et peut-être surtout, à l’échelle du marché unique européen, où la concurrence entre offres allemandes, françaises et autres reste vive pour capter les budgets des banques, des assureurs et des administrations en pleine migration vers le cloud.

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