La Commission européenne et la haute représentante ont présenté mardi 20 octobre une stratégie pour l’Arctique qui place la sécurité, les câbles sous-marins et les minerais critiques au premier plan. Reste à savoir qui paiera.
La Commission européenne a adopté, mardi 20 octobre, une communication conjointe intitulée « Europe’s Northern Neighbourhood: A New Strategy for the Arctic », présentée en conférence de presse par la haute représentante pour les affaires étrangères, Kaja Kallas. Elle succède à la stratégie de 2021. « The Arctic is changing fast », résume la Commission dans sa page d’information : le changement climatique, les tensions géopolitiques, la compétition stratégique, l’activité militaire et les nouvelles routes maritimes « are reshaping the Arctic’s security and economic landscape » (traduit de l’anglais).
Le texte s’organise autour de quatre priorités : la sécurité et la résilience, le climat, une économie sécurisée et les habitants de la région. L’Union rappelle qu’elle est elle-même un acteur arctique, avec plus d’un demi-million de citoyens au Danemark, en Finlande et en Suède.
Satellites Copernicus et Galileo, brise-glaces : l’arsenal annoncé par Kaja Kallas
Dans ses remarques publiées par le Service européen pour l’action extérieure, Kaja Kallas dresse un constat sans nuance. « Moscow has reopened Soviet-era bases and is testing new weapons in the region », déclare-t-elle (traduit de l’anglais), en citant aussi les incursions de drones, le brouillage GPS et le sabotage de câbles sous-marins. Elle ajoute que la flotte fantôme russe « puts shipping and the environment at risk ». Quant à Pékin, ses investissements dans les ports, les minerais et les infrastructures critiques « need careful scrutiny ».
Les mesures sont nombreuses. L’Union veut étendre ses systèmes satellitaires Copernicus et Galileo à la détection des menaces arctiques, créer un « Arctic Cable Hub » pour surveiller, protéger et réparer les infrastructures sous-marines, première étape possible vers un centre de sécurité maritime élargi. Elle explore aussi l’achat groupé de brise-glaces. « In the Arctic, icebreakers are the measure of power », affirme Kaja Kallas (traduit de l’anglais). La mobilité militaire par les ports, aéroports et corridors de transport de la région doit également être améliorée.
Seul chiffre avancé dans les remarques de la haute représentante pour le volet sécuritaire : 260 millions d’euros investis via le Fonds européen de défense dans des technologies adaptées, dont des aéronefs résistant aux environnements extrêmes, des textiles pour grand froid et des capteurs transhorizon. Elle précise que ces efforts restent « complementary to the Alliance’s role in collective defence », en référence à l’OTAN.
Far North Fibre, terres rares du Groenland : la bataille des ressources
Le volet économique vise les ressources et les routes. Kaja Kallas souligne que les matières premières critiques, l’énergie propre et les routes commerciales émergentes comptent pour la compétitivité européenne, et annonce l’accélération du projet Rail Nordica ainsi que l’ambition, à long terme, d’un câble de données pan-arctique.
Selon Euronews, la stratégie mise sur les gisements de terres rares, de graphite et de lithium de l’Arctique et du Groenland, avec des autorisations accélérées pour des projets en Norvège, en Finlande et en Suède. Le média détaille aussi le projet « Far North Fibre », qui relierait l’Europe, le Groenland et le Canada à l’Asie de l’Est, et une étude prospective sur les routes maritimes arctiques.
Sur le Groenland, la haute représentante annonce 200 millions investis dans les énergies renouvelables, les matières premières, la connectivité, le logement et les infrastructures (la retranscription ne précise pas la devise), ainsi qu’un projet de câble sous-marin sécurisé reliant l’île à l’Europe. Le dossier groenlandais, déjà évoqué sur Refrance à propos du « contrôle permanent » de Washington sur la sécurité de l’île, pèse sur l’ensemble du texte.
Pas de forage, pas de gaz arctique : la ligne du commissaire Jørgensen
L’énergie reste le point le plus tranché. Euronews rapporte que l’Union s’engage à ne pas forer d’hydrocarbures en Arctique ni à acheter de pétrole ou de gaz issus de nouveaux projets dans la région, un moratoire formel ayant été assoupli dans la version finale. Le commissaire à l’énergie, Dan Jørgensen, tient la même ligne : « La position de l’UE sur les forages en Arctique reste la même, et elle est très claire : le pétrole, le charbon et le gaz doivent rester dans le sol », cite le média.
Le texte consacre en parallèle les énergies renouvelables de la région (éolien, hydraulique, géothermie, hydrogène). Euronews cite par ailleurs la stratégie selon laquelle la coopération multilatérale « reste indispensable, mais elle ne peut plus constituer le seul fondement de l’approche arctique de l’Union européenne ». Un nouveau cadre, le « Voisinage du Nord », doit associer la Norvège, l’Islande, le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis, avec des sommets réguliers sur le modèle de celui de Rovaniemi, en septembre.
Le « Cable Hub » sans calendrier ni budget
Un journaliste a posé la question qui fâche : certains observateurs soulignent l’absence de budget, de plan d’achat de brise-glaces et de calendrier opérationnel pour le hub de câbles. Réponse de Kaja Kallas : « It is true that the MFF discussions are ongoing, for the future » (traduit de l’anglais), les négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel n’étant pas closes. Le seul livrable concret qu’elle cite à court terme : la mise à niveau des satellites pour couvrir l’Arctique.
Interrogée sur une éventuelle présence européenne de surveillance au Groenland, compte tenu de la fiabilité jugée déclinante des alliés américains, la haute représentante renvoie aux futurs hubs et précise que l’Union reste ouverte aux États-Unis « if they so wish ».
