Chapô. Le groupe clermontois a publié mardi 20 octobre un chiffre d’affaires de 19,2 milliards d’euros sur neuf mois, en hausse de 1,0 % à changes constants, et confirmé ses objectifs annuels. En toile de fond : les mesures antidumping européennes contre les pneus chinois et une première usine de 5-HMF attendue en France début 2027. Explications.
Le groupe Michelin a publié, mardi 20 octobre à Clermont-Ferrand, son information financière au 30 septembre 2026. Sur les neuf premiers mois de l’année, le chiffre d’affaires s’établit à 19 175 millions d’euros, contre 19 275 millions d’euros un an plus tôt, soit un recul de 0,5 % en données publiées. À parités de change constantes, les ventes progressent de 1,0 %, et de 0,1 % à périmètre et changes constants.
Le troisième trimestre marque une accélération : + 2,2 % à changes constants et + 0,8 % à périmètre et changes constants. « Michelin confirme sa Guidance annuelle », précise le communiqué, soit une croissance du résultat opérationnel des secteurs à taux de change et périmètre constants par rapport à 2025 et un cash-flow libre avant M&A supérieur à 1,6 milliard d’euros.
Antidumping de Bruxelles : les importations chinoises ralentissent depuis juillet
Le passage le plus politique du document concerne le marché européen du remplacement pour les véhicules de tourisme. Le marché sell-in y recule de 1 % sur neuf mois et de 3 % au troisième trimestre. Selon Michelin, cette évolution « ne traduit pas une baisse de la mobilité ». Elle reflète « un net ralentissement des importations de pneumatiques à bas prix en provenance d’Asie ».
Le groupe en donne la raison : la mise en place, à partir de juillet, de mesures antidumping par la Commission européenne à l’encontre des pneumatiques produits en Chine a conduit les distributeurs à constituer des stocks au premier semestre, avant de freiner ces flux à partir de l’été. Les stocks des distributeurs sont désormais au niveau normatif, sauf pour les pneus importés à bas prix, dont les niveaux restent élevés et « prendront du temps à se normaliser », indique le communiqué.
Les marques d’entrée et de milieu de gamme restent exposées. Les ventes Tier 2 progressent légèrement en Europe grâce à Kleber, mais les activités Tier 2 en Amérique du Nord et Tier 3 dans les principales régions demeurent pénalisées par « une concurrence toujours soutenue des importations de pneumatiques à bas prix en provenance d’Asie ». En première monte, le marché automobile européen est stable, mais la pression des véhicules importés d’Asie « continue de limiter la production locale ».
La marque MICHELIN à + 4 % en remplacement, les volumes totaux à – 0,8 %
Au total, les volumes de pneumatiques reculent de 0,8 % sur neuf mois, principalement en raison de la première monte. Le remplacement se montre plus solide : les volumes de la marque MICHELIN y progressent de 4 % à fin septembre, portés par les dimensions de 18 pouces et plus et par la gamme Primacy 5 Energy.
L’effet prix-mix est favorable de 1,1 %, dont 1,6 % d’effet mix. L’effet prix, négatif sur la période, redevient positif au troisième trimestre grâce aux hausses de tarifs passées à la fin du deuxième trimestre « pour accompagner la hausse des coûts d’achat des matières premières générée par le conflit au Moyen-Orient ». Le change coûte, de son côté, 300 millions d’euros sur la période, en raison de la dépréciation du dollar au premier semestre.
Par segment, le Consommateur recule de 1,0 % à 10 397 millions d’euros et le Transport de 3,7 % à 4 342 millions d’euros. En Amérique du Nord, la reprise des commandes de camions « Class 8 » soutient toutefois la première monte au troisième trimestre. Les Spécialités s’établissent à 3 287 millions d’euros (- 0,9 %), avec une activité Défense en progression, regroupée sous l’initiative « Michelin Life Protecting ».
Cooley, Flexitallic, TexTech : 179 millions d’euros d’effet périmètre
Le segment Polymer Composite Solutions bondit de 21,9 % à 1 149 millions d’euros, grâce à la consolidation de Cooley Group et de Flexitallic au premier semestre, puis de TexTech à partir du 1er juillet. Ces trois acquisitions apportent un effet périmètre de 179 millions d’euros, qui surcompense la cession en 2025 des activités compact line à CEAT. Hors périmètre, le segment recule de 2,7 % en raison des convoyeurs, freinés par la prudence des clients miniers, notamment en Australie. Refrance avait suivi l’acquisition de Flexitallic par Michelin dans les matériaux de haute performance.
Péage-de-Roussillon : 3 000 tonnes de 5-HMF attendues début 2027
Le communiqué trimestriel consacre aussi quelques lignes à la chimie biosourcée. MICHELIN ResiCare a signé un partenariat avec IMCD Europe pour la distribution du 5-HMF en Europe et engagé des discussions exclusives avec Axens pour son déploiement mondial. « Située en France, la première unité de production industrielle entrera en service début 2027 », précise le document.
Le site avait été dévoilé dans un communiqué commun de Michelin ResiCare et d’Axens du 8 juillet : l’unité sera implantée à Péage-de-Roussillon, avec une capacité d’environ 3 000 tonnes par an, et bénéficie du soutien de l’ADEME en France et du CBE JU en Europe. Le procédé, développé avec IFP Energies nouvelles depuis 2021, produit cette molécule à partir de fructose. Elle doit servir d’alternative au formaldéhyde et au résorcinol dans les résines adhésives. « Nous sommes convaincus que le 5-HMF a vocation à devenir une molécule plateforme de référence pour la chimie durable », affirmait alors Laurent Lemonnier, directeur général de Michelin ResiCare.
Biotech Open Platform : plus de 20 millions d’euros à Clermont-Ferrand
Dans la capitale auvergnate, Biotech Open Platform, créée il y a deux ans par Danone, Michelin, DMC Biotechnologies, le Crédit Agricole Centre France, Clermont Auvergne Innovation et Greentech, a inauguré sa plateforme industrielle de biotechnologies. Plus de 20 millions d’euros ont été investis dans une première phase, destinée à faire passer la fermentation avancée « du laboratoire à l’échelle industrielle », selon le communiqué.
