Le fabricant vauclusien de boîtiers hermétiques pour l’électronique de défense a publié, lundi 19 octobre, des résultats semestriels en net redressement. Sa filiale française tire le groupe, mais la cyberattaque du 6 octobre et la faiblesse des fonds propres laissent le second semestre sous surveillance. Explications.
Egide a publié lundi 19 octobre 2026, à 8 heures, ses résultats au 30 juin. Le groupe de Bollène (Vaucluse), coté sur Euronext Growth Paris, ramène sa perte nette à 0,87 million d’euros, contre 2,04 millions d’euros un an plus tôt, et réduit son endettement financier net à 4,99 millions d’euros. Les comptes, arrêtés le vendredi 16 octobre par le conseil d’administration présidé par Philippe Bensussan, ne sont pas audités.
« Au premier semestre 2026, nous avons réduit notre perte nette de plus de moitié, grâce à la croissance d’Egide SA et à une meilleure maîtrise de nos charges », se félicite Ignace Dupon, directeur général du groupe, dans le communiqué. Le dirigeant ajoute que ces résultats « confortent notre recentrage sur les applications critiques à forte intensité technologique et la rationalisation de notre dispositif américain autour d’Egide USA ».
Egide SA, 10,03 millions d’euros et 28 % de croissance
Egide fabrique des boîtiers et des solutions d’interconnexion hermétiques destinés aux composants électroniques sensibles. Ses débouchés se situent sur des marchés à fortes barrières technologiques : imagerie thermique, optronique, hyperfréquence, électronique de puissance. Le groupe se présente comme le « seul acteur global dédié » de ce créneau, avec des usines en France et aux États-Unis.
Le chiffre d’affaires consolidé atteint 15,20 millions d’euros, en repli de 2,4 % en données publiées mais en hausse de 0,7 % à taux de change constants. Derrière cette quasi-stabilité, les trajectoires divergent nettement. La société mère française, Egide SA, voit son activité progresser de 28 %, à 10,03 millions d’euros. Son EBITDA atteint 2,05 millions d’euros et son résultat net 2,01 millions d’euros.
Le communiqué attribue cette performance au « dynamisme des applications critiques, notamment l’imagerie thermique », ainsi qu’à un meilleur levier opérationnel. Le groupe indique poursuivre son recentrage « sur les marchés stratégiques de la Défense et de l’Aérospatial ». Le poids de ce segment avait déjà été mesuré lors de la publication du chiffre d’affaires semestriel : selon Option Finance, l’imagerie thermique avait progressé de 23 %, à 8,38 millions d’euros, soit 55 % du chiffre d’affaires du groupe. Le même article relevait une hausse de 38 % en Asie et dans le reste du monde, à 5,01 millions d’euros, et de 9 % en Europe, à 5,66 millions d’euros.
Egide USA en recul de 33 %, Santier fermé fin août
L’Amérique du Nord reste le point faible. Egide USA enregistre un chiffre d’affaires de 3,80 millions d’euros, « en recul de 33 % en données publiées et de 29 % à taux de change constants ». Une baisse qui « résulte principalement de décalages de calendrier sur certains programmes clients », précise le communiqué. La filiale affiche un résultat net négatif de 1,25 million d’euros.
Quant à Santier, l’autre site américain du groupe, sa production a été arrêtée fin avril 2026 et sa fermeture effective réalisée fin août. Les comptes intègrent une dépréciation exceptionnelle de ses immobilisations de 0,18 million d’euros. Hors Santier, l’EBITDA du groupe atteint 1,25 million d’euros, contre 0,5 million d’euros un an auparavant, et le résultat net redevient positif, à 0,77 million d’euros.
Les activités d’assemblage de boîtiers de Santier sont transférées vers le site de Cambridge. À la date du communiqué, des clients représentant environ 55 % du chiffre d’affaires 2025 de Santier ont donné leur accord de principe à cette évolution. Leur contribution n’est pas attendue avant 2027.
Les difficultés américaines ne datent pas d’hier. Au premier semestre 2022 déjà, Egide USA reculait de 20,5 % sur fond de difficultés de recrutement et d’approvisionnement, et le groupe affichait une perte nette de 2,016 millions d’euros, rappelait alors L’Écho du mardi.
Cyberattaque du 6 octobre : reprise progressive à Bollène depuis le 15
Le semestre se referme sur un incident qui pèse sur la suite. Le groupe rappelle avoir été affecté, le mardi 6 octobre, « par une cyberattaque menée par l’intermédiaire d’un prestataire informatique externe ». Annoncé par communiqué le 9 octobre, cet incident, qui avait conduit à l’arrêt partiel du site de Bollène après une cyberattaque passée par un prestataire, « est susceptible d’avoir affecté certains systèmes du site de Bollène ».
Le groupe « confirme la reprise progressive, depuis le 15 octobre, des activités suspendues par mesure de prévention sur son site de Bollène ». Les perspectives annuelles en dépendent directement : sous réserve de la poursuite du rétablissement des capacités opérationnelles à Bollène, l’exercice 2026 d’Egide SA « devrait ressortir en croissance par rapport à 2025 ».
Fonds propres d’Egide SA : une reconstitution à mener
Par ailleurs, la structure financière reste fragile. Les capitaux propres consolidés s’établissent à 2,315 millions d’euros au 30 juin, contre 3,247 millions d’euros fin 2025. La trésorerie, elle, progresse de 0,80 million d’euros, à 2,78 millions d’euros.
Lors de l’assemblée générale mixte du jeudi 10 septembre, les actionnaires ont approuvé l’ensemble des résolutions, à l’exception de la 18e, relative à une augmentation de capital réservée aux adhérents d’un plan d’épargne entreprise, qui a été rejetée. Les capitaux propres d’Egide SA étant inférieurs à la moitié du capital social, l’assemblée a décidé de ne pas prononcer la dissolution anticipée de la société, en application de l’article L. 225-248 du Code de commerce. « Egide SA est tenue de reconstituer ses capitaux propres dans le délai légal », rappelle le communiqué.
Le groupe signale enfin que « l’évolution de la situation au Moyen-Orient reste un facteur d’attention », en raison de ses effets potentiels sur certaines zones et certains clients exposés. Prochain rendez-vous : le chiffre d’affaires annuel 2026, attendu le 29 janvier 2027.
