L’opérateur satellitaire Eutelsat a publié jeudi 29 octobre son chiffre d’affaires du premier trimestre 2026-27. La constellation européenne IRIS² entre dans sa phase de construction et fait bondir le carnet de commandes à 12,1 milliards d’euros, tandis que l’activité historique de diffusion vidéo poursuit son repli. Explications.
Eutelsat Communications a publié jeudi 29 octobre, en fin d’après-midi, son information financière pour le premier trimestre de l’exercice 2026-27, clos le 30 septembre. Le chiffre d’affaires total de l’opérateur, coté à Paris et à Londres, ressort à 286 millions d’euros, en repli de 2,4 % sur une base publiée et de 0,9 % en données comparables, apprend-on dans un communiqué du groupe.
Le chiffre d’affaires des quatre activités opérationnelles (vidéo, services aux gouvernements, connectivité fixe et connectivité mobile) s’établit à 278,3 millions d’euros, en recul de 2,1 % à taux de change et périmètre constants. Un niveau inférieur aux attentes : selon Reuters, repris par Zonebourse, le consensus d’analystes compilé par le groupe tablait sur 291 millions d’euros. Eutelsat juge pour sa part ces performances conformes à ses attentes et confirme l’ensemble de ses objectifs financiers.
IRIS² : fin du « Rendez-vous 1 » et 8,9 milliards d’euros de travaux
L’essentiel de l’annonce tient dans une ligne nouvelle du compte de résultat. À l’issue des négociations du « Rendez-vous 1 », le programme IRIS² est entré dans sa phase de construction, marquant le passage de la conception au déploiement industriel, précise le communiqué. Le carnet de commandes du groupe intègre désormais 8,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires futur liés aux travaux de construction, à comptabiliser principalement entre 2027 et 2031. Un premier revenu de 5,1 millions d’euros a été enregistré sur le trimestre, appelé à « connaître une hausse significative » au fil de l’exercice.
Ainsi, le carnet de commandes atteint 12,1 milliards d’euros au 30 septembre 2026, contre 3,4 milliards au 30 juin. Hors IRIS², les carnets de la connectivité (1,9 milliard) et de la vidéo (1,2 milliard) ont légèrement diminué, ce qui correspond selon le groupe à leur « évolution naturelle ». Pour mémoire, le chiffre d’affaires total de l’exercice 2025-26 s’élevait à 1 235,9 millions d’euros.
Chef de file du segment en orbite basse, Eutelsat aura la charge de la conception, du déploiement et de l’exploitation de la constellation LEO d’IRIS² : 264 satellites à double bande Mil-Ka/Ku et 66 satellites en bande Mil-Ka, soit 330 satellites au total. Les premiers satellites opérés exclusivement en bande Ka seront lancés à partir de 2029, et la constellation commerciale en bande Ku doit être pleinement opérationnelle d’ici la mi-2032. Un dossier déjà évoqué dans nos colonnes avec le lancement des satellites IRIS² par Airbus.
3,39 milliards d’euros d’investissements pour plus de 10 milliards de revenus visés
La facture n’est pas mince. Entre 2027 et 2034, Eutelsat consacrera 2,23 milliards d’euros aux infrastructures partagées du programme et 1,16 milliard d’euros supplémentaires à ses propres infrastructures commerciales. En contrepartie, l’opérateur disposera de plus du double des capacités actuelles de OneWeb, ce qui devrait générer, selon ses estimations, plus de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires opérationnel sur la période 2032-2040.
Par ailleurs, Eutelsat entend renforcer sa constellation OneWeb jusqu’en 2034 avec 229 satellites supplémentaires, qui s’ajoutent aux 440 satellites Gen1 déjà commandés, pour un investissement d’environ 1 milliard d’euros. Une autorisation de démarrage des activités industrielles a été signée en septembre avec Airbus Defence and Space. Le groupe a également réservé deux lancements dédiés sur Ariane 6, programmés en 2027 et 2028. L’enveloppe d’investissement d’environ 4 milliards d’euros sur la période 2026-29 reste inchangée.
Vidéo à 110 millions d’euros, Russie et rationalisation des capacités
Quant à l’activité historique, elle continue de s’éroder. La vidéo, qui pèse encore 40 % du chiffre d’affaires opérationnel, recule de 17,8 % à 110 millions d’euros. En cause, l’effet différé de renouvellements de contrats récents, la rationalisation des capacités par certains clients et la résiliation des contrats portant sur les satellites russes Express AT1 et AT2. Le groupe anticipe une atténuation progressive de cette baisse, malgré le renouvellement de partenariats avec Record au Brésil, A1 Group en Europe centrale et orientale et Télédiffusion d’Algérie.
De son côté, la connectivité (60 % du chiffre d’affaires) progresse de 11,9 % à 168,3 millions d’euros. Le moteur reste l’orbite basse : les revenus LEO bondissent de 30,1 % à 70,9 millions d’euros, quand la connectivité GEO progresse de 1,6 % à 97,4 millions. La connectivité mobile s’envole de 38,1 % à 48,3 millions d’euros, portée par l’aéronautique, alors que la connectivité fixe recule de 4,7 % à 59,7 millions.
NEXUS, Ukraine et Groenland : les services aux gouvernements à +14,3 %
Les services aux gouvernements atteignent 60,3 millions d’euros, en hausse de 14,3 %. Le communiqué cite les revenus du marché subséquent CENTAURE, conclu dans le cadre de l’accord-cadre NEXUS d’un milliard d’euros signé avec le ministère des Armées, les services déployés en Ukraine et une « demande accrue de services de connectivité souverains ». Eutelsat participe en outre au projet de connectivité satellitaire pour le Groenland, soutenu par l’Union européenne, le gouvernement groenlandais et le Danemark.
En revanche, la comparaison séquentielle est plus rude : par rapport au quatrième trimestre 2025-26, gonflé par des revenus de rattrapage, le chiffre d’affaires des activités opérationnelles baisse de 18,6 % en données comparables.
Pour l’exercice 2026-27, Eutelsat vise une croissance des revenus LEO supérieure à 30 %, une légère hausse du chiffre d’affaires opérationnel, une marge d’EBITDA globalement stable et des investissements bruts d’environ 1,2 milliard d’euros. À horizon 2028-29, le groupe maintient un chiffre d’affaires opérationnel compris entre 1,5 et 1,7 milliard d’euros et une marge d’EBITDA supérieure à 60 %. Les actionnaires se réuniront en assemblée générale le 26 novembre, avant la publication des résultats semestriels le 12 février 2027.

