Législatives serbes : Paris félicite la Liste étudiante et demande la lumière sur les irrégularités

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Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a salué mardi 27 octobre la victoire de la Liste étudiante aux législatives anticipées serbes du 25 octobre, tout en demandant à Belgrade d’éclaircir les irrégularités signalées par l’OSCE. Le même jour, Jean-Noël Barrot en a tiré une leçon à usage intérieur. Explications.

« La France félicite la Liste étudiante pour sa victoire. » Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a pris acte, mardi 27 octobre, du basculement politique intervenu en Serbie deux jours plus tôt, dans une déclaration publiée sur le site France Diplomatie. Paris y « salue la mobilisation historique des citoyennes et des citoyens serbes, qui témoigne de leur engagement démocratique ».

Le Quai d’Orsay ne s’en tient pas aux félicitations. La France « appelle les autorités serbes à faire toute la lumière sur les irrégularités signalées par l’OSCE et plusieurs organisations indépendantes », précise le communiqué, sans détailler la nature de ces irrégularités.

Liste étudiante : 52,9 % des voix et 140 sièges sur 250

Selon les projections des instituts Ipsos et CeSID, établies après le dépouillement de 96 % des bulletins et rapportées par le Courrier des Balkans, la Liste étudiante recueille 52,9 % des voix, contre 38,8 % pour Serbie unie, la liste d’Aleksandar Vučić. Elle obtiendrait 140 des 250 sièges du Parlement, contre 103 pour le camp présidentiel. La participation est estimée à 69,3 %, contre 58,8 % aux législatives de décembre 2023. Aucune des seize autres listes ne franchit le seuil de 3 %.

Président sortant et candidat au poste de Premier ministre, Aleksandar Vučić a reconnu sa défaite environ une heure après la fermeture des bureaux de vote, avant tout résultat officiel. « Il est clair que nous avons perdu ces élections », a-t-il déclaré, selon le même média. Son Parti progressiste serbe (SNS) passe dans l’opposition pour la première fois depuis près de quatorze ans, relève Euronews.

Le scrutin vient clore deux années d’intense mobilisation contre le pouvoir. En toile de fond, le Courrier des Balkans rappelle l’effondrement de l’auvent de la gare de Novi Sad, le 1er novembre 2024, qui a fait seize morts. La Liste étudiante est conduite par Ilija Srdanović, cardiologue et professeur à la faculté de médecine de Novi Sad. Les étudiants ont, selon le média, « refusé de se placer sous la direction des partis existants ».

De Belgrade à Bruxelles, le « cheminement » vers l’Union européenne

Le communiqué français place d’emblée la relation sur le terrain européen. « Les autorités françaises se tiennent prêtes à œuvrer à l’approfondissement de notre coopération bilatérale et à accompagner, avec ses partenaires, les futures autorités serbes dans les réformes nécessaires au cheminement du pays vers l’Union européenne », souligne le Quai d’Orsay.

Du côté des vainqueurs, la feuille de route va dans le même sens. Dans un entretien accordé à Radio Free Europe et traduit par le Courrier des Balkans, Ilija Srdanović fixe comme priorités la relance de l’intégration européenne, le renforcement de l’État de droit et de la liberté des médias, ainsi que la rupture avec un système où un seul homme décidait de l’orientation du pays.

À Bruxelles, le président du Conseil européen António Costa, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen et la commissaire à l’élargissement Marta Kos ont adressé leurs félicitations aux vainqueurs, selon Euronews.

Les 12 Rafale de 2024 et la question russe

Pour Paris, la Serbie n’est pas un partenaire comme les autres. En août 2024, Emmanuel Macron et Aleksandar Vučić avaient annoncé à Belgrade la vente de 12 Rafale de Dassault Aviation pour 2,7 milliards d’euros, selon Bloomberg. L’agence y voyait un contrat destiné à ancrer la Serbie à l’Europe, et des accords susceptibles d’ouvrir la voie à des travaux d’EDF et d’Alstom dans le pays.

La défaite de l’homme qui avait signé ce rapprochement rebat les cartes. Selon Euronews, Aleksandar Vučić s’attend à ce que la Serbie, sous ses nouvelles autorités, adopte des sanctions contre la Russie. Le président sortant a aussi averti que le résultat pourrait envoyer un signal négatif aux investisseurs, alors que l’attraction des capitaux étrangers constituait un pilier central de sa politique économique.

Reste à former un gouvernement. La nouvelle majorité devra, souligne Euronews, reconstruire les institutions et définir ses politiques sur l’économie, les affaires étrangères et l’intégration européenne. Aucun calendrier n’a encore été rendu public.

Jean-Noël Barrot : « la démocratie n’a pas dit son dernier mot »

Le même mardi, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères a associé le scrutin serbe à l’élection au Brésil, tenue le même dimanche. En réponse à Bruno Fuchs, Jean-Noël Barrot estime que « les élections en Serbie et au Brésil en ont fait la démonstration éclatante : la démocratie n’a pas dit son dernier mot ».

En Serbie, « c’est une génération qui s’est levée, qui a refusé la fatalité », affirme le ministre, pour qui la France a vocation à nouer avec ces deux peuples des liens toujours plus étroits « au service de nos intérêts pour défendre la souveraineté de nos pays ».

Le chef de la diplomatie a conclu sur un registre plus domestique : « Une élection n’est ni gagnée ni perdue jusqu’à l’ouverture des urnes. Voilà une leçon qu’à mon avis, certains d’entre nous feraient bien de méditer. »

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