Luiz Inácio Lula da Silva a remporté le second tour de la présidentielle brésilienne dimanche 25 octobre, mais son rival Flávio Bolsonaro conteste le scrutin et les marchés ont sanctionné le résultat dès lundi. Réactions en chaîne.
Le président sortant du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva (PT), 81 ans, a été réélu dimanche 25 octobre pour un quatrième mandat. Avec 64 256 232 voix valides, soit 51,79 %, il devance Flávio Bolsonaro (PL), crédité de 59 826 041 voix (48,21 %), selon la totalisation à 100 % des urnes relayée par le Tribunal régional électoral de São Paulo. L’écart dépasse 4,4 millions de suffrages.
Un scrutin serré, une abstention en repli
Le vice-président est Geraldo Alckmin (PSB), côté Lula, et Alfredo Gaspar (PL), côté Flávio Bolsonaro. Dans l’État de São Paulo, le candidat du PL l’emporte avec 14 139 178 voix valides (53,85 %), alors que Lula s’impose dans la capitale paulista avec 3 864 354 voix (55,5 %). Le tribunal résume : « O presidente venceu na capital e perdeu no interior de SP » (traduit du portugais).
L’abstention s’établit à 19,8 % dans l’État de São Paulo, contre 21,07 % au second tour de 2022, précise le tribunal. Au plan national, Euronews la situe à 19 %, contre 21 % au premier tour.
La prolongation de deux heures qui nourrit la contestation de Flávio Bolsonaro
La soirée a été chaotique. Selon Euronews, le vote a été prolongé de deux heures, décision prise à la dernière minute. Lula avait demandé ce délai après avoir dénoncé le retrait de bus dans plusieurs villes, Flávio Bolsonaro en réclamant lui aussi un, en raison de fortes pluies, avant de juger ensuite la mesure « inacceptable », rapporte le média.
Le candidat du PL refuse de reconnaître sa défaite. Dans un discours à Brasília, il déclare, selon la traduction d’Euronews : « Il est impossible de reconnaître ces résultats. Je vais demander l’annulation de ces élections. » Dans une vidéo diffusée lundi, Euronews indique qu’il a affirmé avoir reçu l’interdiction de quitter le Brésil et la notification de remettre ses passeports. Il a aussi annoncé qu.il allait « organise the opposition » (en anglais dans le texte du média).
Son père, Jair Bolsonaro, purge de son côté une peine de 27 ans de prison pour tentative de coup d’État après sa défaite de 2022, rappelle Euronews.
Donald Trump et le soupçon de « rigged election »
À Washington, le ton est différent. Lundi 26 octobre, Donald Trump a déclaré devant la presse que le vote « looked terrible » et ressemblait à « another rigged election », sans fournir de preuve, selon Euronews. Interrogé sur sa position, il a affirmé : « I didn’t take sides. » Il a ajouté : « Elections have to be indisputable, and it looked very bad to me » (propos traduits de l’anglais : « je n’ai pas pris parti », « les élections doivent être incontestables, et cela m’a paru très mauvais »).
En Europe, c’est un autre registre. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, écrit : « La démocratie et le multilatéralisme ont gagné au Brésil. » António Costa, président du Conseil européen, souligne : « Le peuple brésilien s’est exprimé », rapporte Euronews. Emmanuel Macron écrit : « Face aux grands défis de notre époque, renforçons notre partenariat stratégique ».
L’Ibovespa à 176 608,23 points, le real à la peine
Les marchés ont réagi sans attendre. Selon Économie Matin, l’Ibovespa, l’indice de référence de la Bourse de São Paulo, a clôturé lundi 26 octobre en baisse de 13,88 %, à 176 608,23 points. La plateforme B3 a suspendu les échanges pendant 30 minutes après le déclenchement d’un coupe-circuit. Le dollar a gagné plus de 8 % face au real, qui a perdu environ 8,1 % à la clôture d’après les chiffres de Reuters cités par le média.
Le média ajoute que le taux directeur de la banque centrale reste à 13,75 %, que la dette publique dépasse 82 % du PIB et que le Trésor a annulé deux adjudications d’obligations prévues dans les jours suivants. Il précise qu’« aucun programme budgétaire détaillé du nouveau gouvernement ne peut encore être déduit de la seule réaction boursière ». Les exportateurs, eux, ont profité de la dépréciation de la monnaie.
Mercosur et terres rares : ce que l’Europe regarde à Brasília
Pour l’Union européenne, l’enjeu dépasse la politique intérieure. L’accord commercial avec le Mercosur, signé en janvier 2026 et appliqué à titre provisoire depuis le 1er mai selon Économie Matin, était menacé : Bruxelles craignait que Flávio Bolsonaro n’appelle le Brésil à se libérer des « chaînes » du Mercosur, d’après Euronews. La campagne de Lula avait au contraire mis en avant la souveraineté face aux pressions commerciales et diplomatiques américaines : « Soit la patrie reste libre, soit nous mourons pour le Brésil », avait-il lancé, rapporte le média.
Le sous-sol brésilien reste aussi dans le viseur des industriels, comme l’a montré le rachat de Meteoric par Lynas pour accéder au gisement de terres rares de Caldeira. La suite se jouera vite : Flávio Bolsonaro a dit qu’il demanderait l’annulation du scrutin, et la Bourse de São Paulo rouvre ce mardi 27 octobre.
