Start-up françaises : les exportations franchissent un nouveau record, mais la deeptech vacille financièrement

Table des matières

La Banque de France a publié le 25 septembre son étude annuelle sur la situation financière des start-up françaises. Le constat, largement relayé cette semaine par l’AFP et la presse économique, se veut rassurant : l’écosystème conserve, selon l’institution, une « belle dynamique », portée notamment par une percée à l’export. Mais le détail des chiffres, disponibles dans le rapport complet, dessine une réalité plus contrastée, en particulier pour les jeunes pousses les plus stratégiques du point de vue de la souveraineté technologique.

Un record à l’export qui traduit une influence économique grandissante

Le chiffre le plus commenté est celui des exportations : 8,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisés hors des frontières en 2025, contre 7,5 milliards en 2024, soit une progression de 13,8 %. Désormais, 66,1 % des start-up étudiées vendent à l’étranger, contre 63,1 % un an plus tôt, et le taux d’exportation moyen atteint 28,7 % du chiffre d’affaires global.

Certains secteurs tirent particulièrement cette dynamique. Le tourisme et les loisirs affichent un taux d’exportation de 54,2 %, la martech (marketing digital) de 43,9 %, la fintech de 33,6 % et le logiciel de 32,6 %. Le commerce en ligne progresse le plus fortement, avec un taux d’exportation en hausse de 6,4 points, à 29,4 %.

Pour Refrance, cette percée mérite d’être lue comme un indicateur de souveraineté économique au sens large : chaque euro de chiffre d’affaires généré à l’étranger par une entreprise française renforce l’influence commerciale du pays et réduit, en théorie, sa dépendance à la seule demande intérieure. L’échantillon étudié par la Banque de France, 2 640 start-up disposant d’un chiffre d’affaires supérieur à 750 000 euros ou ayant levé plus de 3 millions d’euros, a généré au total 29,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en hausse de 11,6 %, un rythme largement supérieur à celui des PME classiques (+1,5 %) ou des ETI.

Une rentabilité qui progresse, mais reste fragile

L’amélioration ne se limite pas aux ventes à l’étranger. La part des start-up bénéficiaires au niveau de l’exploitation atteint 39,8 %, contre 37,5 % en 2024, et le poids cumulé des pertes d’exploitation recule à 12,3 % du chiffre d’affaires, contre 21,3 % trois ans plus tôt. Les effectifs progressent de 2,2 %, à environ 120 900 salariés.

Ces progrès ne doivent toutefois pas masquer une fragilité persistante. Six start-up sur dix restent déficitaires, pour un total cumulé de 4,62 milliards d’euros de pertes. La trésorerie globale recule de 3,9 %, à 11,1 milliards d’euros, et sa durée médiane de couverture tombe à 57 jours de chiffre d’affaires, contre 69 jours un an plus tôt. Autrement dit, l’écosystème gagne en efficacité commerciale mais consomme plus vite ses réserves.

Le financement en capital, lui, marque le pas : les levées de fonds reculent de 5 %, à 7,4 milliards d’euros, pour 618 opérations, contre 723 en 2024. La Banque de France souligne elle-même que, sans la levée exceptionnelle de Mistral AI (1,7 milliard d’euros), le recul aurait atteint 26 %. Ce constat illustre une concentration croissante du financement autour de quelques opérations de grande ampleur, essentiellement dans l’intelligence artificielle, une fragilité structurelle pour un écosystème censé irriguer largement l’innovation nationale.

La deeptech, secteur le plus stratégique, est aussi le plus fragile

C’est sur le segment deeptech, celui qui regroupe les 271 start-up exploitant des innovations issues de la recherche scientifique ou de ruptures technologiques (intelligence artificielle, quantique, biotechnologies, semi-conducteurs), que le rapport invite à la plus grande prudence. Ce sous-ensemble, pourtant central dans les ambitions de souveraineté technologique française, affiche un résultat d’exploitation négatif équivalent à 49 % de son chiffre d’affaires cumulé, et 73,8 % de ses entreprises sont déficitaires, contre 60,2 % pour l’ensemble des start-up.

Sa trésorerie recule de 6,7 %, tandis que son recours à l’emprunt obligataire, souvent des financements relais de court terme, bondit de 194 %, la plus forte progression de toutes les catégories de financement étudiées. Ce basculement vers la dette de marché, dans un secteur qui a historiquement besoin de capitaux patients pour financer une recherche longue et risquée, interroge sur la capacité de la deeptech française à financer son développement sans recourir de façon croissante à des investisseurs extérieurs, qu’il s’agisse de fonds de dette ou, à terme, de capitaux étrangers.

L’Île-de-France concentre plus de la moitié du chiffre d’affaires deeptech national et 37,3 % des entreprises du secteur, une centralisation qui limite la diversification des risques et l’ancrage territorial de cette filière jugée prioritaire par les pouvoirs publics depuis le plan France 2030.

Une dynamique réelle, une autonomie encore à construire

Le rapport de la Banque de France offre ainsi une image à deux vitesses. D’un côté, les start-up françaises, dans leur ensemble, gagnent en maturité commerciale et en présence internationale, un signal positif pour l’influence économique française. De l’autre, le socle financier de l’écosystème, et singulièrement celui des technologies les plus sensibles pour l’autonomie stratégique du pays, reste dépendant d’un nombre restreint d’opérations de financement et recourt de plus en plus à des instruments de dette de court terme. Cette combinaison, dynamisme commercial d’un côté, fragilité capitalistique de l’autre, résume assez bien l’état actuel de la souveraineté économique française dans la tech : une influence qui se construit, mais une indépendance financière qui reste, elle, à consolider.

Et si vous receviez notre newsletter mensuelle ?

    Plus d'articles

    Abonnez-vous à notre newsletter

    Une sélection d'articles, dans votre boîte mail. Rien d'autre, promis.

    Vous vous êtes abonné à la newsletter avec succès

    Une erreur est survenue lors de l'envoi de votre requête. Veuillez réessayer.

    Refrance : Revue Economique de France utilisera les informations que vous fournissez sur ce formulaire pour rester en contact avec vous et vous proposer des mises à jour et du marketing.