BNP Paribas Asset Management lance un fonds obligataire dédié à l’autonomie stratégique européenne

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BNP Paribas Asset Management (BNPP AM) a annoncé le 24 septembre 2026 le lancement du « BNP Paribas Europe Strategic Autonomy Bond », un fonds obligataire qui investit exclusivement dans des émetteurs européens jugés stratégiques pour l’indépendance économique et sécuritaire du continent. Ce nouveau véhicule, classé Article 8 au sens du règlement européen SFDR, est commercialisé dans neuf marchés européens, dont la France et l’Espagne.

Un fonds construit sur quatre piliers thématiques

Le fonds cible l’univers Euro Aggregate, c’est-à-dire les obligations d’entreprises et d’émetteurs souverains ou quasi-souverains libellées en euros. Sa gestion, confiée à Fadi Berbari, gérant obligataire senior chez BNPP AM, combine une allocation macroéconomique descendante et une sélection de titres fondée sur l’analyse individuelle des émetteurs. Quatre secteurs sont retenus comme relevant directement de l’autonomie stratégique européenne : la défense, les infrastructures critiques, la résilience économique au sens large et la cybersécurité, à laquelle s’ajoute le numérique.

Ce fonds obligataire vient compléter une gamme déjà existante. Il reprend la thématique du fonds actions « BNP Paribas Europe Strategic Autonomy », lancé en 2025 et géré par Lazare Hounhouayenou, qui a atteint 975 millions d’euros d’encours au 25 juin 2026, un niveau qui en fait l’un des plus importants fonds actifs de cette catégorie thématique en Europe. En dupliquant la stratégie sur le segment obligataire, BNPP AM cherche à capter une clientèle institutionnelle et privée qui souhaite s’exposer au même thème avec un profil de risque différent.

Une opération qui s’appuie sur la nouvelle taille du gestionnaire

Le lancement de ce fonds intervient dans un contexte particulier pour BNPP AM. Depuis le 31 décembre 2025, l’entité a fusionné ses activités avec celles d’AXA Investment Managers, acquise par BNP Paribas le 1er juillet 2025, ainsi qu’avec BNP Paribas Real Estate Investment Management. Cette consolidation a fait naître un ensemble gérant plus de 1 600 milliards d’euros d’actifs, dont environ 1 000 milliards en gestion liquide et près de 300 milliards en actifs alternatifs. Le nouvel ensemble se classe désormais parmi les trois premiers gestionnaires d’actifs en Europe et dispose, selon le groupe, de la première plateforme alternative européenne.

Cette taille nouvelle donne un poids particulier au lancement du fonds obligataire sur l’autonomie stratégique : il ne s’agit plus d’une initiative isolée d’une maison de gestion de taille moyenne, mais d’un produit porté par l’un des tout premiers acteurs européens de la gestion d’actifs, à un moment où le secteur cherche à peser face aux géants américains BlackRock et Vanguard sur le terrain de la gestion de l’épargne longue.

L’autonomie stratégique, un thème d’investissement en pleine expansion

Le lancement s’inscrit dans une dynamique politique plus large. L’Union européenne a engagé des programmes de financement représentant, selon les données citées par BNPP AM, plus de 1 800 milliards d’euros consacrés au renforcement de l’autonomie stratégique du continent, entre plans de réarmement, financement des infrastructures critiques et politiques de souveraineté numérique. Cette trajectoire budgétaire, amorcée par les tensions géopolitiques des dernières années, transforme progressivement la défense et les infrastructures en classes d’actifs à part entière pour les investisseurs institutionnels européens.

Pour les épargnants comme pour les investisseurs professionnels, ce type de produit répond à une demande croissante d’alternatives européennes aux fonds thématiques dominés par des émetteurs américains ou asiatiques. En orientant l’épargne vers des entreprises et des émetteurs souverains qui financent directement la base industrielle et technologique européenne, BNPP AM se positionne sur un segment que plusieurs autres maisons de gestion, françaises et européennes, commencent également à explorer.

Les limites d’un thème encore jeune

Cette multiplication des fonds « autonomie stratégique » appelle toutefois une lecture prudente. La frontière entre un émetteur réellement stratégique et une entreprise simplement européenne reste, à ce stade, largement définie par les équipes de gestion elles-mêmes, en l’absence d’une taxonomie européenne officielle équivalente à celle qui existe pour la finance verte. Le risque d’un habillage marketing, construit sur un thème politiquement porteur plutôt que sur une analyse rigoureuse de la dépendance stratégique des émetteurs sélectionnés, ne peut être écarté sans un examen approfondi de la composition réelle du portefeuille une fois celui-ci investi.

Il reste que le mouvement témoigne d’une évolution notable : la notion de souveraineté économique, longtemps cantonnée au débat politique et industriel, s’installe désormais durablement dans l’offre de produits d’épargne proposée aux ménages et aux institutionnels français et européens, avec un acteur français de premier plan à sa tête.

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