Le groupe familial normand a publié le 23 septembre 2026 des résultats semestriels en nette amélioration, confirmant un rebond attendu depuis plusieurs trimestres. Une performance qui tranche avec la fragilité persistante du marché national de la construction, alors que le coût du crédit immobilier recommence à grimper sous l’effet de la tension sur la dette souveraine française.
Un résultat net multiplié par plus de deux
Dans un communiqué diffusé le 23 septembre via Actusnews Wire, Hexaom (Euronext Growth Paris, code HEXA) a confirmé que ses résultats au 30 juin 2026 étaient « en ligne avec les prévisions » communiquées cet été. Le chiffre d’affaires du premier semestre ressort à 343,9 millions d’euros, en progression de 12,3 % sur un an. Le résultat opérationnel bondit de près de 60 %, à 19,5 millions d’euros, portant la marge opérationnelle à 5,7 %, contre 4,0 % un an plus tôt. Le résultat net atteint 12,6 millions d’euros, plus du double de celui enregistré au premier semestre 2025. La trésorerie nette progresse également, à 71 millions d’euros contre 61,6 millions fin 2025.
L’essentiel de l’activité reste porté par la construction de maisons individuelles, qui génère 282,3 millions d’euros de chiffre d’affaires pour une marge opérationnelle de 5,0 %. Les activités de rénovation (20,1 millions d’euros, marge de 10,9 %) et de promotion immobilière (33,9 millions d’euros) complètent un modèle diversifié, auquel s’ajoute une activité d’aménagement foncier, plus modeste mais nettement plus rentable (marge de 12,7 % sur 7,1 millions d’euros).
Le groupe, fondé en 1919 et resté sous contrôle familial, emploie environ 1 400 salariés, fédère plus de cinquante marques commerciales et s’appuie sur un réseau de 328 partenaires franchisés, en progression par rapport aux 295 de l’an dernier. Pour l’ensemble de 2026, la direction anticipe désormais une croissance du chiffre d’affaires « de l’ordre de 20 % » et une rentabilité opérationnelle supérieure à 5 %, un objectif jugé atteignable au vu du carnet de commandes.
Un bémol toutefois : les prises de commandes en construction de maisons individuelles, arrêtées au 31 août 2026, reculent de 8,6 % en volume sur un an, à 2 947 maisons pour 468,2 millions d’euros. Un signe que la reprise du marché reste inégale, même pour l’acteur le mieux positionné du secteur.
Un marché national encore convalescent
La performance d’Hexaom doit être lue à l’aune d’un marché du logement neuf qui peine à retrouver son niveau d’avant-crise. Selon les données du Service des données et études statistiques (SDES) du ministère de la Transition écologique, 27 677 logements ont été mis en chantier en juillet 2026, en hausse de 8,9 % par rapport à juin, un signal encourageant après plusieurs mois de faiblesse. Mais les autorisations de construire, elles, continuent de reculer : 29 577 permis délivrés en juillet, en baisse de 2,5 % sur un mois, et un cumul sur douze mois de 370 673 logements autorisés, soit 9,5 % de moins que la moyenne des cinq dernières années. Le rebond des chantiers ouverts ne s’accompagne donc pas encore d’un redémarrage symétrique des projets en amont du pipeline, ce qui fragilise les perspectives à moyen terme de toute la filière.
Le crédit immobilier renchéri par la tension sur la dette française
Autre facteur de vigilance pour les ménages et pour les constructeurs : le coût du crédit immobilier recommence à augmenter. Selon le courtier Cafpi, les taux moyens négociés en septembre 2026 s’établissent à 3,23 % sur 15 ans, 3,43 % sur 20 ans et 3,53 % sur 25 ans, en hausse de 7 à 13 points de base par rapport à juillet. Cette remontée, amorcée mi-août après plusieurs mois de stabilité, s’explique par le renchérissement des conditions de refinancement des banques françaises, lui-même lié au franchissement du seuil des 4 % par l’OAT à 10 ans le 23 juillet, et à un écart de taux avec le Bund allemand qui reste durablement élevé depuis la mi-septembre. L’inflation en zone euro, à 2,9 %, au-dessus de la cible de la Banque centrale européenne, ajoute une pression supplémentaire, certains courtiers évoquant déjà une nouvelle hausse possible à l’automne si la tension budgétaire française persiste.
Le fil qui relie ces deux dossiers, la prime de risque exigée sur la dette souveraine française d’un côté, le coût de financement de l’accession à la propriété de l’autre, illustre une réalité concrète de la période : la fragilité perçue des finances publiques françaises ne reste pas cantonnée aux marchés obligataires institutionnels, elle se répercute directement sur le budget des ménages qui font construire ou rénover leur logement.
Dans ce contexte, la trajectoire d’Hexaom, groupe familial indépendant qui a traversé la crise du logement neuf sans adosser son capital à un fonds étranger, contrairement à plusieurs foncières et opérateurs immobiliers français rachetés ces dernières années par des investisseurs internationaux, constitue un cas d’école pour un secteur de la construction en quête de relais de croissance solides sur son propre marché domestique.


