Carbios : la technologie française de recyclage du PET prend-elle le train chinois avant le train français ?

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Carbios a publié le 24 septembre ses résultats semestriels 2026 : une perte nette ramenée à 9,4 millions d’euros, une trésorerie de 48 millions d’euros, mais surtout un financement de son usine française de Longlaville toujours en suspens, alors que sa première unité industrielle pourrait voir le jour en Chine, aux côtés du groupe Wankai New Materials.

Des comptes qui s’améliorent, mais pas encore de production

Sur le premier semestre 2026, la biotech auvergnate a vu ses produits d’exploitation progresser à 2,6 millions d’euros, contre 2,1 millions un an plus tôt, tandis que ses charges reculaient de 19 %, sous l’effet d’un plan de discipline financière engagé depuis plus d’un an. Résultat : une perte nette de 9,4 millions d’euros, en amélioration de 2,5 millions par rapport au premier semestre 2025, et un résultat opérationnel de -11,8 millions. La trésorerie disponible, 48 millions d’euros au 30 juin, permet à l’entreprise de couvrir ses dépenses courantes sur plus de douze mois. Benoît Grenot, nommé directeur général le 1er juin en remplacement de Vincent Kamel, présente une feuille de route resserrée autour de trois priorités : boucler le financement de Longlaville, avancer sur le partenariat chinois avec Wankai, et accélérer la commercialisation de la technologie, notamment vers le textile grâce à la validation d’un procédé de recyclage « fibre à fibre ».

Mais derrière ces chiffres en amélioration, l’enjeu industriel reste entier : sept ans après sa création, Carbios n’a toujours pas mis en service la moindre usine à l’échelle commerciale.

Longlaville, une première mondiale qui n’en finit plus d’attendre

Le projet phare de Carbios, une usine de biorecyclage enzymatique du PET à Longlaville, en Meurthe-et-Moselle, doit être la première au monde à exploiter cette technologie à l’échelle industrielle : 50 000 tonnes de déchets plastiques et textiles traités par an, pour un investissement total annoncé à 230 millions d’euros. La première pierre a été posée en octobre 2024, avec le soutien de partenaires industriels de premier plan (L’Oréal, Nestlé Waters, PepsiCo, Suntory) et d’un financement public de 42,5 millions d’euros apporté par l’Ademe et la Région Grand Est.

Depuis, le calendrier n’a cessé de glisser. La mise en service, initialement prévue mi-2025, a été repoussée à 2027, puis au premier semestre 2028. Le 18 décembre 2025, Carbios annonçait encore un report de trois mois, le temps de sécuriser une dernière tranche de financement représentant environ 10 % du besoin total. Le 3 août dernier, nouvelle annonce : l’objectif de closing financier fixé au 30 septembre 2026 « ne pourra pas être tenu », malgré des « progrès significatifs » dans la structuration du dossier, qui associe banques françaises, Bpifrance dans le cadre de France 2030, et la Banque européenne d’investissement. Le communiqué du 24 septembre confirme que les comités de crédit d’une majorité des prêteurs ont désormais donné leur accord, et qu’un contrat commercial est en cours de finalisation avec un acteur majeur des boissons, ce qui porterait les préventes à 60 % de la capacité de l’usine. Mais aucune date ferme de closing n’est communiquée.

Le paradoxe chinois

Pendant que Longlaville patiente, Carbios avance en parallèle sur un second front, en Chine. Depuis un accord signé en novembre 2024, l’entreprise s’est associée à Wankai New Materials, filiale du groupe Zhink, pour déployer sa technologie en Asie via la coentreprise Kaibio Biotechnology. Objectif affiché : construire une unité industrielle sous licence, avec des tests d’homologation qui ont déjà confirmé la compatibilité de la technologie française avec les flux de déchets locaux. Le chantier chinois a lui aussi connu son lot de reports, la presse spécialisée s’interrogeant à plusieurs reprises sur le rythme d’engagement réel de Wankai. Mais la mécanique reste la même : une licence accordée à un acteur chinois pour industrialiser, potentiellement plus vite qu’en France, un procédé mis au point par des chercheurs et ingénieurs français.

Un test pour la souveraineté technologique française

Le dossier Carbios illustre une difficulté récurrente de l’écosystème deeptech français : transformer une avance scientifique, ici une enzyme brevetée capable de dépolymériser le PET pour le recycler à l’infini, en une capacité de production installée sur le territoire national. Le financement d’une première usine reste le goulot d’étranglement classique, entre besoins en capitaux lourds, prudence bancaire face à une technologie encore non éprouvée à l’échelle industrielle, et concurrence d’écosystèmes étrangers plus rapides à mobiliser capitaux et foncier industriel. Que la première unité opérationnelle du procédé Carbios voie le jour en Chine plutôt qu’en Lorraine n’aurait rien d’illégal ni de scandaleux, les licences technologiques sont une source de revenus légitime. Mais ce serait un signal pour la politique française de réindustrialisation verte : la France peut inventer la rupture technologique, sans nécessairement en capter la première valeur industrielle. Le closing financier de Longlaville, désormais espéré avant la fin de l’année selon les indications de la direction, sera à ce titre observé de près.

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