Souveraineté numérique : les entreprises françaises verrouillent leur cloud hybride

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Un nouveau rapport du cabinet d’analyse Information Services Group (ISG), publié le 3 septembre, confirme une tendance de fond dans l’économie tertiaire française : la souveraineté numérique n’est plus un argument marketing, mais devient un critère de sélection central dans les arbitrages informatiques des grandes entreprises et des ETI. L’étude, intitulée « Private/Hybrid Cloud – Data Center Services France 2026 » et menée dans le cadre du programme ISG Provider Lens, évalue 58 fournisseurs de services cloud et infrastructures présents sur le marché français. Elle dresse un tableau clair : les organisations françaises deviennent plus sélectives sur l’endroit où elles hébergent leurs charges de travail, en particulier celles liées à l’intelligence artificielle et aux données réglementées.

Un contexte d’investissement massif

Le rapport s’inscrit dans la continuité des engagements pris lors du Sommet pour l’action sur l’IA de Paris en 2025, où plus de 109 milliards d’euros d’investissements dans les infrastructures numériques avaient été annoncés. Cet afflux de capitaux a accéléré la construction de centres de données sur le territoire, mais il a aussi mis en évidence une tension : comment concilier la montée en puissance de capacités de calcul, souvent adossées à des technologies et des partenaires étrangers, avec l’exigence de garder la main sur les données sensibles.

Selon Julien Escribe, associé et directeur général chez ISG, cité dans le communiqué, « les entreprises françaises deviennent plus sélectives quant aux charges de travail qu’elles confient à tel ou tel environnement », et doivent « équilibrer l’accès à la capacité de calcul pour l’IA avec des frontières claires pour les données réglementées ». Manoj M, coauteur de l’étude, ajoute que les fournisseurs opérant en France doivent désormais « rendre explicites leurs responsabilités de gouvernance à travers les environnements hybrides », car la promesse d’une échelle mondiale « devient moins convaincante lorsque la responsabilité locale reste floue ».

SecNumCloud, référence de plus en plus incontournable

Le rapport identifie la qualification SecNumCloud, délivrée par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), comme le standard de référence pour les charges de travail réglementées. Cette qualification, déjà au cœur de plusieurs dossiers suivis par la presse économique française ces dernières semaines, notamment les certifications obtenues par Numspot et OVHcloud, s’impose progressivement comme un filtre de fait pour les secteurs sensibles : santé, finance, énergie, défense et administrations publiques. Le rapport note toutefois que les architectures hybrides intégrant des hyperscalers américains, Amazon Web Services, Microsoft Azure ou Google Cloud, restent largement présentes dans les systèmes d’information français. La bascule ne consiste pas à évincer ces acteurs, mais à tracer des frontières plus nettes autour des données jugées critiques.

Orange Business en tête, un paysage encore fragmenté

Sur le plan concurrentiel, Orange Business se distingue en étant la seule entreprise désignée « leader » dans les quatre catégories évaluées par ISG : infrastructures IA pour grandes entreprises, offres pour le mid-market, hébergement cloud managé et services d’infrastructure résiliente. Cette position confirme la stratégie de l’opérateur historique, qui a multiplié ces derniers mois les initiatives autour du cloud de confiance, notamment via sa coentreprise Bleu avec Capgemini pour distribuer les technologies Microsoft dans un cadre souverain.

Derrière Orange Business, un peloton d’acteurs se partage des positions de leader sur deux catégories : Atos, Cloud Temple, Kyndryl et Sopra Steria. Un troisième groupe, plus large, obtient une reconnaissance sur un seul quadrant : Accenture, Capgemini, CHEOPS Technology, Claranet, Cogent, Data4, Digital Realty, DXC, Ecritel, Equinix, HCLTech, OVHcloud, ScaleSquad, Scaleway, SCC et Wipro. Cette liste illustre la coexistence, sur le marché français, d’acteurs souverains historiques ou émergents (OVHcloud, Scaleway, Cloud Temple, Data4) avec des géants internationaux du conseil et de l’hébergement, qui continuent d’opérer sur le territoire tout en s’adaptant aux exigences locales de gouvernance.

Une souveraineté encore à consolider

L’étude ISG ne prétend pas que la France a atteint une autonomie numérique complète, loin s’en faut. Elle documente plutôt un réflexe croissant d’exigence de gouvernance, porté autant par la réglementation, à l’image de l’article 31 de la loi n° 2024-449 qui impose des solutions cloud qualifiées pour certaines données sensibles de l’État et des secteurs régulés, que par une prise de conscience des directions informatiques elles-mêmes. Le rapport souligne que les capacités de reprise après sinistre et de protection contre les rançongiciels sont désormais attendues comme des standards intégrés aux offres hybrides, plutôt que comme des options réservées aux plus grands comptes.

Pour Refrance, cette étude illustre un phénomène déjà documenté à plusieurs reprises ces dernières semaines : la montée en puissance d’un écosystème français et européen du cloud qualifié, entre ambitions industrielles, contraintes réglementaires et dépendance persistante à des briques technologiques étrangères. Reste à savoir si cette dynamique se traduira, dans les mois à venir, par un basculement significatif de parts de marché vers les acteurs souverains, ou si elle restera cantonnée à un compromis hybride entre performance mondiale et conformité locale.

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